Sévices publics

Chères toutes, chers tous,

🔎 Ce mois-ci, Chaleurs actuelles revient sur la fin de la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public. Impulsés par l'extrême droite ciottiste, ces six mois d'auditions ont donné lieu à de nombreuses attaques contre les médias publics – et contre l'information sur l'écologie –, abondamment relayées par les médias Bolloré.

🍽️ Dans le reste de cette édition, on vous raconte les premiers pas de certains maires RN, les tentatives de désinformation sur le cadmium ou la loi Duplomb et plein d'autres réjouissances… Bonne lecture !


Dans un rapport polémique, le député d’extrême droite Charles Alloncle attaque les médias publics. 


Rapport Alloncle sur l’audiovisuel public : «On jette en pâture le travail des journalistes sur la science et l’environnement»

Zappe le moral. Le rapport du député d’extrême droite Charles Alloncle sur l’audiovisuel public a été adopté, lundi. Selon les informations de Vert, il reprend les éléments d’une audition controversée sur le traitement des enjeux scientifiques et environnementaux dans les médias publics.

«Cette commission s’intéresse à l’écume des choses : on cible quelques têtes d’affiche, et on ignore l’immense majorité du travail journalistique qui est fourni», lâche à Vert Antoine Chuzeville, cosecrétaire général du Syndicat national des journalistes et salarié de France télévisions.

Les six mois de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public laisseront des traces. Dans les mémoires, d’abord, à cause de débats souvent houleux, abondamment partagés sur les réseaux sociaux. Dans un rapport, ensuite, rédigé par le député ciottiste Charles Alloncle et très contesté pour les attaques qu’il contient contre le service public. Le document a finalement été adopté – à deux voix près – par les membres de la commission, lundi, et sera rendu public le 4 mai. Selon les informations de Vert, une page et demie reprend une partie d’une table ronde controversée. Son thème ? La rigueur scientifique des médias publics et leur traitement de l’écologie.

Paris, le 24 mars 2026. Charles Alloncle, député (Union des droites pour la République) de l’Hérault et rapporteur de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. © Amaury Cornu/Hans Lucas via AFP

Organisée le 26 mars dernier, celle-ci avait retenu l’attention du journal Le Monde, qui avait repéré de nombreuses contrevérités énoncées sous serment. Plusieurs interlocuteur·ices interrogé·es par Vert remettent aussi en question la légitimité des personnes invitées à donner leur avis sur la rigueur scientifique du service public. François de Rugy, par exemple : l’ancien ministre de la transition écologique minimise régulièrement la dangerosité des PFAS ou de l’acétamipride (le pesticide au cœur des débats sur la loi Duplomb) sur sa chaîne Youtube.

👉 Cliquez ici pour lire la suite de cet article de Théo Mouraby, et découvrir les témoignages de la journaliste de France inter Célia Quilleret ou du scientifique Christophe Cassou.

· C’est le «Trump occitan». À Carcassonne (Aude), le début de mandat du nouveau maire Rassemblement national Christophe Barthès a été marqué par plusieurs polémiques. Intimidation de lycéen·nes, mesures anti-SDF, retrait du drapeau européen… En un mois, l’élu a déjà fait parler de lui à plusieurs reprises au-delà des remparts de la cité médiévale. Une attitude qui contraste avec la volonté de dédiabolisation du parti d’extrême droite. - Vert

Christophe Barthès dans l’hôtel de ville de Carcassonne, le 29 mars. © Valentine Chapuis/AFP

· À peine élu·es, nombre de maires de droite et d’extrême droite ont pris la même première mesure : rétablir l’éclairage public la nuit. Ces édiles associent l’obscurité à l’insécurité et considèrent qu’avec de la lumière il y aurait moins de cambriolages et d’incivilités. «La lumière est ce qui fait le plus fuir les agresseurs», avait notamment déclaré la candidate d’extrême droite à la mairie de Paris, Sarah Knafo. Sauf que cet argument a été balayé par une étude publiée en février. - Vert

· Le 8 avril, aux États-Unis, Lee Zeldin, administrateur de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), a prononcé un discours devant le Heartland Institute… un cercle de réflexion climatosceptique. Le chef de l’EPA a multiplié les contrevérités, sous les ovations du public. Il a taclé les précédentes administrations qui auraient ignoré «ce que le dioxyde de carbone apporte de positif et de nécessaire à la vie sur la planète». - Le Monde

«Faux scandale», «hystérie» : du Figaro à Annie Genevard, la désinformation sur le cadmium pollue le débat

Cadmium de conscience. Ce mois-ci, tous les médias ont relayé l’alerte de l’Autorité sanitaire sur la contamination des Français·es au cadmium. Tous ? Non, quelques irréductibles continuent à minimiser la dangerosité de ce métal toxique, malgré les conclusions des scientifiques. «Des politiques ont expliqué que le cadmium était cancérogène via l’alimentation : c’est juste une fake news»lançait par exemple le fondateur du site Les Électrons libres, Antoine Copra, dans une vidéo du Figaro. La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a elle aussi relativisé la dangerosité de la contamination au cadmium par l’alimentation. «La substance est dangereuse particulièrement quand elle est inhalée. L’inhalation, c’est le tabac», a-t-elle affirmé sur Sud Radio, le 1er avril. Pourtant, l’Anses a insisté dans son rapport sur le fait que «l’alimentation [était] de loin la source majeure d’exposition».

