«Nous nous sommes auto-saisis» : l’Assemblée citoyenne de Jean-Marc Jancovici est lancée et compte peser sur la présidentielle

Veni vidi Jancovici.
156 citoyen·nes tiré·es au sort se sont retrouvé·es à Paris les 19 et 20 septembre pour la première session de l’assemblée citoyenne lancée par l’ingénieur Jean-Marc Jancovici. Leur mission d’ici février ? Résoudre des dilemmes concrets de notre société face au changement climatique et tenter d’imposer leurs préconisations aux politiques.
Séance d’ouverture d’«Un commun accord», le 19 septembre dans le grand amphithéâtre du Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. © Jacques Trentesaux/Vert

Elles et ils sont 156 à avoir répondu présent·e, ce samedi, pour le lancement d’«Un commun accord», l’assemblée citoyenne initiée par l’ingénieur Jean-Marc Jancovici. 156 citoyen·nes tiré·es au sort pour tenter de dénouer quelques-uns des grands blocages climatiques, économiques ou énergétiques de notre société. 156 citoyen·nes composant une sorte de «mini-France», selon les critères d’âge, de genre, de catégories sociales, de niveau d’études ou d’origine géographique. Le plus jeune a 17 ans ; le plus éloigné vient de… Nouvelle-Calédonie ! Tous leurs frais sont pris en charge et chacun·e bénéficie d’un défraiement de 102,16 euros par jour. Coût de l’opération : 3 millions d’euros.

La motivation des tiré·es au sort, choisi·es parmi une liste téléphonique de 200 000 noms, semble très forte. Seules quelques mains se lèvent lorsque Sophie Guillain, directrice générale du cabinet spécialisé en concertation Res Publica, demande si certain·es hésitent à revenir demain. «J’ai accepté de participer parce que je crois à la démocratie, nous confie Dominique (dans l’assemblée, personne ne donne son nom, c’est l’une des règles), 75 ans, lors d’une pause. Bon, il n’y a pas de démocratie pure mais je suis écœurée par ce qu’on entend (sur l’immigration, la sécurité…) et surtout ce qu’on n’entend pas : ce qu’on va pouvoir mettre dans son assiette.»

Partir de ses rêves, de ses désirs

Réuni·es dans le grand amphithéâtre du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), au centre de Paris, les citoyen·nes écoutent sagement les organisateur·ices. Leur mandat ? Répondre à cette question centrale : «Au 21ème siècle, pouvons-nous encore espérer tout avoir ?» Sous-entendu, alors que notre monde est plus contraint que l’ancien (l’énergie manque pour répondre à nos besoins) et que nos aspirations sont de plus en plus contradictoires – le toujours plus se heurtant aux limites physiques de la planète. «Espérer est le mot clef, insiste Jean-Marc Jancovici. Il faudra partir de vos rêves, de vos désirs, et définir la direction qu’il nous faut prendre pour avoir une chance d’y arriver.»

Cet article est en accès libre.

Je fais un don

«Un commun accord» dénote parmi les consultations citoyennes. Cette opération inédite est née dans l’esprit de Jean-Marc Jancovici. Enseignant, conférencier et auteur à succès, il est très médiatisé et adopte des positions tranchantes dans les médias, où il critique le traitement défaillant des journalistes sur le climat et défend bec et ongles le nucléaire. Il est contesté par nombre d’écologistes pour son manque de soutien aux énergies renouvelables. L’initiative a aussi été rendue possible par des «shifters», membre de l’association de Jean-Marc Jancovici, le Shift Project. Cette dernière n’est toutefois pas partie prenante.

La démarche est soutenue par une campagne de financement participatif qui bat tous les records pour un tel mode de financement : la barre des 200 000 contributeur·ices a presque été franchie ce week-end. Toutes et tous ont été sollicité·es pour soutenir la démarche à hauteur d’un euro symbolique. Certain·es ont donné plus et la collecte atteint déjà 2,6 millions d’euros. Deux millions supplémentaires avaient été réunis avant le lancement auprès d’une dizaine de proches «aux poches profondes» du polytechnicien, à qui une charte de non-ingérence a été soumise.

