Il voulait «faire la peau aux écolos» : à la barre, le président de la Coordination rurale Bertrand Venteau réaffirme ses propos

C’est Auch.
Le président de la Coordination rurale était jugé jeudi à Auch (Gers) pour avoir déclaré vouloir «faire la peau aux écolos» en novembre dernier. Il a démenti toute incitation à la violence et plaidé «une métaphore». Ses soutiens ont jeté des œufs sur les plaignant·es à leur entrée dans le tribunal.
Le président national de la Coordination rurale, Bertrand Venteau, ce jeudi 3 septembre à Auch (Gers). © Théo Mouraby/Vert

Les uns lui imputent des propos indignes d’une figure à «la carrure nationale». Les autres voient plutôt «quelqu’un de spontané, qui a en lui une colère tout à fait légitime» et qui est surtout «l’homme à abattre d’un syndicat qui dérange». Lunettes sur la tête, courte barbe blanche grignotant ses joues, Bertrand Venteau s’est présenté à la barre du tribunal correctionnel d’Auch (Gers), jeudi.

Le président national de la Coordination rurale (CR) était jugé pour «provocation publique et directe non suivie d’effets à commettre un crime ou un délit». Le 19 novembre dernier, jour de son élection à la tête du syndicat agricole contestataire, il avait déclaré : «Les écolos, la décroissance veulent nous crever. Nous devons leur faire la peau.»

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La phrase, réécoutée pendant l’audience, avait fait réagir de nombreuses associations écologistes. France nature environnement (FNE), Générations futures, et FNE Occitanie-Pyrénées se sont constituées parties civiles. «Il y en a ras le bol des menaces et des intimidations. Et la CR est coutumière du fait», dénonce auprès de Vert Jean-François Julliard, directeur général de FNE.

Et cela jusqu’aux portes du tribunal. À 13h15, des membres de la CR venu·es en soutien à leur président ont jeté des œufs sur les plaignant·es qui entraient dans la salle d’audience, tout en les insultant. Les projectiles ont touché de manière indiscriminée des membres des associations, pourtant escorté·es par la police, et une avocate qui se rendait au tribunal pour une autre affaire. «Personne ne doit pouvoir se présenter à un tribunal sous les sifflets. La scène qui s’est passée tout à l’heure n’est pas digne d’un combat politique et syndical ; c’est ce type de discours qui peut avoir un effet délétère», a tonné le président de la cour, Philippe Rigault, en faisant référence aux propos incriminés.

«Faire la peau, ça veut dire tuer. Vous n’êtes pas au courant ?»

Face aux juges, Bertrand Venteau a tenté plusieurs défenses. Il a d’abord assuré qu’il croyait être dans un cadre privé au moment de son discours : «Il n’y aurait jamais dû y avoir des journalistes à ce moment-là.» Pourtant, sa prise de parole avait lieu lors du 32ème congrès du syndicat, auquel des reporters étaient accrédité·es. Ensuite, il a expliqué qu’il ne pouvait pas les voir, sur scène, à cause de la lumière des projecteurs au moment de son discours. «Je ne vous crois pas», a répliqué le procureur de la République, Claude Derens.

Vient l’explication du sens de son propos. Bertrand Venteau pointe une nébuleuse, un mouvement de pensée – «l’écologie punitive et la décroissance» – à combattre sur le terrain des idées, pas un ennemi à éliminer physiquement. «Beaucoup de gens considèrent que “faire la peau”, ça veut dire tuer. Vous n’êtes pas au courant ?», a feint de s’interroger le président. «Pour moi, c’est combattre idéologiquement et arrêter d’être en permanence sous le joug, critiqué et stigmatisé par ces gens-là», a répondu le prévenu. «Quand on dit qu’on doit dépecer la partie adverse. Vous savez ce que c’est, dépecer un animal ?», a insisté la cour.

