
«En cette période d’intense hostilité à la transition énergétique, le gouvernement a donc décidé d’ouvrir un nouveau feu. C’est gravissime et inconséquent», se désole Jean Revereault, l’un des administrateurs de l’Ademe, qui a participé à une rencontre avec la presse mardi. L’Agence, principal opérateur de l’État dans la mise en œuvre de la transition écologique et énergétique, est au cœur d’une réforme contestée.
L’Ademe mise au pas ?
Dans quelques heures ce mercredi, le gouvernement devrait officialiser en conseil des ministres son projet de loi «visant à renforcer l’État local», dont l’article 7, ébruité en début d’année, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Il prévoit de fusionner les 17 agences régionales de l’Ademe (aujourd’hui sous la tutelle du ministère de la transition écologique) au sein des directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), qui dépendent du préfet. Selon Matthieu Lefèvre, ministre délégué à la transition écologique, ce projet vise à résorber des «chevauchements» entre les missions de l’Ademe et celles des Dreal, «qui peuvent complexifier les procédures et allonger certains délais».
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Ce faisant, une partie de l’Ademe se retrouverait sous l’autorité du ministère de l’intérieur, réputé moins sensible aux enjeux environnementaux que le ministère de la transition écologique. «Sans compter que l’Ademe, qui a un rôle d’accompagnement et de financement des projets, se retrouvera au sein des Dreal, qui ont pour mission de contrôler ces mêmes projets, s’inquiète Jérôme Dancoisne, administrateur représentant des salarié·es. Tout ça peut paraître technique mais, si on ajoute cela au cumul de toutes les actions déjà menées – dont une baisse du budget de 30% en deux ans –, on devine une tentative de nous invisibiliser.»
Campagne de lynchage
«Il y a un vrai risque que les missions de l’Ademe soient amoindries, confirme Anne Bringault, représentante des associations au sein du conseil d’administration de l’agence. Ça va entraîner des départs de salariés, une perte d’expertise et accélérer encore les attaques qu’elle subit déjà.» Depuis plusieurs mois, l’Ademe – comme d’autres agences environnementales – est au cœur d’une intense campagne de dénigrement menée par la droite et l’extrême droite, à grands renforts de lynchages médiatiques (voir ici ou là).
Ses détracteur·ices l’accusent d’avoir des dépenses excessives, à l’instar du président du Sénat (Les Républicains), Gérard Larcher, qui pointe ses «plus de 4 milliards d’euros de budget pour près de 1 100 équivalents temps plein, la question de l’efficacité de la dépense publique se pose». Un amalgame entre les fonds qu’elle gère pour le compte de l’État (programme France 2030, fonds de décarbonation de l’industrie, etc.), qui s’élevaient à 3,4 milliards d’euros en 2024, et son budget de fonctionnement, qui était de 135 millions d’euros cette même année. Plusieurs institutions financières, dont la Cour des comptes en 2017 et l’Inspection générale des finances en 2024, ont au contraire souligné la gestion «globalement satisfaisante» des deniers publics par l’Ademe.
«Une réforme pensée pour faire plaisir à des gens»
Dans ce contexte, la dissolution de l’Ademe «ressemble à une réforme pensée pour faire plaisir à des gens, notamment ceux qui attaquent sans cesse l’agence», estime Jérémie Godet, vice-président Les Écologistes de la région Centre-Val de Loire. Le Rassemblement national, qui dépose régulièrement des amendements (ici ou là) visant à supprimer l’Ademe, doit se frotter les mains à l’idée de voir le texte arriver au Parlement. Benoît Léguet, directeur général du laboratoire d’idées I4CE et administrateur de l’Ademe, alerte : «Le gouvernement a déjà été mis en difficulté sur les ZFE et le ZAN.» Deux dispositifs instaurés respectivement pour faire baisser la pollution de l’air et freiner l’artificialisation des sols, supprimés ou détricotés au Parlement. Cette fois encore, «le gouvernement donne le bâton pour se faire battre», ajoute-t-il.
Mardi, le conseil d’administration de l’Ademe a adopté (à 15 voix contre 10) une délibération défavorable au projet de réforme voulu par le gouvernement. Il espère que l’intense levée de boucliers portera ses fruits au Parlement : en quelques semaines, plus de 250 associations ont demandé l’abandon de la réforme, et une pétition lancée par Agir pour l’environnement a recueilli plus de 21 000 signatures. De nombreuses personnalités, dont d’ex-lieutenant·es d’Emmanuel Macron, ont également paraphé une tribune dans Le Monde, pour demander aux parlementaires de «s’opposer au démantèlement de l’Ademe et contribuer au contraire au renforcement des moyens de l’État et des territoires». Rachel Baudry, administratrice et salariée, «espère aussi que le monde des entreprises, largement bénéficiaire des aides, se mobilisera».










