Substances toxiques, labels abusifs… Quelle crème solaire choisir pour se protéger sans détruire sa santé ni l’océan ?

Qu’on crème qui pourra.
Indispensables pour protéger sa peau l’été, les crèmes solaires peuvent contenir des substances qui perturbent le système hormonal et la croissance des espèces aquatiques. Vert vous donne des astuces pour bien choisir sa lotion.
Photo d’illustration. Octocrylène, benzophénone 3, ethylhexyl methoxycinnamate : trois filtres UV à éviter absolument. © Charlie Crowhurst/Getty images via AFP

L’été arrive, et avec lui le réflexe de tartiner notre peau d’une épaisse couche de crème solaire. Chaque année, en moyenne 25 000 tonnes de lotion se retrouvent dans l’océan : un déferlement de filtres UV parfois nocifs pour notre santé et la vie marine.

Présents dans tous les flacons, ces filtres servent à nous protéger des rayons ultraviolets (UV) du soleil qui peuvent entraîner des cancers de la peau. Ils stoppent les rayons UVB, à l’origine des coups de soleil, et UVA, responsables du vieillissement prématuré de la peau.

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Mais plusieurs d’entre eux sont des perturbateurs endocriniens, ces substances qui dérèglent le cycle hormonal des humains et des organismes aquatiques. Ils sont associés à des troubles de la croissance, à des problèmes de reproduction ou encore à certains cancers (sein, prostate, thyroïde).

Perturbateurs endocriniens : la crème de la crème des filtres UV à éviter

Premier réflexe quand on choisit sa crème solaire : lire la liste des ingrédients et vérifier l’absence de trois filtres UV. «L’octocrylène, la benzophénone 3 et l’ethylhexyl methoxycinnamate sont les trois filtres UV à éviter absolument», alerte Zoé Kerlo, toxicologue pour Yuka, une application qui évalue les risques sanitaires et écologiques des produits.

L’octocrylène est le plus connu des scientifiques. Avec le temps, il se dégrade et génère de la benzophénone, un composé cancérigène et perturbateur endocrinien. Mieux vaut donc se débarrasser des vieilles crèmes solaires qui en contiennent. Les deux autres sont également suspectés par les expert·es de dérégler le système hormonal.

D’autres filtres UV sont aussi à éviter. L’homosalate, par exemple, est considéré comme «sûr» par le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (CSSC), seulement en quantité inférieure à 7,34% de la lotion. Il présente, selon le CSSC, un risque «moyen» d’être un perturbateur endocrinien. Or de nombreux produits autres que les crèmes solaires en contiennent (des crèmes de jour, anti-âge…). «Utiliser plusieurs cosmétiques peut donc créer un effet d’accumulation dans notre corps au-delà du seuil recommandé, s’agace Laurence Coiffard, enseignante-chercheuse en cosmétologie à l’université de Nantes (Loire-Atlantique). On en retrouve par exemple dans plusieurs produits Nivea, y compris dans des crèmes solaires pour enfants.»

Tous ces filtres sont présents dans de nombreuses crèmes solaires : dans certains produits Uriage, La Roche-Posay ou Cien (Lidl). Si des groupes reformulent chaque année la composition de leurs lotions, les stocks en magasins qui renferment encore des ingrédients à risques continuent de s’écouler plusieurs mois après le changement de recette. La crème solaire Clinique FPS 50 contient par exemple de l’octocrylène et de l’homosalate. De même pour l’ambre solaire de Garnier FPS 15, composée d’octocrylène, ou encore le spray Florida SPF 50.

Pour les poissons, la dose fait le poison

Dangereux pour notre santé, ces filtres UV le sont aussi pour les environnements aquatiques. Crustacés, mollusques, dauphins : ils affectent la biodiversité à grande échelle. «Ils tuent les algues qui permettent aux coraux de se nourrir et de respirer, provoquant leur blanchiment», explique Zoé Kerlo. Ces mêmes coraux sont à la base de la chaîne alimentaire et le milieu de vie d’un écosystème aquatique très riche. Ces substances altèrent aussi la fertilité des poissons et perturbent le bon fonctionnement de leurs organes (cerveau, foie, cœur…).

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a déposé l’année dernière un dossier auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) pour réduire drastiquement l’utilisation de l’octocrylène par les industriels des cosmétiques. Si cette demande était acceptée, les crèmes solaires contenant ce filtre UV seraient interdites à la vente.

