
Déguster une tasse de café fumante au saut du lit : un rituel matinal partagé par une grande partie des Français·es de plus de 18 ans. Selon une étude Ipsos réalisée en 2024 pour Nescafé Dolce Gusto, 73% d’entre elles et eux en consomment régulièrement, à raison de trois par jour pour la moitié du panel interrogé. Un engouement planétaire : près de deux milliards de personnes en consomment chaque jour à travers le globe.
Mais cette demande massive et en plein essor pose de sérieux problèmes environnementaux : déforestation dans les pays producteurs (notamment au Brésil, au Vietnam et en Colombie), recours intensif aux engrais azotés et aux pesticides, forte consommation d’eau (132 litres pour une seule tasse, selon l’hydrologue Charlène Descollonges, interrogée par le média Reporterre), émissions de gaz à effet de serre lors de la production et du transport… Sans oublier les atteintes aux droits humains : l’ONG Coffee Watch fait état de travail forcé, de travail des enfants et de salaires misérables dans de nombreuses exploitations, y compris pour certains cafés issus du commerce équitable.
Le café menacé par le réchauffement climatique
La culture du café est par ailleurs fortement exposée aux aléas climatiques. Tempêtes et gels records au Brésil, sécheresses en Côte d’Ivoire ou au Vietnam ont fait chuter la production ces dernières années, provoquant une flambée des prix (+37 % entre 2024 et 2025, selon une évaluation du média France info). Malgré de meilleures récoltes en 2026, la tendance de fond devrait se poursuivre : le changement climatique pourrait rendre incultivables de nombreuses parcelles aujourd’hui dédiées à cette plante.
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Pour des raisons éthiques, écologiques, ou simplement pour réduire leur consommation de caféine, de plus en plus de consommateur·ices se tournent donc vers des alternatives, qui se sont multipliées ces dernières années. Celles et ceux qui cherchent à retrouver le goût exact du café seront déçu·es, mais ces boissons ont leurs propres saveurs à faire valoir. Produites localement, elles sont aussi plus respectueuses de l’environnement. Tour d’horizon des principales alternatives.
Les boissons à base de chicorée
Longtemps affublée d’une image désuète, la chicorée connaît un regain de popularité. Aux côtés des acteurs historiques comme Leroux ou Ricoré (Nestlé), de jeunes marques telles que Nourée ou Cherico entreprennent de la dépoussiérer.
Obtenue à partir de racines torréfiées puis réduites en poudre, cette boisson affiche un bon bilan environnemental. Au kilo, son empreinte carbone est pourtant très proche de celle du café : 7,87 kilogrammes d’équivalent CO2 par kilogramme (kg CO₂e/kg) contre 8,4kgCO2e/kg pour le café moulu, selon la base Agribalyse de l’Ademe. Toute la différence se joue à la tasse, car on dissout seulement deux à trois grammes de chicorée soluble, contre une dizaine de grammes de café moulu. Résultat : une tasse de chicorée émet environ quatre fois moins de dioxyde de carbone (CO2) qu’une tasse de café.
La chicorée exige en outre moins d’intrants chimiques et pousse principalement dans le nord de la France – premier producteur mondial – et chez ses voisins (Belgique, Pays-Bas, Allemagne). Choisie bio, elle réduit encore son impact, même si l’essentiel de son empreinte tient à l’étape de transformation.
Sans caféine, cette racine est riche en fibre et en inuline, une prébiotique reconnue pour son impact positif sur le microbiote. «Côté goût, on retrouve l’amertume du café, avec des notes de caramel et de noisette», détaille Doriane Le Leu, cofondatrice de la marque Cherico. Le prix, lui, varie fortement selon les marques et le mode de culture – conventionnel ou bio – de 12 à 38 centimes la tasse.
Le café d’orge
Populaire en Italie (caffè d’orzo) et au Portugal (cevada), le café d’orge séduit les personnes ne tolérant pas la caféine ou celles qui veulent remplacer le café de l’après-midi. En France, cette alternative riche en fibres et en nutriments reste relativement méconnue, même si son marché progresse.
Faute de calcul d’empreinte carbone pour ce substitut céréalier, on retiendra que l’essentiel de l’orge utilisée est cultivée et transformée en France : dans le Cantal pour Kafékap, dans le Tarn pour la Ferme de Vanessa Vialettes, ou en Bretagne pour Graine de Breton. «Nous avons fondé la marque il y a onze ans pour proposer une alternative locale au café décaféiné. Depuis deux ans, nous constatons un vrai engouement du grand public», raconte Nathalie Gouéry, qui a créé Graine de Breton avec son mari Yoann.
L’enseigne décline plusieurs gammes : l’orgé, au goût de céréales et de pain grillé, et l’orzo, plus doux, aux notes de noisette. «Nous avons également développé le Koffé 532, un mélange d’orge et de petit épeautre. De nombreux clients nous disent qu’en terme de goût, c’est ce qui se rapproche le plus du café», précise-t-elle. Le café d’orge se prépare en infusion, idéalement en cafetière à piston, ou en cafetière italienne ; plusieurs marques proposent aussi des capsules. Comptez en moyenne 20 euros (€) le kilo pour l’orzo – comparable, voire inférieur, au prix des cafés bios moulus.
Le café de lupin
Le lupin est une légumineuse dont les graines comestibles, très riches en protéines, sont torréfiées pour donner un café moulu ou en grains. «La consommation de café de lupin est très ancienne, mais l’habitude s’est perdue en France. Je l’ai découverte en Allemagne il y a cinq ans, alors que je cherchais une alternative sans caféine pendant ma grossesse. J’ai eu envie de remettre cette boisson au goût du jour», explique Anaïs Marescaux, fondatrice de Lupi Coffee. Le lupin est originaire du nord de la France et d’Allemagne – la marque, qui se fournit déjà auprès de fermes bio, vise une production 100% française dès l’an prochain.
D’autres se sont depuis lancées sur ce marché encore confidentiel, comme Arsène, qui revendique une production 100% française, ou La Tribu des Kawas, dont les grains sont cultivés et transformés en Bretagne.
Corsé et rond, le café de lupin dévoile des arômes de noisette grillée et de cacao. «Le goût se rapproche vraiment de celui du café, avec moins d’acidité», assure Anaïs Marescaux. Il s’accommode de toutes les cafetières – filtre, italienne, à piston, voire à expresso – en suivant les recommandations propres à chaque méthode. Lupi Coffee vend sa version 19€ les 600 grammes (g), soit environ 23 centimes la tasse selon la marque.
Et le thé dans tout ça ?
Le thé n’est évidemment pas un substitut au café. Mais pour qui cherche à alléger son empreinte carbone, c’est un bon réflexe : selon l’Ademe, il figure parmi les boissons les moins émettrices après l’eau du robinet, avec 43,6gCO₂e par litre, soit quinze fois moins que le café.
Certes, le thé vient lui aussi de loin : la Chine et l’Inde en sont les premiers producteurs. Mais sa culture, moins intensive, entraîne moins de déforestation que celle du café. Là encore, privilégier le bio limite le recours aux pesticides.











