Riz Taureau ailé, paprika Ducros et thé Lipton : Foodwatch a retrouvé des pesticides interdits dans de nombreux aliments importés en Europe

Thé pas au courant ?
Ce mardi, l’association Foodwatch dévoile que 80% des produits qu’elle a testés contiennent des pesticides interdits dans l'UE. Des épices Ducros aux thés Lipton, elle exige le rappel immédiat de ces aliments et une meilleure régulation.
Sur les 64 produits testés par Foodwatch, 45 présentaient des résidus de pesticides interdits en Europe. © Riccardo Milani/Hans Lucas via AFP

L’association de défense des consommateur·ices Foodwatch révèle ce mardi avoir décelé des substances interdites en Europe dans des aliments importés, au-delà des limites tolérées. L’ONG a fait tester en laboratoire 64 produits commercialisés sous de grandes marques et marques de distributeurs en France, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas : thé, épices, riz. Sur les 64, 45 présentaient des résidus de pesticides interdits en Europe, certains cumulant jusqu’à une vingtaine de ces substances. Sur l’ensemble, 14 aliments contenaient des substances interdites dans des concentrations qui dépassaient même les limites maximales de résidus (LMR) prévues par le règlement européen.

Parmi ces produits, deux ont été achetés en France : du paprika doux moulu Ducros contenant des résidus d’insecticides chlorfénapyr et flonicamide, et du riz «Le Thaï» Taureau ailé renfermant de l’anthraquinone au-delà des limites légales. On retrouve aussi un riz vendu en Autriche chez Lidl qui contient des résidus d’acétamipride (un insecticide néonicotinoïde) ou des cumins avec des résidus de l’herbicide Flamprop, vendus par les enseignes Edeka et Lidl en Allemagne.

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Thé, épices et riz parmi les plus contaminés

En France, les épices et les thés sont les plus contaminés : 9 des 10 échantillons de ces produits contenaient des résidus de pesticides non autorisés (Albert Ménès, Ducros, Lipton (deux références), Twinings, Intermarché, Carrefour, Leader Price, Monoprix).

Parmi les plus fréquemment détectés figurent trois néonicotinoïdes, ainsi que l’isoprothiolane, un fongicide utilisé sur le riz. «Il est courant de trouver des résidus de pesticides non autorisés dans l’UE dans des produits alimentaires du quotidien : cela est dû à l’existence de failles dans le cadre juridique actuel», alerte l’ONG.

Foodwatch déplore qu’à l’interdiction d’une substance en Europe, la Commission européenne ne réduise pas automatiquement les limites de résidus tolérés. Bruxelles autorise en outre toujours la production de pesticides interdits sur le continent, qui sont exportés et reviennent ensuite «comme un boomerang» sur les étals européens via des importations.

Cesser le «commerce toxique» de pesticides interdits

Ce mardi, Foodwatch appelle donc l’Union européenne (UE) à revoir son projet sur la sécurité alimentaire et les contrôles de pesticides. Cette démarche intervient alors que la Commission européenne prépare un paquet législatif dit «Omnibus» sur la sécurité alimentaire, contesté par les ONG. Il prévoit notamment un assouplissement des procédures d’autorisation des produits phytosanitaires avant leur mise sur le marché.

Le texte prévoit des études d’impact individuelles plutôt qu’une réduction automatique des LMR, déplore Foodwatch, dénonçant «un assouplissement général des règles gouvernant les évaluations de sûreté des substances».

Le projet, dans un objectif de «simplification», permettrait aussi d’accorder une autorisation illimitée à certaines substances en supprimant les réexamens périodiques, sauf révision décidée par la Commission. «Nous refusons que notre sécurité alimentaire soit sacrifiée au nom de la compétitivité», insiste Camille Dorioz, directeur des campagnes à Foodwatch France. L’association a lancé une pétition citoyenne pour interpeller les député·es européen·nes sur le sujet et leur demander de refuser cette simplification de la régulation.

Foodwatch demande aussi à l’UE de «mettre en place, de manière urgente, une limite maximale de résidu à zéro pour l’ensemble des pesticides non-autorisés» et de cesser le «commerce toxique» de ces substances.

Combien d’années d’inaction politique ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

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