
Depuis plusieurs années, la peinture est régulièrement pointée du doigt pour sa contribution à la pollution de l’air intérieur. «A+», «biosourcées», «dépolluantes»… Les fabricants multiplient les appellations et les promesses, mais que valent-elles réellement ? Comme les vernis, colles et sols en PVC, la peinture contient des composés organiques volatils (COV) : plusieurs milliers de substances chimiques contenant du carbone et de l’hydrogène, qui s’évaporent très facilement à température ambiante.
Même à faibles concentrations, ces composés peuvent provoquer des maux de tête, des nausées et des irritations. Certains sont plus problématiques : le benzène et le formaldéhyde sont classés cancérigènes par le Centre international de recherche contre le cancer (Circ), tandis que les éthers de glycol perturbent la reproduction. Les émissions sont les plus critiques durant les premières heures suivant l’application, mais les COV peuvent persister plusieurs semaines, voire plusieurs mois à l’intérieur.
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Sur le plan environnemental, ces composés contribuent à la pollution de l’atmosphère en formant l’ozone troposphérique, un gaz à effet de serre et un polluant majeur qui se constitue dans la basse atmosphère. Et certaines peintures contiennent des solvants chimiques et des métaux lourds, qui souillent l’eau lors du nettoyage des outils.
Les différents types de peinture
Toutes les peintures contiennent des solvants (qui apportent la fluidité) et des résines (qui lient les éléments entre eux), ainsi que des pigments et des additifs. Toutefois, la présence d’ingrédients d’origine fossile et les émissions de COV varient grandement selon le type de produit.
Peintures glycéros. Composées de solvants à l’huile minérale et de liants glycérophtaliques issus de la pétrochimie, ces peintures sont très couvrantes et résistantes. Elles émettent entre 30 et 100 grammes par litre (g/l) de COV. Jugées polluantes, leur utilisation a fortement diminué ces dernières années.
Peintures acryliques. Elles représentent la majorité des peintures vendues. Leurs solvants sont à base d’eau (aqueux), ce qui les rend globalement moins nocives pour la santé et l’environnement. Elles émettent en moyenne moins de 10 g/l de COV. Cependant, leur liant acrylique reste issu de la pétrochimie.
Peintures alkydes. Ce sont des hybrides entre les deux systèmes précédents (solvants aqueux et glycéro). Plus résistantes aux chocs et à l’humidité que les acryliques, elles émettent davantage de COV, jusqu’à 30 g/l.
Peintures biosourcées. À solvant aqueux, elles se distinguent par un liant d’origine végétale (algues ou résidus de sylviculture, par exemple). Elles émettent peu de composés organiques volatils, parfois moins de 1g/l : «Comme tout produit à base d’eau, elles contiennent des biocides, pour éviter le développement de bactéries au contact de l’air. Elles ne sont donc pas 100% naturelles, mais elles restent une bonne alternative pour la qualité de l’air et l’environnement», explique Fabrice Santamaria, membre du Réseau environnement santé et directeur des affaires publiques chez le fabricant de peinture Unikalo.
Peintures minérales. À base de chaux, silicate de potassium ou argile, elles contiennent très peu d’ingrédients pétrochimiques et émettent également peu de COV. Souvent plus respirantes, elles offrent cependant un rendu moins lisse.
Comment bien choisir : classification et labels
Les peintures sont classées de C à A+ selon les COV émis. La catégorie A+ garantit moins de 5 g/l 28 jours après l’application sur la surface, et concerne la majorité des peintures vendues. Cependant, des tests récents de Que Choisir ensemble (2023) et 60 Millions de consommateurs (2026) ont révélé que de nombreuses peintures A+ affichaient des niveaux de COV plus élevés que prévu, voire qu’elles contenaient des liants dangereux (éthers de glycol, aldéhydes). Les associations estiment donc que cette classification est trompeuse.
Pour Fabrice Santamaria, «il peut être judicieux de se tourner vers les labels, qui sont plus exigeants». Parmi les principaux : NF Environnement et l’Ecolabel européen, qui limitent les COV et les ingrédients toxiques, cancérogènes, mutagènes ou toxiques. Nature Plus interdit les ingrédients toxiques et impose des taux maximum de produits issus de la pétrochimie pour les peintures végétales et minérales. Excell zone verte contrôle strictement les COV et interdit certains pesticides dans la composition.
Enfin, certaines peintures se présentent comme «dépolluantes». Elles utilisent la photocatalyse : sous l’action de la lumière, par rayonnement ultraviolet, certains polluants seraient capturés et dégradés. L’Agence de la transition écologique (Ademe) déconseille cependant leur achat, car les conditions d’efficacité nécessaires (air peu pollué, lumière suffisante, circulation d’air adéquate) sont rarement réunies dans nos intérieurs. «Ces peintures fonctionnent, mais sur un temps limité qui va dépendre de leur formulation, souligne Fabrice Santamaria. Et, dans certains cas, ces gammes peuvent même être plus polluantes que d’autres, car l’additif qui permet l’effet dépollution, même en proportion minime, est lui-même source de pollution potentielle.»
Quelle que soit la peinture choisie, il est important d’appliquer certaines mesures de protection : port de gants et d’un masque lors de la pose du produit, avant une aération de la pièce en continu pendant plusieurs heures. Attention également à ne pas réintégrer la salle peinte immédiatement, surtout s’il s’agit d’une chambre à coucher. On laisse passer 48 heures minimum, voire davantage selon la composition de la peinture.










