Baignable ou pas ? La carte de France de la pollution des plages en 2026

Bataille à la mer
L’association Eau et rivières de Bretagne publie ce mardi une nouvelle édition de sa carte La Belle plage, qui évalue les risques sanitaires des eaux de baignade sur l’ensemble du littoral français. Découvrez la qualité de l’eau de votre plage favorite.
La baignade à la plage du Prado, à Marseille (Bouches-du-Rhône), est classée «à éviter» par l’étude La Belle plage. © Wikimedia

L’été n’est plus très loin, et avec lui les plaisirs de la baignade. Mais comment savoir si l’eau dans laquelle on barbotte n’est pas polluée ?

L’association Eau et rivières de Bretagne (ERB) publie ce mardi la troisième édition de son étude La Belle plage, dans laquelle elle cartographie pour l’année 2026 le risque sanitaire lié à l’eau des plages baignables sur les côtes de France.

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Selon l’étude, sur 1 871 plages recensées, 1 448 sont classées comme propices à la baignade, soit 77,39% :

🔵 567 plages, soit 30,3%, sont classées comme «recommandées» ;

🟢 881 plages, soit 47,09%, sont «peu risquées» ;

🟠 353 plages, soit 18,87%, sont «déconseillées» ;

🔴 70 plages, soit 3,74%, sont «à éviter».

Cliquez sur l’image pour accéder à la carte La Belle plage.

Les zones de baignade les plus polluées ont une forte concentration de E. coli et d’entérocoques intestinaux, deux bactéries du tube digestif. Par ingestion ou au contact des muqueuses de la peau, elles augmentent les risques d’attraper des maladies comme une conjonctivite, une otite ou une gastroentérite. «Souvent, les médecins n’envisagent pas que la baignade puisse rendre malade, ils pensent en premier à l’alimentation», explique Christophe Le Visage, vice-président d’Eau et rivières de Bretagne. Les populations les plus à risque sont les enfants, les personnes âgées et celles avec une santé fragile.

Une carte pour pallier les failles de l’ARS

L’étude repose sur le croisement (sur une période de quatre ans) des données recueillies par les agences régionales de santé (ARS) avec un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui détermine les seuils de concentration bactérienne présentant un risque pour la santé.

Les membres de l’association ont souhaité mettre en place cette carte quand elles et ils se sont rendu compte d’anomalies avec le seul classement de l’ARS : «On avait des plages près de chez nous qui étaient classées excellentes alors qu’elles étaient fermées et interdites de baignade six fois dans l’été», souligne Christophe Le Visage. Il précise que ces fermetures étaient décidées par anticipation de fortes pluies, susceptibles d’accroître la pollution de l’eau, empêchant ainsi la réalisation de prélèvements qui auraient pu révéler une mauvaise qualité.

«Par rapport à l’année dernière, il n’y a pas de modification notable», constate le vice-président de l’association. Il précise qu’il faut attendre plusieurs années avant de pouvoir tirer de réelles conclusions car les résultats dépendent beaucoup des conditions météo. «Avec un été très pluvieux, il y aura plus de pollution ; pour un été plus sec, ce sera l’inverse. Mais ça ne veut pas dire qu’entre les deux on a fait des progrès», ajoute-t-il.

Une double forme de pollution

Les éditions précédentes ont mis en évidence les causes de la pollution des eaux de baignade. Une pollution d’abord urbaine, avec des systèmes d’assainissement et d’épuration vieillissants, rapidement saturés en cas de fortes pluies. Mais également une pollution d’origine agricole, lorsque les exploitations se trouvent proches des côtes. «Un porc produit 30 fois plus de bactéries qu’un humain, développe Cristophe Le Visage. Leurs effluents servent d’engrais dans les champs et, lorsqu’il pleut, les terres sont lessivées et les bactéries transportées jusqu’à la mer via les rivières.»

Jeudi dernier, la ministre de la mer et de la pêche, Catherine Chabaud, a justement publié une feuille de route pour tenter de mieux protéger les eaux littorales. Elle promet de mieux encadrer les épandages d’effluents agricoles et de boues, soumis à dérogation du préfet à proximité de zones sensibles pour la baignade. Elle souhaite aussi encourager à court terme la mise à niveau des réseaux d’assainissement et des stations d’épuration.

Depuis le lancement de La Belle plage, des villes comme Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), où la baignade est «à éviter», ont déjà réalisé ce genre de travaux après avoir discuté avec l’association. «On ne pensait pas avoir un tel impact», se félicite son vice-président. Du côté de la profession agricole, Christophe Le Visage se désole de n’avoir aucun échange. Après avoir enregistré plus de deux millions de visites sur son site, l’association pense déjà à la prochaine édition, et voit plus grand : elle souhaite documenter les risques sanitaires des 1 600 baignades continentales, autour des lacs et des rivières.

C'est parti
Antoine Poncet

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