«On sait très bien que le RN n’aime pas l’écologie» : à Carpentras, France nature environnement lâchée par la mairie d’extrême droite

Carpentras la casquette.
L'antenne vauclusienne de la fédération d’associations écologistes perd les locaux mis à sa disposition par la municipalité depuis plus de quinze ans. La majorité Rassemblement national ne propose pas d'alternative pérenne. Au sein de FNE 84, l'équipe oscille entre colère, lutte et inquiétude.
Claude Ranocchi, présidente départementale de France nature environnement depuis mai 2026. Cette année marque les cinquante ans d’existence de l’antenne vauclusienne. © Cécilia Brès/Vert

Quand le mistral ne souffle pas trop fort, des passants s’assoient sur la volée de marches menant au local vitré. Au-dessus de leur tête, un hérisson rouge, l’air hargneux : le logo de France nature environnement (FNE). La structure nationale, qui fédère de nombreuses association de protection de la nature, est la seule occupante des lieux, malgré l’enseigne «Maison de l’environnement» qui persiste sur la façade.

À l’intérieur, Claude Ranocchi, présidente bénévole de l’antenne Vaucluse, extrait deux feuilles A4 d’un dossier jaune. Par les ruelles du centre ancien de Carpentras, la mairie n’est qu’à 300 mètres du local associatif. Mais c’est bien par La Poste que la décision est tombée.

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Dans un courrier daté du 1er septembre, le maire Hervé de Lépinau (Rassemblement national) et son adjointe à la vie associative se disent «conscients de l’intérêt de [la présence de FNE 84] sur le territoire de Carpentras», mais plus en capacité de louer des locaux au bénéfice d’associations. Ils proposent «la mise à disposition d’une salle non exclusive selon un calendrier déterminé à l’avance».

La nouvelle équipe municipale de Carpentras met un terme à la convention d’hébergement qui permettait à FNE 84 d’occuper gracieusement un local, depuis plus de quinze ans. © Cécilia Brès/Vert

Avec deux salariées, une personne en service civique et une autre en mécénat de compétences, «c’est irréaliste» tranche Claude Ranocchi. Et d’ajouter : «On sait très bien que le RN n’aime pas l’écologie, ce n’est pas un scoop.» En juin dernier, le nouvel édile de Carpentras mettait déjà un terme à la ferme municipale, créée par l’ancienne majorité (notre article).

«La ville louait un local plus de 500 euros par mois et le mettait gratuitement à disposition de l’association pour un usage exclusif. Nous y mettons un terme car ce n’est pas soutenable financièrement» détaille la municipalité (qui n’a pas répondu à nos sollicitations), auprès du quotidien régional La Provence.

«Un dentiste d’Orange nous propose un local, en dessous de son cabinet»

À Carpentras, FNE 84 ne perçoit pas de subvention municipale. Ce local lui permet de mener son action quotidienne. Elle y accueille ses équipes, y stocke ses archives et son matériel. Au sous-sol, se côtoient pêle-mêle des tubes de peinture, paires de jumelles et autres pinces et gants destinés aux opérations de ramassage de déchets.

À l’étage, s’alignent de multiples dossiers, trois bureaux et une grande table, dimensionnée pour accueillir chaque mois le conseil d’administration (CA) et sa quinzaine de membres. Tous bénévoles. Pour elles et eux, la période est «particulièrement intense» souffle Claude Ranocchi.

Dans leur quête d’un nouveau lieu, les membres du CA activent leur réseau : des messages sont envoyés aux membres et à la trentaine d’associations adhérentes. Calme ce matin-là, le local a pris des airs de QG de crise.

Claude Ranocchi n’y croyait guère, mais les propositions affluent. Elle les passe en revue, faisant glisser la pointe de son stylo le long d’une liste imprimée : «On a même un dentiste d’Orange [autre municipalité RN, NDLR] qui nous propose un local, en dessous de son cabinet !»

Trouver un nouveau lieu, et s’assurer cette base arrière. Mais le gros de l’activité se joue hors des murs. L’association intervient en milieu scolaire, autour de l’eau, des déchets ou de la biodiversité. Sur un terrain reçu en don, dans une commune voisine, elle combine installation de nichoirs, plantation d’arbres fruitiers et inventaire naturaliste, pour sensibiliser à la préservation des sols.

Scotchées sur les vitres du local, des affiches invitent les passant·es à rejoindre la «grande marche pour le climat et le vivant» fin septembre, les informent des fruits et légumes de saison ou célèbrent la biodiversité du Vaucluse. © Cécilia Brès/Vert

Sensibiliser aussi via un partenariat avec le tribunal correctionnel de Carpentras, et l’organisation de «stages de citoyenneté» pour des personnes ayant commis des infractions environnementales, comme l’utilisation de produits phytosanitaires interdits ou la capture d’oiseaux protégés.

«On y passe des heures et des heures»

Les membres de FNE 84 accompagnent des structures locales dans leur action en justice. «On les conseille, on est à leurs côtés au tribunal. Lorsqu’il y a un projet de construction, il y a systématiquement une enquête publique : le fait que FNE rédige une contribution, ça a du poids, révèle Claude Ranocchi. C’est un travail de fond, il faut s’appuyer sur les textes, les lois. On y passe des heures et des heures.»

«On perd notre local, mais on perd aussi des financements. L’État ne finance plus, et les collectivités locales sont obligées de donner des coups de ciseaux par ricochet.»

À Entraigues-sur-la-Sorgue, à quinze minutes d’Avignon, leur lutte a permis de réduire de 100 hectares les plans d’extension d’une zone d’activité. À Pertuis, d’obtenir l’annulation d’un autre projet de 86 hectares. «Une grande victoire» souligne Claude Ranocchi.

Mais les inquiétudes sont grandes, également. Les pouvoirs locaux ne sont pas les seuls à lâcher l’association. «On perd notre local, mais on perd aussi des financements. L’État ne finance plus, et les collectivités locales sont obligées de donner des coups de ciseaux par ricochet», s’inquiète la présidente.

Alors, l’équipe vauclusienne intensifie sa recherche de mécènes. Sur la porte du local associatif, le hérisson rouge conserve un regard combatif. Mais d’ici au 31 décembre, il lui faudra quitter son poste.

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

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Climat, biodiversité, santé et désinformation : vous pouvez compter sur nous pour rafraîchir la mémoire de tout le monde quand viendront les élections. On n’y arrivera qu’avec vous !

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