
Sept jours… pour une réunion
Depuis le 21 mai, la France traverse «un épisode de chaleur inédit, historique, exceptionnel», selon les termes employés jeudi par Météo-France. Alors que les records de températures s’enchaînent depuis plus d’une semaine, la plupart des Français·es endurent cette épreuve comme elles et ils peuvent, sans protocole ni consignes claires (voir plus bas).
«Le gouvernement est aux abonnés absents», constate Yamina Saheb, chercheuse et co-autrice des rapports du Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui a attendu, en vain, «des annonces à la hauteur de l’enjeu».
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«Alors que la population attend des réponses, le premier ministre annonce une réunion interministérielle… au bout de sept jours !», s’agace Robin Ehl, spécialiste du changement climatique et de l’adaptation chez Oxfam France. Organisée jeudi en fin d’après-midi, cette réunion fermée à la presse visait à faire «le point sur la préparation des services de l’État aux épisodes de forte chaleur», a simplement indiqué Matignon. Un plan de gestion des vagues de chaleur pourrait en ressortir, sans officialisation à ce stade.
Alors que l’entourage de Sébastien Lecornu se félicite d’anticiper les prochaines crises, l’opposition hurle à l’attentisme : «Je suis effarée par le degré d’impréparation du gouvernement, déplore auprès de Vert la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier. La France meurt de chaud en mai, mais c’est comme s’il n’y avait pas de sujet. Et le peu de prises de parole sont déconnectées du réel.»
«Il n’y a pas d’urgence…»
En guise de communication, le gouvernement a envoyé quelques émissaires assurer que «tout est sous contrôle» et «qu’il n’y a pas de conséquences négatives», à l’instar de la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, qui a rencontré la presse mercredi. Mardi, la ministre de la santé, Stéphanie Rist, se voulait encore plus optimiste, assurant en être «au stade de la prévention, de l’adaptation. On n’est pas dans l’urgence puisque, les vagues de chaleur, on les connaît.»
«Les parents d’élèves et tous les travailleurs exposés voient bien l’urgence, eux…, rétorque Marine Tondelier. À ce niveau de déni, c’est presque du climatonégationnisme !» «On comptera le nombre de morts à la fin», abonde la chercheuse Yamina Saheb, qui rappelle que l’impréparation aux vagues de chaleur fait plusieurs milliers de mort·es chaque année en France.
Dès mardi, France info rapportait que, «dans les zones classées vigilance orange canicule, les appels au Samu sont en très forte hausse et les hôpitaux commencent à être en tension». Pour Robin Ehl, «le système de santé est en état d’urgence climatique et la ministre de la santé devrait être au courant». Il se dit «choqué par sa méconnaissance totale des alertes des médecins et des scientifiques et son indifférence à l’égard des personnes en danger».
Consignes dangereuses et campagne de prévention bloquée
Tandis que la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, en appelait mardi «à la vigilance individuelle de chacun, qui est extrêmement importante dans ce genre de moment», les syndicats de l’agence Santé publique France alertaient jeudi sur le fait qu’«une partie du dispositif de prévention canicule n’a pas pu être déployée […] La raison : le gouvernement verrouille depuis plusieurs mois les actions de communication de Santé publique France.»
Fin janvier, l’exécutif a annoncé vouloir confier la gestion des «grandes campagnes de communication» au ministère de la santé. Une décision perçue par certain·es comme une tentative de démantèlement. Depuis, «la diffusion des campagnes de prévention de Santé publique France est bloquée par le service d’information du gouvernement», regrettent les syndicats.
Sans dispositif de prévention, professeur·es et élèves ont en revanche été exposé·es à des consignes dangereuses, émanant du ministère de l’éducation nationale, alertait le collectif Demain 50°C, mardi. «Parmi les règles transmises : “faire en sorte qu’ils [les enfants] puissent aller dans la cour quand leur classe est trop chaude” [Or], en pleine canicule, le bitume peut dépasser les 50°C. Et parce qu’ils sont plus petits, plus proches du sol, les enfants de maternelle respirent un air 10 à 15°C plus chaud que celui d’un adulte», a averti le collectif dans un post sur Linkedin. Pour Robin Ehl, d’Oxfam France, cet énième faux pas du gouvernement illustre «son complet décalage par rapport à ce qu’endurent actuellement les enfants», prisonnier·es d’infrastructures scolaires inadaptées.
«Les bouilloires thermiques, ce n’est pas le sujet»
Il regrette également que les personnes précaires, qui occupent davantage de logements mal isolés – passoires en hiver, bouilloires en été – et sont plus sujettes aux maladies chroniques, soient les grandes oubliées du discours gouvernemental. À ce propos, une anecdote révélatrice a estomaqué plusieurs journalistes mercredi. Alors que Monique Barbut était interrogée sur les bouilloires thermiques lors d’une rencontre avec la presse sur le thème de la canicule, un conseiller a coupé court à la conversation, indiquant que «ce n’était pas le sujet de la conférence de presse». «Parler des bouilloires thermiques aujourd’hui, vous trouvez que ce n’est pas le sujet ?», ont rétorqué plusieurs journalistes éberlué·es.
Le gouvernement a annoncé, le 23 avril dernier, qu’il réautorisait la location des logements classés F et G au diagnostic de performance énergétique-DPE (interdite depuis 2025 pour les logements classés G) à condition que les propriétaires s’engagent à réaliser des travaux sous trois ans pour les maisons individuelles, et sous cinq ans pour les copropriétés. «On a pas reculé pour reculer. On a reculé en disant que si on acceptait de les remettre sur le marché, c’était à condition», s’est défendue la ministre Monique Barbut.
Pour Robin Ehl, c’est une «nouvelle fragilisation de la réponse à la démultiplication des risques climatiques». Il rappelle qu’en 2022, une étude du ministère de la transition écologique estimait que «la rénovation de l’ensemble des passoires énergétiques permettrait d’éviter des coûts de santé de près de 10 milliards d’euros par an».










