«C’est obscène» : au festival de Cannes, d’anciens pilotes de ligne dénoncent l’afflux de jets privés alors que la pénurie de carburant menace

Déni de coucous.
Ce mardi, l’ouverture du célèbre festival de cinéma devrait s’accompagner d’un intense ballet d’avions privés. Plusieurs associations et d’anciens pilotes de ligne s’indignent de cet «excès irresponsable», alors que l’ombre d’une pénurie de kérosène plane sur l’Europe, menaçant y compris des services essentiels.
Selon l’association Transport & Environment, 750 vols privés ont décollé ou atterri à Cannes lors de l’édition 2025 du festival. © Jean-Christophe Magnenet/AFP

«Que les plus riches et les plus célèbres brûlent des carburants rares pour se rendre à un festival de cinéma, ce n’est pas seulement déplacé, c’est obscène», tonne Anthony Viaux, ancien pilote d’Air France pendant vingt ans et auteur du livre Voyage interrompu (2025, Éditions de l’Aube). «Cet excès irresponsable est scandaleux», s’indigne Katie Thompson, ancienne pilote de jet privé et fondatrice de l’association Bumprints, spécialisée dans le coût climatique du transport aérien.

Si les deux pilotes repenti·es, accompagné·es de plusieurs associations environnementales, ont décidé de prendre la parole pour l’ouverture du festival de Cannes (Alpes-Maritimes) ce mardi, c’est que le défilé des stars et de leurs avions a quelque chose d’un peu plus insupportable cette année par rapport aux éditions précédentes.

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En cause, la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz, où transite 40% du kérosène mondial, menaçant directement l’Europe de pénurie dès le début du mois de juin, selon les alertes de l’Agence internationale de l’énergie, de la Commission européenne, ou de l’IATA, l’association du transport aérien international.

Selon l’association Transport & Environment (T&E), 750 vols privés ont décollé ou atterri à Cannes pour l’édition 2025. Des allers-retours qui ont conduit à brûler près de deux millions de litres de kérosène, l’équivalent de 30 millions de kilomètres parcourus en voiture thermique (750 fois le tour de la Terre), et des émissions de CO2 comparables à celles de 14 000 passager·es effectuant un aller-retour commercial Paris-Athènes, illustre l’ONG.

«Le peu de carburant disponible est désespérément nécessaire ailleurs»

Un lourd bilan déjà jugé «scandaleux» dans un contexte d’urgence climatique, mais «d’autant plus aujourd’hui, quand le peu de carburant disponible est désespérément nécessaire ailleurs», pointe Katie Thomson. Elle appelle notamment à consacrer les réserves de carburant à des services essentiels tels que les soins d’urgence, les secours en cas de catastrophe, l’aide humanitaire et la défense nationale.

T&E pointe également le fait que la crise des carburants a déjà renchéri le coût des vols commerciaux d’environ 29 euros par passager·e pour les vols intra-européens et jusqu’à 88 euros pour les longs courriers. Les prochaines pénuries de kérosène menacent les vacancier·es européen·nes de perturbations majeures et d’annulations de vols cet été.

Plus globalement, «la crise des combustibles actuelle renchérit drastiquement le coût de l’énergie et des intrants qui sont nécessaires à la production de denrées alimentaires au niveau mondial avec, in fine, des risques de pénuries alimentaires voire de famine dans de nombreuses régions du monde», ajoute Jérôme du Boucher, de T&E.

Apprendre à se déplacer sans jet

À court terme, les ex-pilotes réclament la suspension des vols privés le temps que la crise trouve une issue. À l’instar de l’acteur chilo-américain Pedro Pascal, venu en vol commercial l’année dernière, ils et elles appellent les stars à se déplacer sans leur jet.

Les associations réclament aussi que les jets privés et les vols internationaux soient soumis au marché européen des quotas carbone, qui donne un prix aux émissions de CO2. «À l’heure actuelle, les deux tiers des jets privés et l’ensemble des vols internationaux sont exonérés de taxe carbone», détaille Jérôme du Boucher. Selon lui, «le chantier de révision du système par l’Union européenne, prévu à partir de juillet, est une opportunité de les soumettre enfin à des taxes et de leur faire contribuer aux finances publiques». Reste à savoir si les législateur·ices européen·nes en auront le courage face aux probables menaces de rétorsion de la Chine ou des États-Unis.

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Antoine Poncet

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