Chronique

«Loi Duplomb, le débat confisqué», de Philippe Grandcolas : petit manuel d’autodéfense scientifique sur les pesticides et l’agriculture intensive

À contre-science. Dans ce livre concis et percutant, l'écologue Philippe Grandcolas revient sur l'explosion des attaques contre la science durant les débats sur la loi Duplomb, à l'été 2025. Le chercheur remet à plat les «fausses informations» sur les pesticides, sur les agences publiques, sur les bassines…
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«Bien utilisé, l’acétamipride n’est pas toxique pour l’Homme, ni pour les abeilles», selon l’eurodéputé (Les Républicains) François-Xavier Bellamy. Preuve de son innocuité, cette substance est utilisée en France «dans tous les insecticides domestiques, dans les colliers des animaux» de compagnie, a même soutenu la ministre de l’agriculture, Annie Genevard. Plus généralement, pesticides, bassines et agrandissements d’élevages sont nécessaires pour redresser l’agriculture française, ont constamment défendu les soutiens de la première loi dite «Duplomb».

«Loi Duplomb, le débat confisqué», Philippe Grandcolas, Éditions du Faubourg, avril 2026, 168 pages, 10 euros.

Autant d’affirmations fallacieuses, voire carrément fausses, répétées en boucle au cours du parcours chaotique de ce texte agricole, adopté par les parlementaires à l’été 2025. Dans son nouveau livre Loi Duplomb, le débat confisqué (Éditions du Faubourg, 2026), le chercheur Philippe Grandcolas revient sur cet épisode pour «dénoncer les mensonges et expliquer les erreurs commises afin d’aller de l’avant».

Huit «fausses informations sur la santé et l’environnement»

Spécialiste des insectes et directeur de recherche en écologie au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le scientifique se drape de ses habits de fin vulgarisateur pour remettre des faits dans le débat houleux sur l’agriculture. Sourcé avec de multiples études, l’ouvrage a aussi été relu par plusieurs chercheur·ses en toxicologie, hydrologie, agronomie… Pour rappel, plus d’un millier de médecins et scientifiques avaient publiquement dénoncé la première loi Duplomb.

Dans ce petit manuel, le chercheur démonte huit «fausses informations sur la santé et l’environnement». Les arguments en faveur de l’acétamipride, ce pesticide «tueur d’abeilles» dont la réintroduction pour certaines cultures a finalement été censurée par le Conseil constitutionnel (notre article), y occupent une large part. Les chapitres abordent aussi des sujets moins médiatisés de la première loi Duplomb comme les agences publiques – Office français de la biodiversité (OFB), Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses)… –, le stockage d’eau pour l’irrigation ou encore les agrandissements d’élevages intensifs.

«La loi Duplomb est faite pour aider une minorité d’acteurs de quelques filières industrielles, à peine un dixième des exploitants agricoles, estime l’auteur. Elle ne résoudra aucune des difficultés auxquelles est confrontée la grande majorité de la profession.» Au-delà de la loi en elle-même, ce livre élargit le regard sur les enjeux plus profonds de l’agriculture française : son interdépendance avec le climat et la biodiversité, les coûts cachés de ses intrants chimiques, les problèmes de rentabilité et la disparition sans fin des petites fermes…

À lire pour avoir les idées claires sur la loi Duplomb et les raisons de la mobilisation historique qui l’a faite vaciller. Mais aussi pour mieux appréhender les nouvelles réformes agricoles qui se profilent.

«Loi Duplomb, le débat confisqué», Philippe Grandcolas, Éditions du Faubourg, avril 2026, 168 pages, 10 euros.

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