Marche pour le climat : à Fontainebleau comme dans plus de 260 villes, «l’été a provoqué une grosse envie d’agir»

Forêt parée.
Ce samedi 26 septembre, des manifestant·es se sont rassemblé·es dans plus de 260 villes de France à l’appel du mouvement citoyen pour le climat, le vivant et la justice sociale. Vert s’est rendu à Fontainebleau, où l’été caniculaire et l’incendie historique de la forêt a poussé des habitant·es à organiser leur première mobilisation.
Fontainebleau, samedi 26 septembre. Wendel réclame davantage de justice sociale dans les mesures d’adaptation au changement climatique. © Mathilde Picard/Vert

«D’habitude, à Fontainebleau, c’est plutôt les processions catholiques», remarque Véronique, à la tête d’un commerce de prêt-à-porter. Sur le pas de son magasin, elle observe la marche pour le climat, le vivant et la justice sociale progresser vers le centre-ville. «Tout le monde n’est pas allé voir le pape à Paris alors», s’amuse une habitante qui ignorait tout de la manifestation jusqu’à la voir surgir au coin de l’avenue.

Dans le rue piétonne, les militant·es marchent en famille et entre ami·es, pancartes en main : «Pas de nature pas de futur», «Changeons la politique pas le climat» ou encore «Liberté, dignité, habitabilité». Quelques centaine de personnes se sont mobilisées à Fontainebleau, en Seine-et-Marne. Comme dans près de 260 villes en France, elles ont répondu à l’appel du mouvement citoyen du 26 septembre, publié en exclusivité dans Vert au cœur de l’été caniculaire.

Une première pour nombre d’organisateurs et de participants

«Ces derniers mois, on a vécu un trop plein d’anxiété, ça a provoqué une grosse envie d’agir», raconte à Vert Ingrid, organisatrice. Comme nombre de ses camarades, c’est la première fois que la cinquantenaire participe à la mise en place d’une manifestation.

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Elle explique ce qui l’a poussée à se lancer : «Je suis originaire de Bordeaux et j’habite près de Fontainebleau ; j’ai vécu coup sur coup les incendies de mon lieu de vie et de ma forêt d’enfance, ça a été très dur, c’était dystopique.»

Après l’incendie historique qui a ravagé 10% de la forêt francilienne à la mi-juillet, la protection de ce patrimoine naturel est aujourd’hui sur toutes les lèvres. À quelques kilomètres de la place du marché d’où s’est élancé le cortège, encore 2 500 hectares en cendres sont fermés au public sur les 22 500 que couvre la végétation.

Les manifestant·es réclament l’interdiction de la chasse dans la forêt de Fontainebleau. © Mathilde Picard/Vert

L’association pour la préservation de la faune sauvage en forêt de Fontainebleau donne de la voix dans le défilé. «Pour une forêt vivante», clament ses membres en cœur. Parmi eux, François et Olivier ont été marqués par le brasier. «La faune a énormément souffert à cause de la sécheresse et des incendies, déplore Olivier. C’est lamentable que la chasse soit autorisée dans ces conditions.»

Marcher à proximité de la forêt : «un symbole fort après l’incendie»

François abonde : «Dans les mares de la forêt que je connais bien, il n’y a plus d’eau, donc il n’y a plus de vie.» «Défiler à Fontainebleau est un symbole fort après l’incendie», approuve Priscilla. La jeune femme participe à un rassemblement pour la première fois. Elle est venue avec son amie Léa qui brandit une pancarte «Le capitalisme ne sauvera pas la planète». «C’est important de parler de la forêt, un des poumons de l’île-de-France, insiste-t-elle. Mais le problème est plus large, on ne peut pas parler d’écologie tout en acceptant de continuer à extraire du pétrole.»

Priscilla et Léa participent à une manifestation pour la première fois. © Mathilde Picard/Vert

Inquiètes d’une potentielle répression policière, les deux vingtenaires préfèrent marcher ici plutôt qu’à Paris. «On est plus à l’aise à Fontainebleau, c’est plus tranquille», souligne Priscilla. Outre les Bellifontain·es, des habitant·es de tout le département ont afflué.