L’agence française relève que «la dispersion de l’octocrylène dans l’environnement entraîne des risques inacceptables pour les organismes aquatiques. Cette substance contamine les écosystèmes aquatiques directement lors des activités récréatives de baignade et indirectement via les eaux usées en sortie des stations d’épuration.»

Les filtres minéraux surfent sur la vague

Les crèmes solaires biologiques se démarquent-elles ? Contrairement aux compositions chimiques, elles sont fabriquées à partir de filtres UV minéraux. Ces derniers bloquent les rayons du soleil, non en les absorbant mais en les renvoyant. Parmi les plus courants : l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane. Les études scientifiques sur leur impact sanitaire et environnemental n’en sont encore qu’à leurs débuts.

Pour l’instant, leurs impacts sur l’environnement sont considérés comme limités par rapport aux filtres UV chimiques. Toutefois, l’oxyde de zinc en grande quantité peut se révéler également toxique pour la biodiversité aquatique.

Selon le SCCS, les produits qui contiennent du dioxyde de titane comportent parfois plus de 50% de nanoparticules. Celles-ci permettent de réduire l’effet de pellicule blanche sur la peau, jugé inesthétique par nombre de consommateur·ices, mais leurs conséquences sur la santé sont encore mal connues des scientifiques, qui préconisent le principe de précaution. Selon plusieurs expert·es, ils se révèlent en moyenne moins efficaces pour protéger la peau du soleil.

Les crèmes solaires vendues en pharmacie restent généralement les plus sûres pour la santé. Parmi celles-ci, les enseignantes en cosmétologie Laurence Coiffard et Céline Couteau recommandent, après les avoir analysés, les produits A-derma protect kids SPF 50+ et Avène protect kids. Du côté de Que Choisir ensemble, les analyses mettent en avant la crème solaire Hema ou celle de Mustela.

Choisir la crème SPF 50+ pour ne pas brûler

Qu’en est-il des huiles, des brumes et des drops (gouttes) vendues dans les rayons ? «Sous cette forme, on met très peu de protection sur le corps ; plus la formule est fluide, moins c’est protecteur», insiste Laurence Coiffard. Même chose pour les sticks, largement emballés dans du plastique, qui ne couvrent que de petites surfaces.

Afin de choisir la meilleure protection contre le soleil, il faut toujours préférer les produits avec un indice de protection SPF 50+. Et il est inutile d’insister pour faire pénétrer la crème dans la peau. Contrairement à un baume hydratant, l’efficacité réside au contraire dans l’effet de film protecteur. Masser facilite le passage des substances toxiques comme les perturbateurs endocriniens dans l’organisme. Il vaut mieux appliquer la crème 15 à 30 minutes avant l’exposition, et renouveler l’opération toutes les deux heures ou après une baignade prolongée.

Sans oublier que la meilleure protection reste d’éviter les heures les plus ensoleillées (de 12h à 16h), de couvrir sa peau avec des textiles et de ne mettre de la crème solaire que lorsque c’est nécessaire, à partir d’un indice UV3. «Il faut résister au discours ambiant qui incite à en appliquer tous les jours», encourage Laurence Coiffard. L’exposition quotidienne aux perturbateurs endocriniens renforce les risques sur la santé.

Les labels prennent l’eau

«Reef friendly», «Ocean conservancy» ou encore «Ocean friendly». «Quand les industriels décident de mettre ces indications, il faut avoir en tête qu’elles ne sont pas encadrées, explique à Vert Alice Mateus, éco-toxicologue de l’équipe cosmétiques de l’Anses. Actuellement, il n’existe pas de méthode normée pour déterminer les effets ou non des filtres UV sur les coraux.» L’Anses recommande aux industriels d’éviter toute allégation et logo apposés sur les emballages. Selon l’agence, si les filtres UV minéraux tels que l’oxyde de zinc venaient à être recommandés comme alternative aux autres filtres, ceux-ci pourraient atteindre des concentrations dans le milieu marin qui menaceraient les organismes aquatiques, dont les récifs coralliens.

Pour que les consommateur·ices s’y retrouvent, la Commission européenne a lancé, en 2024, une révision de ses recommandations sur ces affichages. L’agence française y voit l’occasion d’imposer un cadre plus contraignant aux fabricants. Meilleur moyen d’éviter les mauvaises surprises : vérifier soi-même les composants et l’absence des plus dangereux pour les écosystèmes marins.

Combien d’années d’inaction politique ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

Les alertes des scientifiques sont à nouveau ignorées, en matière de pollution comme de climat, et notre gouvernement protège davantage les intérêts des industriels que notre santé et l’avenir de nos enfants.

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