
Entre les hauts immeubles de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), la ligne du RER et le chantier du futur métro, les tours à vent de l’école maternelle Bois-Perrier détonnent. Ces hautes cheminées en bois inspirées de l’architecture persane sont issues de la réhabilitation de l’établissement scolaire terminée en 2024. Elles permettent une circulation de l’air efficace entre l’intérieur et l’extérieur et évacuent l’air chaud lorsque le mercure monte. Brise-soleil, murs épais, végétation, brasseurs d’air… De nombreux autres dispositifs ont été intégrés au bâtiment pour protéger les enfants des intenses chaleurs, comme en ce mois de mai. Depuis une semaine, la France connaît une canicule sans précédent pour un printemps, dopée par le réchauffement climatique.

C’est le service recherche et innovation de la ville de Rosny-sous-Bois qui a mené cette rénovation thermique. Il s’agit de l’une des rares mairies à disposer d’une équipe dédiée à l’adaptation au changement climatique. Ce bureau d’une dizaine d’architectes et ingénieur·es a construit et adapté sept établissements scolaires de la commune depuis 2014.
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«Nous imaginons les écoles comme des refuges», raconte Charlotte Picard, directrice adjointe du service. Alors que le soleil est au zénith ce jeudi, ses paroles prennent tout leur sens. Dans le groupe scolaire Bois-Perrier, l’école maternelle et le centre de loisirs Jacques-Chirac ont un système d’isolation thermique adapté aux projections climatiques les plus pessimistes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Une ambition qui va bien au-delà de la réglementation actuelle.
Le bâtiment de l’école maternelle date des années 1960 : «Le béton était fin, les cadres des fenêtres simple vitrage étaient en métal… c’était une bouilloire thermique», déplore l’experte. Alors pour isoler, son équipe «a mis une doudoune de paille au mur en béton», s’amuse l’architecte. Soit 80 centimètres d’épaisseur ajoutés autour de l’édifice. Cette réhabilitation empêche le chaud comme le froid de s’accumuler dans l’enceinte.

La paille utilisée est issue de l’agriculture biologique locale, et tous les éléments en bois viennent d’entreprises de sylviculture en Île-de-France qui ne pratiquent pas les coupes rases, nocives pour les écosystèmes. Les arbres qui ont dû être abattus sur le site de construction du centre de loisirs ont d’ailleurs été réutilisés pour le local vélo.
Outre l’épaisseur des murs, le double vitrage de chaque porte et fenêtre ou encore la vigne qui grimpe jusqu’au toit, des installations en bois sont utilisées comme brise-soleil sur les façades sud des deux bâtiments.
Résultat : pas besoin de climatisation, la ventilation naturelle suffit. Des barreaux en bois massif installés devant les portes et fenêtres permettent d’aérer toutes les nuits sans risque d’intrusion, tandis que des stores limitent l’entrée de lumière. Des brasseurs d’air ont également été fixés au plafond dans chaque salle d’animation. «Il fait moins chaud à l’intérieur qu’à l’extérieur», apprécie une institutrice, même si «les températures sont plus élevées à l’étage», remarque l’un de ses collègues.

Dans la salle de pause, les instituteur·ices déjeunent au frais. «On se disait qu’on était tellement bien ici», apprécie Marion, la directrice de l’établissement. «Dans les salles d’animation, c’est quand même compliqué de comprendre comment ouvrir la trappe de ventilation» reliée à la tour à vent, note une enseignante. «Quand l’air chaud s’accumule, il faut laisser la manivelle de la salle d’animation sur la position ouverte pour qu’il puisse sortir», explique Charlotte Picard.
Malgré les prouesses techniques du bâtiment, son efficacité thermique (sa capacité à isoler des écarts de températures) repose sur les personnes à l’intérieur et sur la façon dont elles l’utilisent. «Le changement technique, on sait faire, note l’architecte, le changement culturel est plus progressif et dur à mettre en place.» «Avec le changement de personnel, il faudrait qu’on revienne plus régulièrement, mais on a manqué de temps à la rentrée dernière», précise-t-elle.
Pour que les élèves et l’équipe enseignante connaissent mieux leur bâtiment, le service recherche et innovation de la mairie organise souvent des chantiers participatifs et des visites des espaces rénovés ou en cours de rénovation. La petite maison en terre cuite qui abrite les jeux dans la cour de récréation a par exemple été construite avec les enfants et des bénévoles. Dans d’autres établissements, les instituteur·ices se saisissent des différents dispositifs pour organiser des activités pédagogiques alternatives comme un atelier de découverte des arbres et la construction d’un hôtel à insectes.

«Beaucoup d’enfants passent toutes les vacances d’été au centre de loisirs, donc c’était hyper important pour nous qu’il possède de nombreuses protections contre le soleil», rappelle Charlotte Picard. Devant elle, les élèves des trois classes de maternelle se poursuivent dans la cour de récréation, casquettes vissées sur la tête. L’espace est entouré de grands arbres et de végétation en friche.
Dans un jardin en pagaille qui longe l’arrière de l’école, on peut voir des noues, ces creux profonds qui se transforment en mares à l’arrivée des pluies. Plus loin, des arbres fruitiers ont été plantés lors d’un atelier avec les enfants. Un pommier et un cerisier côtoient des herbes aromatiques, des framboisiers et des groseilliers. «La végétation sert à nourrir et à rafraîchir en même temps», explique Charlotte Picard. Elle permet d’éviter les effets d’îlots de chaleur, ces zones où les températures sont bien plus élevées en ville qu’en campagne.

Si Rosny-sous-Bois s’est lancée dans la construction de nouveaux établissements scolaires ou dans leur rénovation à partir de 2014, c’est pour absorber la croissance démographique de l’époque. Au début des années 2010, la construction de nouveaux logements a entraîné l’arrivée de nombre d’enfants. La population est passée de 41 000 habitant·es en 2007 à 46 000 en 2026. «Porter ce genre de projets peut se faire peu importe le bord politique de la mairie, assure Charlotte Picard, dans notre commune, c’est le service technique qui en a fait la proposition.» Aux élections municipales de 2026, l’édile (Parti socialiste) Magali Thibault a détrôné le maire sortant Jean-Paul Fauconnet (Les Républicains).
Côté finances, la rénovation de l’école maternelle a coûté environ six millions d’euros à la ville, dont 3,25 financés par des subventions. L’Agence de la transition écologique (Ademe), l’Agence de l’eau ou encore la métropole du Grand Paris ont mis la main à la poche. «Le montant n’est pas significatif en soi, ni comparable, car il varie beaucoup selon l’état du bâtiment existant», précise Charlotte Picard. Les matériaux ont également été choisis pour durer de cinquante à cent ans et être facilement entretenus. «Sans compter que la très bonne isolation diminue aussi la consommation d’électricité», ajoute l’architecte.
Elle espère que les expérimentations de Rosny-sous-Bois inspireront d’autres communes : «Ce n’est pas très compliqué techniquement d’installer tout ça, pourtant des écoles neuves sont construites sans tout ça, comme si on pouvait nier le réchauffement climatique !»