«La forme n’est peut-être pas la bonne, mais j’assume mes dires», a maintenu le président de la CR, qui s’est aussi réjoui de l’adoption de la décriée loi d’urgence agricole. «Si mes propos ont permis de revenir sur un débat législatif apaisé qui a permis ces avancés, il le fallait», conclut-il. «Il est drôle que vous ayez utilisé le mot apaisé», a remarqué le président du tribunal.

«La CR n’est pas au-dessus des lois»

Le mot a aussi fait réagir les parties civiles. «Je ne sais pas si c’est ça la définition du mot “apaisé de Monsieur Venteau, mais je ne me suis jamais aussi peu sentie en sécurité en arrivant à une audience», a soufflé à la barre Nadine Louverjat, pour l’ONG Générations futures, dont le t-shirt noir était encore marqué par des traces d’œufs.

Bertrand Venteau, président national de la Coordination rurale, prend la parole devant le tribunal d’Auch, avant son procès, jeudi 3 septembre. © Théo Mouraby/Vert

Anne Roques, juriste à FNE, a compté quatre attaques de la CR contre des associations membres de son réseau en décembre 2025. Soit le mois suivant le dérapage de Bertrand Venteau. Elle en donne un exemple : en Charente-Maritime, le 10 décembre dernier, des salarié·es ont retrouvé une tête et la peau d’un sanglier devant leurs locaux. «C’est une référence directe aux propos de Monsieur Venteau. La CR n’est pas au-dessus des lois», assène-t-elle.

Sur le banc des prévenus, Bertrand Venteau souffle ou lève les yeux au ciel à de rares moments. Le reste du temps, il tourne ses lunettes dans ses mains ou tripote le bas de son jean. Parfois, il scrute les murs de la salle d’audience, comme s’il attendait que tout cela passe. Son conseil, Josyane Andrieu-Filliol, plaide la relaxe pour absence de preuve. Pour elle, le parquet ne peut pas prouver que l’assemblée dans laquelle les propos ont été prononcés était publique. Elle balaye le sens de ceux-ci : «une métaphore». Elle insinue également un traitement défavorable à l’encontre de son client, une «sorte de privilège» pour le faire passer rapidement devant la justice, comme un «deux poids, deux mesures».

Un deuxième procès ce vendredi

Un discours entendu devant le palais de justice, de la bouche des adhérent·es de la CR. Cyrille (il n’a pas voulu donner son nom), 56 ans, trouve qu’il y a deux côtés : «Un qui doit fermer sa gueule [les agriculteur·ices, NDLR], et l’autre qui a le droit de tout dire», comme «les représentants de l’écologie», à qui il reproche de gagner leur vie en faisant de la politique.

«Être le porte-parole de milliers de gens qui souffrent, ce n’est pas une raison pour dire n’importe quoi», a tranché le procureur, dénonçant une parole qui «voue un groupe à la vindicte populaire de ses électeurs et adhérents». Il a requis une amende de 30 000 euros avec sursis. Le délibéré a été fixé au 15 octobre.

À la sortie de la salle d’audience, Bertrand Venteau a retrouvé les 200 à 300 agriculteur·ices toujours présent·es. Il a confié au micro que le lancer d’œufs lui avait causé plus d’ennuis qu’autre chose dans l’enceinte du tribunal : «C’était peut-être une bêtise… Mais, un œuf, ça n’a jamais tué personne.» Il renvoie d’ailleurs la faute sur le préfet, «qui n’a rien fait pour que cela se passe bien». Pour éviter la confrontation, il aurait fallu, selon lui, faire entrer les plaignant·es par la porte de derrière, en catimini.

Il reconnait avoir passé un moment pénible devant les juges ; il va devoir s’y habituer : ce vendredi, il est attendu devant la cour d’appel de Limoges (Haute-Vienne) pour une autre affaire. Cette fois pour outrages, menaces et intimidation d’élu·es et de fonctionnaires de l’État, avec deux autres prévenus.

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

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Climat, biodiversité, santé et désinformation : vous pouvez compter sur nous pour rafraîchir la mémoire de tout le monde quand viendront les élections. On n’y arrivera qu’avec vous !

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