
Des clameurs s’élèvent d’un ponton du bord de la Loire, à Saumur (Maine-et-Loire), ce mercredi 2 septembre. Une dizaine d’enfants agitent frénétiquement les mains, les yeux rivés sur l’eau.
Voguant dans leur direction, Léa Navarro salue la foule, escortée par une flotille. Voilà trois jours que cette salariée de Wings of the Ocean, une association qui agit pour la protection des littoraux, a quitté Tours (Indre-et-Loire), sa ville d’origine. Elle a entrepris une odyssée de plus d’un mois qui doit la mener jusqu’à La Rochelle (Charente-Maritime), où elle vit, le 3 octobre.
Cet article est en accès libre.
C’est un engagement fort de notre équipe, pour permettre à tout le monde de s’informer gratuitement sur l’urgence écologique et de faire des choix éclairés. Si vous le pouvez, faites un don pour soutenir notre travail dans la durée et garantir notre indépendance.
Ce périple, à bord d’un canoë jusqu’à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), puis à vélo le long du littoral, vise à pister nos déchets plastiques jusqu’à l’océan. «Ce n’est pas tous les jours qu’on accueille une personne engagée dans cette démarche», se réjouit Delphine Aslan, adjointe en charge de la démocratie participative (Les Écologistes) à la mairie de Saumur.
Au-delà du simple «défi sportif, pour mes 30 ans», et du «plaisir de dormir dehors en mangeant des soupes lyophilisées», Léa Navarro compte prendre sa part de la lutte contre cette pollution. «Ça fait six ans que je suis engagée sur ces sujets», rappelle-t-elle. Au fil de son voyage, elle fait de la sensibilisation auprès des enfants et recense les détritus repêchés.
«À 19 ans, je suis tombée amoureuse de l’océan en allant surfer avec des copines à Biarritz [dans les Pyrénées-Atlantiques, NDLR]. Quand on aime cet univers, on est vite confronté à la problématique des déchets», rembobine-t-elle. Chaque année, en France, près de huit milliards de bouteilles en plastique et de canettes sont incinérées, enfouies ou abandonnées dans la nature, selon les chiffres de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Beaucoup finissent par souiller les mers et les océans, où elles se fragmentent en microplastiques, de petites particules souvent invisibles à l’œil nu.

«Avant de me mettre au surf, je n’étais pas plus engagée que cela sur l’écologie, en dehors de ma participation aux marches pour le climat», reconnaît Léa Navarro. Mais la militante, «féministe», découvre vite que «les oppressions et les systèmes de domination» auxquels elle s’oppose sont liés les uns aux autres. «On ne peut pas faire avancer les choses uniquement en achetant en vrac et en ayant une gourde», ironise-t-elle.
Une bouteille de la mer aux maires
Son périple donnera lieu à une restitution, avec des données sur les déchets trouvés mises à disposition sur le site internet de Wings of the Ocean. Mais cette adepte de «la science participative» veut aller plus loin : «Je rencontre les maires le long de mon parcours, comme ici, à Saumur. Pas pour être dans une posture de dénonciation, mais pour leur montrer qu’ils peuvent faire bouger les choses.»
Avec une idée en tête : promouvoir le retour de la consigne. Elle travaille avec Reloop, une organisation internationale qui œuvre en faveur de l’économie circulaire et qui s’est associée à son projet. «Cela réduirait les dépôts sauvages», espère-t-elle. Et de citer les réussites en la matière aux Pays-Bas et en Slovaquie, pays qui ont réintroduit la consigne ces dernières années.
Une dizaine d’élu·es l’ont déjà reçue, comme à Ancenis et Pornic (Loire-Atlantique). Elle raconte : «Ils se disent prêts à envisager des choses dans leur commune s’ils sont accompagnés ; il faut maintenant laisser la graine germer.»

Début septembre, le gouvernement a renoncé à mettre en place un dispositif de consigne obligatoire pour les bouteilles en plastique. «Cette idée n’est pas la solution miracle, mais cela permettrait déjà d’avancer et d’avoir des impacts», souffle Léa Navarro. Notamment au niveau local : «Je crois beaucoup en l’humain, au fait de se parler ; ce sont les gens ancrés dans leur territoire qui ont le pouvoir de passer à l’action.»
Rien d’un hasard, pour une «enfant issue d’une famille très politisée, notamment sur la lutte des classes», où l’on «m’emmenait en manif gamine».
Pour les maires qui ont refusé sa main tendue, l’activiste a imaginé un moyen de sensibilisation original : «Une bouteille de la mer aux maires.» L’idée ? «Déposer dans ces mairies une lettre dans une bouteille ramassée le long de mon parcours», expose-t-elle. Les édiles qui le souhaitent peuvent ensuite être accompagné·es par Reloop afin d’imaginer des actions locales.
Une manière de «prendre le pari de l’humour et de la bonne humeur», souligne Léa Navarro. Celui de l’engagement, aussi : «On a toutes les raisons d’être pessimistes pour l’avenir, mais on doit se mettre en mouvement.»
«Toute ma vie, je sais que je serai engagée sur ces sujets-là»
D’ailleurs, son odyssée du plastique est «loin d’être solitaire. J’ai tout le temps des amis qui m’accompagnent ; ma grand-mère est même montée sur mon canoë lors du départ», s’amuse-t-elle. Et ce n’est qu’une première pierre : «Toute ma vie, je sais que je serai engagée sur ces sujets-là.»

Elle espère politiser cette question, la prochaine élection présidentielle en ligne de mire. «Ce serait irresponsable de ma part de ne pas vouloir m’engager», tranche la Rochelaise d’adoption.
Il s’agit aussi de proposer un autre récit. «On n’a pas besoin de partir à l’autre bout du monde pour vivre de belles aventures : je croise tous les jours des gens qui sont ultra-attachés à la Loire, décrit-elle. Cela peut faire “boomeuse” de dire ça, mais je pense qu’on a aussi besoin de sortir de nos écrans et de se rendre compte des choses.» Avant de rejoindre un groupe d’enfants armé·es de seaux pour ramasser des déchets, elle lance une dernière bouteille à la mer : «On a besoin de rêver pour pouvoir lutter.»