«On s’engage juste à porter vos préconisations dans le débat public sous la forme que vous déciderez», insiste Audrey Cerdan, pilote du projet. Pas question de plaquer les idées défendues par Jean-Marc Jancovici. Ce dernier promet de ne plus intervenir après cette première session et assure qu’il se «mettra en retrait de la fréquentation de tout candidat pour éviter toute équivoque». Les conclusions de l’assemblée citoyenne seront rendues publiques les 6 et 7 février, soit un peu plus de deux mois avant la présidentielle – un pari qui semble audacieux. Le but : faire émerger des compromis qui s’imposeront aux candidat·es.

Discussions en mini-ateliers dans le salon d’honneur du Cnam, après l’intervention de la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte. © Jacques Trentesaux/Vert

«Un commun accord» n’est pas sans rappeler la Convention citoyenne pour le climat, lancée par le gouvernement en octobre 2019 après le mouvement des Gilets jaunes et le Grand Débat national. Cette convention, la première du genre en France, avait suscité d’abord du scepticisme, puis de la curiosité et enfin de la déception. La promesse non-tenue du président Emmanuel Macron d’une reprise «sans filtre» est encore dans toutes les têtes. Pourtant, le gouvernement avait validé 78 des 146 préconisations des citoyen·nes, d’après un décompte exhaustif du Monde – notamment via la loi Climat et Résilience de 2021… en grande partie détricotée depuis.

L’opération «Un commun accord» a-t-elle pour but de ressusciter la Convention citoyenne pour le climat ? Ses initiateur·ices insistent sur les différences entre les deux démarches. Le commanditaire, tout d’abord, qui n’est pas le gouvernement mais la société civile – d’où son nom «d’assemblée» et non de «convention». «Nous nous sommes en quelque sorte auto-saisis», précise Jean-Marc Jancovici. La méthode tranche aussi. Il ne s’agit pas de répondre à une question fermée («réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre en France d’ici à 2030 dans un esprit de justice sociale», comme le demandait la convention citoyenne sur le climat) mais d’apporter des réponses à des dilemmes concrets.

Exemples de ces dilemmes ? Comment limiter la pollution en ville sans nuire à la liberté de circulation ? Comment répondre à la demande en logements sans artificialiser les sols ? Comment produire français en gardant des produits peu chers ? Comment se débarrasser du gaz russe sans devenir dépendant du gaz étasunien ? Autant de questions, laissées au choix des citoyen·nes.

L’enjeu d’une large mobilisation populaire

Enfin, «Un commun accord» bénéficie du soutien du public et de personnalités très diverses (McFly et Carlito, Gaspard G., Alain Aspect, Françoise Combes, Albert Dupontel, le général Frédéric Chiffot, Amixem, Thierry Lhermitte…). La plateforme de financement participatif, qui héberge déjà plus de 50 000 commentaires, a vocation à accompagner et à nourrir les travaux des citoyen·nes tiré·es au sort. L’enjeu est énorme. Plus l’initiative bénéficiera de l’engouement du grand public, plus ses conclusions seront jugées légitimes. Or le nombre de 200 000 contributeur·ices est encore très insuffisant pour y parvenir.

Pour ce premier week-end de travail, les citoyen·nes ont bénéficié des éclairages d’expert·es en géopolitique (Pascal Ausseur), économie (Patrice Geoffron), finances (Selma Mahfouz) ou climat (Valérie Masson-Delmotte). Un vaste tour d’horizon pour poser les enjeux et comprendre les contraintes physiques et financières de notre pays.

Discussions entre quelques citoyen·nes tiré·es au sort et la presse à l’issue de la première journée de travail. © Jacques Trentesaux/Vert

À la fin de leur première journée de travail, les têtes des citoyen·nes tiré·es au sort étaient farcies de chiffres et de données en tout genre. «J’ai eu l’impression de retourner à l’école, indique Anna, 21 ans. On a eu des gens calés sur tous les sujets.» «Moi, je n’ai rien appris, fanfaronne un autre participant. J’suis sincère. C’était dans mon programme de seconde.» Abdel-Qâdir, lui, a tout trouvé intéressant : «Je ne connaissais pas Jancovici : j’ai vu hier sur Youtube qu’il était connu ; il a même déjà rencontré le président… C’est du high level ici !»

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

Chez Vert, l’écologie est à la Une tous les jours et pas seulement quand il fait chaud.

Climat, biodiversité, santé et désinformation : vous pouvez compter sur nous pour rafraîchir la mémoire de tout le monde quand viendront les élections. On n’y arrivera qu’avec vous !

C'est parti