On prend les mêmes, et on recommence, avec joie ! Nous avions quitté Gaspard Koenig les doigts dans l’Humus de son précédent roman, on le retrouve les pieds dans l’eau, avec Aqua. Le cadre de départ est assez similaire, celui d’un village normand – Saint-Firmin – où se mêlent anciens et néoruraux et où le rapport au vivant fait office de clivage insoluble.

Tout était bien calme dans ce petit village tenu d’une main de maitre par le père Jobard, un agriculteur pas avare en phyto. Alors, quand son fils Martin revient de la capitale pour entretenir la dynastie, le sort des élections municipales semble scellé d’avance. C’est sans compter sur l’opiniâtreté de Maria et de la bande de l’épicerie de La Lanterne, qui va faire de la gestion de l’eau un enjeu de campagne. Laisser l’organisation du précieux liquide à l’intercommunalité, jamais ! Ce projet de résistance enthousiasmant vire rapidement au sacerdoce à l’épreuve du réel. Et si la Maline, le cours d’eau qui alimente le village, venait à être sec, c’est même le soulèvement qui pourrait poindre…
Les humains sont-ils trop égoïstes pour être guidés par l’intérêt commun ?
Dans un style direct et toujours enlevé, Gaspard Koenig dresse une satire sociale grinçante et captivante. Si les personnages sont parfois un brin caricaturaux, ils n’en restent pas moins attachant·es et permettent de dresser le portrait de la France rurale en 2025. Quand les idéaux ou l’idéologie se confrontent au réel, jusqu’où est-il raisonnable de s’acharner ? Céder, est-ce forcément perdre ? Le pouvoir isole-t-il nécessairement ? Les humains sont-ils finalement trop égoïstes pour être guidés par l’intérêt commun ? Autant de questions explorées en profondeur, qui donnent déjà envie de plonger dans les méandres d’un troisième élément.
«Aqua», de Gaspard Koenig, Les éditions de l’Observatoire, janvier 2026, 450 pages, 23 euros.
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