👉 Cliquez ici pour lire la suite de ce décryptage de Théo Mouraby et Zoé Moreau.

La ministre de l’agriculture, Annie Genevard. © Stephane de Sakutin/AFP

Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS : «La loi Duplomb est un concentré de fausses informations»

Science interdit. Ce mois-ci, l’écologue Philippe Grandcolas, spécialiste des insectes, publie un livre, Loi Duplomb, le débat confisqué (Éditions du Faubourg, 2026), pour décortiquer les nombreuses fausses informations qui ont brouillé les débats autour de cette loi agricole controversée. Vert a échangé avec lui.
 

Quels ont été les principaux arguments fallacieux autour de la loi Duplomb ?

Le principal, c’est de dire qu’on va aider les agriculteurs. Le titre de la proposition de loi était «lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur». Ça paraît bien mais, quand on regarde le contenu de la loi, on s’aperçoit qu’elle va en aider très peu. Si vous facilitez les mégabassines, l’élevage intensif, ou si vous aidez la culture de la betterave ou des noisettes industrielles, cela ne fait pas beaucoup d’entreprises.

👉 Cliquez ici pour lire la suite de cet entretien mené par Théo Mouraby, et là pour (re)lire notre chronique sur son livre, par Esteban Grépinet.

❌ Déni-oui-oui. Quota Climat a annoncé saisir l’Arcom, le gendarme de l’audiovisuel, après avoir repéré un nouveau cas de désinformation climatique sur la chaîne LCI, le 15 avril. Le maire d’extrême droite de Béziers, Robert Ménard, a remis en cause «la part du changement climatique, due à l'activité humaine et à des cycles du temps», sans contradiction du journaliste en plateau. Pourtant, les activités humaines sont «sans équivoque» responsables du réchauffement de la planète, selon le consensus scientifique.

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🔎 Front d’hier. Streetpress a enquêté sur les liens entre le Rassemblement national et le média d’extrême droite Frontières. Notre partenaire montre que ce dernier a récemment été rejoint par plusieurs journalistes issu·es des rangs du RN, dont une communicante de Jordan Bardella, un candidat et un assistant parlementaire du parti.

👉 Cliquez ici pour retrouver leur article.

Le pire du milieu. Le 14 avril, Vincent Bolloré a renforcé sa mainmise sur l’édition en licenciant Olivier Nora, le patron de Grasset, pour le remplacer par l’un de ses fidèles. Un coup de tonnerre dans le milieu du livre : plus de 130 écrivain·es, dont Virginie Despentes, Sorj Chalandon ou Gaspard Koenig, ont publié une lettre pour annoncer leur départ de la maison d’édition. Le milliardaire d’extrême droite accroît ainsi son influence, déjà documentée en 2025 par un rapport de l’ONG Attac et l’Observatoire des multinationales (ODM).

👉 Cliquez ici pour retrouver cet article de Théo Mouraby et découvrir l’ensemble de l’empire Bolloré.

📺 Les audiences de CNews, propriété du groupe Bolloré, ont chuté en avril. La chaîne d’info en continu, qui était première depuis 14 mois en part d’audience, a été dépassée par ses concurrentes BFMTV et LCI. Les émissions matinales de Pascal Praud ont perdu près de 200 000 fidèles. - Le Parisien

🇭🇺 Viktor Orbán, premier ministre d’extrême droite de la Hongrie depuis seize ans et allié du Rassemblement national, a été battu lors des législatives le 12 avril. Durant son règne, le dirigeant a mené une politique climatosceptique et s’est attaqué à de nombreuses mesures écologiques ambitieuses, ainsi qu’aux droits des personnes LGBTQIA+ et à ceux des personnes réfugiées. - Reporterre

🇺🇸 L’État du Maine (États-Unis) est devenu, à la mi-avril, le premier du pays à stopper la construction de datacenters face au boom de l’intelligence artificielle. Une décision largement motivée par la flambée des prix de l’électricité et par les inquiétudes environnementales suscitées par ces centres de stockage de données. - France info

L’intelligence artificielle est-elle en train de détruire l’éducation de vos enfants ?

IA Danger ? Depuis l’émergence de l’IA générative, des milliers de vidéos très courtes à destination des plus jeunes pullulent sur les réseaux sociaux. Contenus contradictoires, messages problématiques, absence de structure narrative… Ces vidéos sont-elles dangereuses pour les enfants ? Notre journaliste Moncef Arbadji s’est penché sur la question avec le psychologue Olivier Duris, spécialiste du rapport qu’ont les enfants avec les écrans.

© Vert

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+ Moncef Arbadji, Rémy Calland, Esteban Grépinet, Lilou Hiver, Zoé Moreau, Antoine Poncet et Sanaga ont contribué à ce numéro.