Justine et Wendel viennent de Savigny-le-Temple. «On habite dans une résidence construite il y a deux ans et il a fait plus de 36 degrés Celsius chez nous cet été, s’indigne Justine. On vient pour se redonner espoir parce que pour l’instant toutes les décisions sont prises par les riches pour les riches alors qu’on a besoin de justice sociale et de vraies mesures d’adaptation au réchauffement climatique.»

Anne, artiste dans le sud de la Seine-et-Marne est venue exprès malgré la distance. «Je me suis dit que la place du marché allait être remplie, mais je suis surprise par le peu de monde», confie-t-elle. «À Fontainebleau, il n’y a pas souvent de manifestations», justifie Ingrid. Alors les organisateur·ices insistent sur le mot d’ordre du mouvement national. «On rappelle qu’on est apartisan», indique-t-elle. Un moyen selon le collectif, «d’attirer du monde dans une ville pas particulièrement de gauche», renchérit un autre organisateur.

Une stratégie que tous·tes ne partagent pas au sein du rassemblement. À la vue d’une pancarte pour la défense du climat et de la Palestine qui arbore un petit logo La France insoumise, les discussions vont bon train et les voix s’échauffent. Certains organisateur·ices s’emportent et demandent le retrait de la pancarte au risque de «décrédibiliser le mouvement.» «On avait prévenu, s’agace Christine, une des instigatrices. Les partis politiques peuvent défiler, mais à l’arrière du cortège et sans arborer de signe ni de pancarte.»

La foule s’est rassemblée sur la place du marché. © Mathilde Picard/Vert

Les groupes locaux du mouvement du 26 septembre se sont réunis autour de trois axes énoncés dans la tribune publiée par Vert. Ils réclament trois plans : des mesures d’adaptation au changement climatique, d’autres d’atténuation des émissions de gaz à effets de serre ainsi qu’un plan d’urgence pour protéger les plus vulnérables. Pour ce faire, le mouvement propose de taxer les superprofits des industries des énergies fossiles et de l’armement ou encore de mettre en place un impôt climatique sur les grandes fortunes.

Outre les groupes politiques et citoyen·es, les associations, elles aussi participent, à l’image d’Amnesty International, de la Ligue des droits de l’homme, d’Extinction Rebellion, de Terre de liens, des Amis de la terre ainsi que des collectifs locaux de cyclistes. Le collectif de lutte contre le projet de data center à Fouju (Seine-et-Marne) est venu en nombre. «Trop de blé pour les centres de données et pas assez de fric pour le service public», scandent ses membres à l’unisson.

Les plus motivé·es ont conclu le rassemblement par une assemblée citoyenne. L’occasion d’organiser la suite et de proposer des actions à l’échelle locale. «C’est un mouvement qui n’est pas destiné à s’arrêter, s’enthousiasme Ingrid. On va poursuivre la démarche jusqu’aux élections, il faut qu’on se fasse entendre le plus longtemps et le plus fort possible.»

Un rassemblement national dans le Tarn est déjà prévu pour coordonner tous les mouvements locaux à travers la France. Les dates du 14 et 15 novembre sont évoquées pour programmer une nouvelle marche.

De Saint-Étienne à Paris, la couverture de survie comme symbole du mouvement

Ailleurs sur le territoire, les rendez-vous ont attiré un peu de monde, comme à Nantes (Loire-Atlantique) où la marche a réuni quelques milliers de personnes au Miroir d’eau. À Saint-Étienne (Loire), elles et ils étaient environ 800. À Clermont-Ferrand, où environ mille personnes se sont retrouvées, un automobiliste a forcé le passage et foncé sur la foule, provoquant quatre blessé·es.

Des marches se sont tenues dans d’autres villes moins habituées à de tels évènements, comme à Pornic (Loire-Atlantique) ou encore Périgueux (Dordogne). À Paris, la préfecture a transformé la manifestation en rassemblement statique en raison de la venue du pape. En début de soirée, la place de la République s’est remplie de monde dans une ambiance festive. Les nombreux·ses manifestant·es ont arboré des couvertures de survie, symbole du mouvement à l’échelle nationale pour rappeler le manque d’adaptation des logements aux températures extrêmes.

Paris, place de la République, ce samedi. Nombre de manifestant·es ont arboré des couvertures de survie. © Moncef Arbadji/Vert

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

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