Laits de soja, d’avoine ou de riz : quelle alternative au lait de vache est la meilleure pour l’environnement et la santé ?

Lait pas belle la vie ?
Ces dernières années, les alternatives végétales au lait de vache se sont multipliées dans nos magasins. Si elles ont un meilleur bilan carbone que leur équivalent animal, toutes n’ont pas la même consommation en eau ni les mêmes apports nutritifs. Vert fait le point.
Pour Carine Barbier, ingénieure de recherche au Cired, «il n’y a pas photo», les laits végétaux sont plus vertueux que les laits animaux. © Jc Milhet/Hans Lucas via AFP

Si le lait de vache domine encore largement les habitudes alimentaires, les Français·es ont tendance à réduire leur consommation et à accroître celle de boissons végétales. De 2017 à 2023, les ménages tricolores ont ainsi acheté +14% de laits végétaux et -8% de lait de vache, note France agri mer, un établissement du ministère de l’agriculture. Ces boissons sont élaborées à partir de graines ou de céréales immergées dans de grandes quantités d’eau, puis broyées jusqu’à obtenir une émulsion.

Depuis les champs d’amandiers, de soja ou d’avoine jusqu’à la mise en bouteille du lait : quel est l’impact environnemental de ces produits ? «Il n’y a pas photo, le végétal est plus vertueux», affirme Carine Barbier, ingénieure de recherche au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired). Mais toutes les alternatives n’ont pas la même empreinte carbone ni les mêmes apports nutritifs. Zoom sur les produits que l’on retrouve dans les rayons.

Lait animal : vache, brebis ou chèvre ?

🌍 Produire une bouteille de lait de vache demi-écrémé revient à émettre 1,27 kilogramme (kg) d’équivalent dioxyde de carbone (CO2e), selon l’Agence de la transition écologique (Ademe). Ces émissions viennent principalement de la digestion des bovins, qui relâchent du méthane. Au cours de sa vie, une vache produit en moyenne 100 kilos de méthane. Or ce gaz a un pouvoir de réchauffement plus de 80 fois supérieur à celui du CO2 les 20 premières années passées dans l’atmosphère.

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Cette empreinte carbone du lait varie d’un animal à l’autre : la fabrication d’un litre de lait de chèvre émet ainsi 1,52 kg CO2e contre 2,18 kg CO2e pour celui de brebis. Ces boissons sont plus émettrices car les animaux, plus petits, produisent moins de lait par tête.

💧 Pour produire 1 litre de lait de vache, il faut prélever en moyenne 156 litres d’eau douce dans le milieu pour tout le cycle de production (de la nourriture du bétail à la mise en bouteille). C’est 514 litres d’eau nécessaires pour le lait de chèvre et 166 litres pour produire du lait de brebis.

🥛 Le lait de vache contient du calcium et des vitamines, mais aussi des protéines (8,2 grammes (g) pour une tasse, soit environ 240 millilitres (ml) de lait). Les alternatives végétales contiennent bien moins de nutriments, mais peuvent être enrichies en calcium et vitamines au cours du processus de fabrication. Le lait de chèvre contient 3,69 g de protéines et celui de brebis 5,56 g.

Lait d’amande

🌍 Sa production émet 0,38 kg CO2e pour un litre – c’est donc bien moins que pour le lait de vache.

💧 Il est toutefois le plus gourmand en eau des laits végétaux, et nécessite de prélever 1 070 litres d’eau dans le milieu pour produire 1 litre de boisson. Cet important volume représente toute l’eau nécessaire à la production du lait d’amande, des cultures d’amandiers jusqu’à la mise en bouteille.

🥛 Il contient des protéines, mais en faible quantité : 1 g pour une tasse de 240 ml.

Lait de soja

🌍 La production d’un litre de lait de soja émet 0,43 kg CO2e. «Comme les autres légumineuses (lentilles, pois), le soja capte l’azote dans l’air, explique Carine Barbier. Il le transforme et en stocke une partie dans le sol, il a donc un bilan carbone négatif au niveau de la production de la plante.» La majorité de son empreinte carbone provient du transport. Or «les calculs de l’empreinte carbone prennent en compte les voyages et importations lointaines des matières premières et, même avec ce facteur, les alternatives végétales émettent bien moins de gaz à effet de serre», souligne l’ingénieure de recherche. Un écart énorme «tout à fait normal puisqu’on compare une culture végétale avec une culture animale qui va elle-même appeler des cultures végétales», explique Gabrielle Lestra, chargée de mission Affichage environnemental à l’Ademe.

Contrairement aux idées reçues, les alternatives végétales à base de soja ne sont pas non plus des facteurs importants de déforestation en Amérique du Sud ou ailleurs dans le monde. 77% du soja cultivé sur la planète est destiné à l’alimentation du bétail européen, non aux substituts végétaux comme le lait.

💧 Pour produire 1 litre de lait de soja, 78,6 litres d’eau sont nécessaires, un bilan bien moins lourd que celui des laits animaux ou d’amande.

