
Pascal Meyvaert est médecin généraliste à Gerstheim (Bas-Rhin) et coordinateur du groupe de travail santé environnementale de la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé (CN URPS-ML).
Ces médecins libéraux ont envoyé une lettre ouverte au gouvernement lundi 1er juin pour demander des mesures contre la pollution chimique de l’eau. Coauteur, Pascal Meyvaert revient pour Vert sur les raisons de cette alerte et sur les conséquences de la contamination de ses patient·es.
Un an après la lettre ouverte sur la contamination au cadmium adressée au gouvernement, pourquoi ce nouveau courrier sur la pollution chimique de l’eau ?
Cette lettre s’inscrit dans la continuité de celle sur la contamination au cadmium envoyée en juin 2025 à l’occasion de la journée mondiale de l’environnement. Depuis, nous sommes très loin d’avoir vu les choses évoluer dans le bon sens. Interpeller aujourd’hui sur la qualité de l’eau potable permet de faire ce rappel : nous retrouvons des polluants, entre autres issus de l’agriculture, dans notre alimentation aussi bien que dans notre eau.
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Nous demandons aux pouvoirs publics de sortir de l’inaction. J’ai le sentiment que les politiques et les médias se concentrent sur ce que peuvent faire les consommateurs. C’est bien si les citoyens ont un comportement vertueux, mais ce n’est pas ça le plus efficace pour protéger la santé humaine. Agir individuellement a des conséquences très modestes par rapport aux décisions politiques, nationales voire européennes, sur notre alimentation et notre accès à l’eau potable.
Nous, médecins, insistons sur la prévention primaire : il faut tout faire pour que la population soit moins exposée aux polluants agricoles, que ce soit des pesticides ou des engrais. Pour cela, il faut mettre en avant l’agriculture biologique et la subventionner massivement pour encourager les producteurs à délaisser les pratiques conventionnelles. Nous constatons bien la différence de prix entre les deux, mais elle s’explique par les larges subventions accordées à l’agriculture conventionnelle.
Quels sont les effets avérés de ces polluants sur la santé ?
Tous les organes sont concernés, c’est ça qui est inquiétant. C’était déjà le cas avec la contamination au cadmium, et c’est la même chose pour les PFAS [ces polluants persistants et toxiques, NDLR], les pesticides et les microplastiques.
Les études scientifiques sont de plus en plus nombreuses et solides, publiées dans des revues internationales reconnues. Tous les mois, des articles montrent des corrélations entre ces produits et des pathologies. Ces deux dernières années, des publications dans des revues internationales ont fait le lien entre une exposition à ces polluants et le cancer du foie ; les troubles neurologiques ; ceux du neurodéveloppement ; des perturbations hormonales ; des troubles de la fécondité… Des liens ont aussi été établis avec le diabète, les problèmes cardiovasculaires, l’insuffisance rénale…
Cette exposition influence de nombreuses pathologies car les polluants se déposent dans les organes à des doses qui paraissent souvent insignifiantes mais qui suffisent à provoquer un phénomène inflammatoire ou oxydatif. Ces deux mécanismes perturbent le bon fonctionnement de nos organes jusqu’à parfois leur faire développer des pathologies cancéreuses.
L’état des connaissances sur l’impact des microplastiques est moins avancé que le reste, mais les premières publications sont déjà inquiétantes. Nous incitons à ne pas utiliser les bouteilles en plastique et, de manière générale, à limiter le contact de notre eau et de nos aliments avec les contenants en polymère.
La contamination de vos patients a-t-elle changé votre quotidien de médecin ?
Il y a une flambée des maladies chroniques, nous le constatons dans nos cabinets. Or ces pathologies nécessitent de consacrer davantage de temps avec le patient, dans un contexte de difficulté d’accès aux soins. Traiter à la source l’émergence de maladies chroniques qui pourraient être évitées, c’est aussi libérer du temps aux médecins qui en manquent.
En plus, ces maladies chroniques se retrouvent de plus en plus tôt : des enfants et adolescents développent des troubles du neurodéveloppement (spectre autistique, troubles du comportement). Les enfants sont également touchés par davantage de cancers, de leucémies, de lymphomes [cancers du système immunitaire, NDLR]. Et les plus jeunes auront des taux de contamination aux produits chimiques sans doute encore plus élevés que nous lorsqu’ils seront adultes, à cause de l’effet d’accumulation.
Depuis quelques années, nous observons aussi dans nos cabinets une hausse phénoménale de cas de cancers du pancréas. Il y a vingt-cinq ans, nous en avions très peu. Nous parlions souvent d’un cas dans une carrière de médecin généraliste, contre presque un cas par an aujourd’hui. Certes, il n’y a pas encore de relation de cause à effet établie entre l’exposition au cadmium et le cancer du pancréas, mais on ne va pas attendre dix ans que cela soit prouvé ; l’état des connaissances est suffisant pour faire appliquer le principe de précaution.
De manière générale, nous constatons une surmortalité à cause des polluants chimiques. Il faut chercher les causes de ces pathologies hors de la responsabilité individuelle.
Le corps médical est-il sensible aux enjeux de santé environnementale ou votre positionnement reste-t-il minoritaire ?
Nous sommes encore une minorité à prendre en compte l’impact de l’environnement sur la santé. Il y a du progrès dans la formation des professionnels, mais un gros travail de sensibilisation est encore nécessaire.
Il faudrait intégrer davantage la variante environnementale dans les pratiques médicales. Le système de santé occidental est très orienté sur le curatif, alors que la prévention primaire est cruciale. Malheureusement, on attend trop souvent que le citoyen devienne un patient au lieu de tout faire pour éviter qu’il ne tombe malade.
C’est aussi pour ça qu’on a voulu parler d’une seule voix, avec mes collègues : une meilleure réglementation nationale et européenne, c’est ce qui serait le plus efficace pour endiguer la hausse de ces maladies.









