Isolation, volets, ventilateurs de plafond : comment obliger son proprio à faire des travaux dans un logement bouilloire

Travaux la peine.
En France, un logement sur trois se transforme en «bouilloire» dès que le thermomètre s'affole. Pour faire face, les locataires ont des leviers concrets afin d’obtenir des travaux de leur propriétaire… même s’il faut souvent s’armer de patience. Vert fait le point sur les droits dont vous disposez.
Face aux canicules, la pose de volets peut faire baisser la température intérieure de plusieurs degrés. © Frederic Scheiber/Hans Lucas via AFP

Jusqu’à 45 degrés Celsius (°C) dans certains appartements… L’été 2026, avec sa succession historique d’épisodes caniculaires, a démontré une nouvelle fois l’inadaptation de nombreuses habitations aux fortes chaleurs. Près d’un logement sur trois en France est une «bouilloire thermique», selon un rapport de juin 2025 de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé-Pierre).

Équivalent estival des «passoires thermiques» – qui retiennent mal la chaleur l’hiver –, les logements bouilloires surchauffent lors des épisodes caniculaires, avec des températures moyennes de 30°C en journée et de 28°C la nuit, selon la définition de l’Agence nationale pour l’information sur le logement (Anil).

Si des travaux d’isolation ou de rénovation sont parfois nécessaires, la pose de volets peut déjà faire baisser la température intérieure de plusieurs degrés. Pourtant, 43% des logements n’en ont pas. Des équipements qu’il est possible de faire installer par son bailleur, malgré la lenteur des procédures. «Bien souvent, les locataires n’osent rien réclamer. Il est important de leur rappeler qu’ils ont des droits», souligne Adrien Roux, militant de l’association Locataires ensemble, qui défend les habitant·es du parc public et privé dans plusieurs villes françaises.

Je souhaite faire installer des volets, des stores ou un brasseur d’air

Contrairement à l’humidité excessive ou à la présence de nuisibles, la chaleur extrême ne figure ni parmi les motifs d’insalubrité d’une habitation – sauf à Lyon, depuis le 15 juillet – ni parmi les critères de non-décence. Toutefois, un logement trop chaud ne répond pas aux règles sanitaires d’hygiène et de salubrité (RSHS) définies par le décret du 29 juillet 2023 du Code de la santé publique. Il stipule qu’il «doit être pourvu d’un système de régulation de la chaleur fonctionnel et suffisant, qui peut être assuré par différents moyens tels l’isolation thermique, la présence de volets, la possibilité de ventilation nocturne […] ainsi que par leur combinaison».

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En s’appuyant sur cet article, la première démarche pour un·e locataire consiste à adresser une demande écrite à son propriétaire, en détaillant le problème rencontré. «Il ne suffit pas d’écrire que l’on a trop chaud : il faut bien argumenter et formuler des demandes concrètes», explique Adrien Roux. Pour rédiger ce courrier, on peut se faire aider par des associations comme Locataires ensemble, qui propose un modèle de lettre sur son site internet. Le ou la propriétaire a ensuite deux mois pour répondre.

En cas de refus, le ou la locataire peut contacter sa mairie, ou directement le service communal d’hygiène et de santé (SCHS), lorsqu’il existe. Après une visite du logement, le service rédige un rapport qui peut déboucher sur une mise en demeure, assortie d’un délai pour réaliser les travaux. Si le ou la propriétaire s’obstine, la commune infligera une contravention de 750 euros par logement concerné. «C’est une somme qui peut tout de même avoir de l’effet, surtout si le bailleur possède de nombreux appartements concernés», assure le militant.

Une longue procédure, mais qui porte ses fruits : fin juin, des locataires lyonnais·es soutenu·es par l’association ont obtenu de leur bailleur, la Compagnie foncière lyonnaise (CFL), la promesse du déblocage d’un million d’euros pour installer des protections solaires sur les fenêtres et des ventilateurs de plafond dans plusieurs immeubles de la ville.

Dans certains cas toutefois, la pose de volets sur une façade peut être refusée par les architectes des bâtiments de France (ABF), chargé·es de préserver le patrimoine et l’esthétique des lieux historiques. Selon un rapport sénatorial de 2024, près d’un tiers des logements français sont soumis à l’avis de ces fonctionnaires. Le projet de loi sur le logement, voté en première lecture au Sénat le 8 juillet et examiné à la rentrée à l’Assemblée nationale, pourrait assouplir ces règles : pour l’installation de protections solaires, l’avis des ABF passerait de «conforme» à «simple», c’est-à-dire qu’il deviendrait purement consultatif.

Je souhaite demander des travaux de rénovation énergétique

Certains logements nécessitent néanmoins des travaux plus conséquents. Les critères de décence incluent la performance énergétique et, depuis le 1er janvier 2025, une habitation ne peut théoriquement pas être mise en location si sa consommation d’énergie finale dépasse 450 kilowattheures (kWh) par mètre carré et par an. Cela correspond aux logements classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Cette règle pourrait évoluer avec le projet de loi sur le logement (voir plus haut), qui prévoit la réautorisation de la location de ces biens si le bailleur s’engage à effectuer des travaux sous trois à cinq ans.

Pour l’heure, cette interdiction court toujours mais concerne seulement les nouveaux contrats de location, et non ceux en cours. Au moment du renouvellement du bail, le ou la locataire peut donc demander le DPE de son logement. Si celui-ci est classé G ou si, plus globalement, l’habitation ne respecte pas les critères de décence, l’habitant·e est en droit d’exiger des travaux. Là aussi, il ou elle doit d’abord envoyer un courrier à son bailleur pour exposer la situation. En cas de refus ou d’absence de réponse sous deux mois, le ou la locataire peut saisir la commission départementale de conciliation.

Enfin, si les démarches à l’amiable échouent, reste la justice : le tribunal judiciaire de votre département peut contraindre le bailleur à réaliser les travaux de mise en conformité, le condamner à verser des dommages et intérêts et réduire le montant du loyer. Face à ces procédures complexes, ne restez pas seul·e. «Le réseau des Adil [agences départementales pour l’information sur le logement, NDLR] peut vous accompagner. Il est aussi possible de passer par la plateforme Signal logement, qui permet de décrire assez finement sa situation, afin d’être aidé rapidement par les services compétents», précise Louis du Merle, directeur juridique de l’Anil.

Je souhaite faire des travaux moi-même

En théorie, un·e locataire n’est pas autorisé à effectuer des travaux d’ampleur dans son logement sans l’accord de son bailleur. Mais un décret de 2022, pris en application de la loi Climat et résilience, instaure une exception pour certains chantiers de rénovation énergétique. Il faut tout de même en faire la demande, par écrit, au propriétaire : une absence de réponse dans les deux mois vaut accord. Le ou la locataire n’aura donc pas à remettre le logement en l’état à son départ s’il ou elle réalise les travaux suivants : isolation des planchers bas ; isolation des combles et des plafonds de combles ; remplacement des menuiseries extérieures ; protection solaire des parois vitrées ou opaques ; installation ou remplacement d’un système de ventilation ; installation ou remplacement d’un système de production de chauffage et d’eau chaude sanitaire et interfaces associées.

Il est possible de demander à son propriétaire de déduire du loyer le montant de ces rénovations, mais celui-ci peut refuser. Attention : il n’est pas légal de cesser de payer son loyer en l’absence de travaux. Seul un·e juge peut décider de le suspendre ou d’en réduire le montant.

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

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