🥛 Parmi les alternatives végétales, le lait de soja est le plus riche en protéines, avec 6,1 g par tasse.

Lait d’avoine

🌍 La production d’un litre de lait d’avoine émet 0,57 kg CO2e. Comme pour le soja, l’avoine est souvent cultivée en monoculture, ce qui ne favorise pas la biodiversité. La différence d’impact de ces productions sur les écosystèmes dépend davantage des systèmes agricoles (biologique, raisonné ou conventionnel), indique Gabrielle Lestra. «Très clairement, le bio est moins impactant que le conventionnel», souligne-t-elle. Il est également bien moins émetteur, puisqu’il se passe des intrants de synthèse.

💧 Pour produire 1 litre de lait d’avoine, 382 litres d’eau sont nécessaires (pour l’ensemble du cycle de production).

🥛 Le lait d’avoine contient 2,7 g de protéines par tasse.

Lait de riz

🌍 Sa production émet 0,38 kg CO2e pour un litre. C’est très faible, même si les cultures de riz rejettent du méthane issu de «la putréfaction des plants dans l’eau des rizières, précise Carine Barbier. Certains riz sont malgré tout produits à sec.»

💧 Fabriquer un litre de riz nécessite presque autant d’eau que la boisson à l’amande, soit 1 070 litres.

🥛 Les boissons à base de riz ne contiennent quasiment pas de protéines.

Lait de coco

🌍 Cette boisson est la seule à ne pas être fabriquée puisqu’il s’agit seulement du jus issu du fruit. La production d’un litre de lait de coco émet 0,84 kg CO2e.

💧 Pour produire un litre de jus de coco, 837 litres d’eau sont nécessaires (.

🥛 Il est celui qui contient le moins de protéines, avec seulement 0,5 g par tasse.

D’autres boissons végétales moins répandues sont commercialisées : lait de pois, d’épeautre, de noisettes ou encore de chanvre. Pour connaître les impacts environnementaux des différents substituts, vous pouvez consulter la base de données de l’Ademe.

Additifs et sucres ajoutés : les vrais risques pour la santé

Côté santé, aucun lait végétal n’est meilleur qu’un autre. «Le mieux est de varier les boissons», assure Benjamin Allès, chercheur en épidémiologie de la nutrition à l’Institut national de recherche pour l’agriculture et l’environnement (Inrae). Il rappelle que, animal comme végétal, «ce n’est pas un aliment indispensable à notre alimentation». Cela ne l’empêche pas d’être intéressant sur le plan nutritionnel et pour se désaltérer (les laits sont majoritairement constitués d’eau), agrémenter ces céréales ou faire des recettes.

Et entre lait animal et végétal ? «Raisonner seulement sur la santé humaine n’a pas de sens», selon Benjamin Allès. Si on prend en compte la santé «totale», selon le concept One health qui intègre le bon état des écosystèmes, «le lait animal est à consommer de manière très modérée», tranche-t-il.

Sur le végétal, un point d’attention : «Les boissons qui comportent des mélanges avec de la vanille et qui ont des taux de sucres importants posent un problème d’équilibre nutritionnel si on en boit trop», souligne l’expert. Le risque est le même que pour les sodas : en boire souvent peut amener à dépasser les recommandations d’apport en sucre par jour et, sur le long terme, favoriser le surpoids, l’obésité, le diabète et d’autres maladies cardio-métaboliques. La solution : se fier au Nutriscore (cette note de A à E sur les emballages) et bien regarder l’étiquette pour choisir des produits sans sucres ajoutés.

Certaines marques ajoutent également des édulcorants ou des épaississants (gommes de guar, xanthane). Ils ne sont pas dangereux pour la santé à l’échelle d’un produit. Le problème, c’est leur accumulation si l’on consomme beaucoup d’aliments qui en contiennent au quotidien. La littérature scientifique n’est pas encore assez développée sur les conséquences de ces cocktails, mais les chercheur·ses invitent à limiter cette addition, par précaution.

«Les boissons végétales ne sont pas aussi épaisses que du lait, c’est normal ; mais l’industrie crée un faux besoin d’imiter la texture du lait. Elle ajoute encore des additifs là où on n’en aurait pas vraiment besoin», explique le scientifique. Il rappelle que, pour celles et ceux qui en ont l’envie et le temps, les laits végétaux sont faciles à fabriquer soi-même.

Intégrer les laits végétaux à un régime constitué de peu de produits animaux a des bienfaits sur la santé, seulement si l’on consomme des produits frais et peu transformés. «Les personnes qui intègrent des laits végétaux à ce type de régime tout en variant beaucoup leur consommation ont 40% moins de probabilité d’avoir un problème cardiovasculaire», précise Benjamin Allès.

Quant aux boissons enrichies en calcium et en vitamines, pas de problème de ce côté-là, elles peuvent au contraire couvrir les apports des personnes qui consomment peu de produits laitiers.

Combien d’années d’inaction politique ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

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