
Treize départements sont désormais en vigilance orange pour le risque de canicule ce mercredi : la Manche, l’Ille-et-Vilaine, la Mayenne, les Côtes-d’Armor, le Morbihan, le Finistère, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Vendée, la Charente-Maritime, la Charente et la Gironde.
400 records de température, des pics à 39°C
Ce mardi, les températures maximales atteignent 30 à 35 degrés Celsius (°C) en général en France, et jusqu’à 36 à 37°C sur le Poitou-Charentes et le Centre-Val de Loire, voire 38°C à certains endroits de l’Aude et de la moyenne vallée du Rhône. La chaleur reste étouffante sur la majorité du pays et culminera même localement à 39°C dans le Languedoc. Il faudra attendre dimanche pour sentir les températures redescendre progressivement. Cette semaine, «la température à l’échelle de la France est en moyenne plus de 10°C plus chaude que la normale, et localement plus de 15°C plus chaude», souligne Matthieu Sorel, climatologue de Météo-France.

Mardi était la journée la plus chaude jamais connue en mai à l’échelle du pays au mois de mai. Il a fait 24,8 °C en moyenne en France contre 24,6°C lundi. «Nous battons des records, qui datent de la veille», insiste Françoise Vimeux, climatologue au sein de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). L’indicateur thermique national (soit la moyenne des mesures quotidiennes de trente stations en France) n’a pas encore atteint les 25,3°C, signe du passage à une vague de chaleur selon la définition des météorologues. Météo-France qualifie donc toujours cet épisode caniculaire d’«historique, exceptionnel et inédit pour un mois de mai». «Tous les superlatifs sont possibles pour décrire cet épisode», résume Matthieu Sorel.
La nuit, tous les records sont permis
«Sa durée et son étendue géographique sont particulièrement exceptionnelles, toute la France est concernée, en particulier la façade ouest», renchérit Françoise Vimeux. 400 records de températures ont été battus localement ce mardi, selon le service météo-climat de BFM. À Niort (Deux-Sèvres), le thermomètre indiquait 35,6°C au plus chaud de la journée, contre 35°C la veille, précédent record pour un mois de mai dans cette ville. À Poitiers (Vienne), le mercure est monté jusqu’à 35,1°C, battant également le record de lundi (34,3°C). Besançon (Doubs) a connu 32,2°C, une température extrême qui n’avait pas été mesurée dans la ville depuis le 26 mai 1892.
Cet article est en accès libre.
C’est un engagement fort de notre équipe, pour permettre à tout le monde de s’informer gratuitement sur l’urgence écologique et de faire des choix éclairés. Si vous le pouvez, faites un don pour soutenir notre travail dans la durée et garantir notre indépendance.
La nuit n’offre pas de répit durant cet épisode caniculaire. Les températures les plus fraiches ont, elles aussi, battu des records sans précédent pour un printemps : il a fait 22,1°C à Dinard (Ile-et-Vilaine). C’est la deuxième température la plus élevée tous mois confondus dans la ville côtière, derrière la célèbre canicule d’août 2003. À Deauville, Quimper, Lorient, Alençon, Le Mans, Évreux, Bordeaux, Dax et Tarbes, la température la plus fraîche restait au minimum autour de 20°C, du jamais vu ce mois-ci.
Une conséquence prévisible du réchauffement climatique
Cet épisode caniculaire s’explique par le dôme de chaleur qui couvre l’Europe. «Dans un climat réchauffé en France hexagonale de 2,2°C sur la dernière décennie par rapport à la seconde moitié du 19ème siècle, ce genre d’épisode au mois de mai est entré dans la gamme des possibles, explique Françoise Vimeux, dans un climat non modifié par l’homme, il aurait été impossible». Cet épisode caniculaire colle aux projections climatiques réalisées il y a déjà quarante ans, «on est dans le haut du panier dans les projections sur l’état de notre climat», précise la chercheuse.
Ces températures inédites menacent directement notre santé physique et mentale, comme l’explique à Vert l’épidémiologiste Kévin Jean. Elles renforcent également la pollution à l’ozone, en particulier en Ile-de-France et dans la région lyonnaise. Des restrictions de circulation ont été prises par les préfets pour limiter les pics de contamination. Des mesures insuffisantes pour l’association de lutte contre la pollution de l’air Respire qui exige la gratuité des transports en commun et des messages plus clairs de santé publique.
S’adapter «à la gamme des extrêmes possibles»
Mercredi, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a fait un point sur l’impact de la chaleur sur la santé, l’état des cours d’eau et des forêts ainsi que sur le bon fonctionnement des infrastructures électriques et de transports. «La situation est sous contrôle», a assuré la ministre. Aucune alerte sur les niveaux d’eau n’a été déclarée mais une vigilance particulière est de mise. De même pour les incendies de forêts : la météo des forêts qui permet de surveiller l’état de la végétation et prévenir les départs de feux, habituellement lancée au mois de juin, a été avancée à ce jeudi.
«Le gouvernement poursuit son travail au-delà du court-terme en matière d’adaptation au changement climatique, vante Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, l’an passé, plus de 1 200 projets ont été financés pour nous adapter.» Des propos loin d’être rassurants alors que le Fonds vert chargé de financer les projets de transition écologiques (rénovation d’écoles, végétalisation) a été raboté cette année, passant de 2,5 milliards d’euros de subventions en 2023 à seulement 850 millions en 2026.
«Il faut que la France devienne résiliente», martèle Monique Barbut. Le plan d’adaptation en France concerne un réchauffement à +4°C degrés d’ici la fin du siècle. «Les politiques qui font des choix d’adaptation se déclinant au niveau local doivent prendre en compte toute la gamme des extrêmes possibles, pas seulement le réchauffement moyen car cette vague de chaleur illustre bien que nous ne pouvons pas exclure que le réchauffement soit plus important».








