Édition du 17 août 2026

Doubs rêve

Chères toutes et chers tous,

🗞️ C’est l’article le plus lu de la semaine dernière sur vert.eco : «C’est une ville de demain pensée hier» : La Grande-Motte, station balnéaire modèle face au réchauffement climatique ? (Re)lisez-le en cliquant juste ici.


Un agriculteur, un chasseur et un écolo sont dans le même bateau. Que vont-ils faire des renardeaux ?


«Que ça nous arrive dessus, ici, je ne m’y attendais pas» : la vie suspendue d’une commune menacée par la pénurie d’eau

Ravito ou tard. Depuis trois semaines, la commune de Quingey, dans le Doubs, doit être ravitaillée tous les deux jours en eau potable par camion-citerne. Face à une sécheresse historique, entreprises, hôpital comme simples citoyen·nes se serrent les coudes.

De mémoire de poisson, on avait rarement vu la Loue aussi asséchée. À Quingey (Doubs), commune traversée par cette rivière emblématique de Franche-Comté, le niveau de l’eau est au plus bas. Seuls quelques minces filets coulent encore au travers du grand barrage du village, autrefois blanc d’écume. L’eau s’est teintée du vert des algues, où se faufilent de petits alevins et quelques rares canoës raclant laborieusement le fond.

Depuis le 28 juillet, de l’eau potable est acheminée trois fois par semaine à Quingey pour éviter un risque de pénurie. ©  Esteban Grépinet/Vert

L’état de la rivière n’est que la partie visible de l’inquiétante sécheresse qui frappe le territoire : depuis le 28 juillet, Quingey doit se faire ravitailler en eau potable pour éviter le risque de pénurie. Faute de pluies suffisantes ces derniers mois, le niveau de la nappe phréatique où puise la commune atteint aujourd’hui à peine plus d’un mètre. «À partir de 80 centimètres, les drains ne pompent plus que de l’air», s’inquiète Marc Jacquot, premier adjoint à la maire de Quingey.

Face à cette situation que l’élu qualifie d’«affolante», la commune a décidé d’acheter de l’eau au syndicat voisin des eaux de la Haute-Loue. Trois fois par semaine, 120 mètres-cubes sont acheminés par camion-citerne pour remplir l’un des trois châteaux d’eau du village. «Je savais que le monde allait mal, mais que ça nous arrive dessus, ici, je ne m’y attendais pas», soupire Thierry Leibundgut, qui habite Quingey depuis une vingtaine d’années. Avec la sécheresse, le septuagénaire a arrêté de donner de l’eau à la quasi-totalité de ses plantes.

👉 Cliquez ici pour lire la suite de ce reportage d’Esteban Grépinet et voir comment le village tente de réduire ses consommations d’eau.

· Depuis vendredi, l’un des pires incendies de l’histoire de la Belgique ravage l’est du pays, dans la région des Hautes Fagnes. Les fumées ont atteint le département français voisin de la Moselle, qui a déclenché samedi la procédure d’alerte à la pollution atmosphérique. Ce lundi, le feu, qui a brûlé environ 3 000 hectares d’une réserve boisée, est contenu, les pompiers l’encerclent, mais il n’est pas encore fixé et risque encore de progresser.

Un incendie de forêt fait rage dans la réserve naturelle des Hautes Fagnes, à l’est de la Belgique.©  John Thys/AFP

· Ce lundi s’ouvre la 17ème conférence mondiale (COP17) sur la lutte contre la désertification à Oulan-Bator, en Mongolie. Son objectif : s’accorder sur des mesures pour la limiter la dégradation des terres provoquée par les activités humaines et le changement climatique. 40% des sols de la planète ne remplissent plus leurs fonctions de stockage d’eau et de production agricole selon l’ONU, et cela pourrait monter à 90% d’ici 2050. La France compte au rang des «parties affectées» : 70% de ses sols sont considérés comme abîmés.

· Ce lundi matin encore, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a été hué par la foule lors de son déplacement au Porge (Gironde), une des communes les plus sinistrées par l’incendie qui a ravagé 42 000 hectares au mois de juillet. Le 1er août, il avait affirmé que la douleur des sinistré·es était «instrumentalisée par des complotistes», alors que certains habitant·es estiment que les autorités ont sacrifié leurs maisons pour protéger le Cap-Ferret. «Nous n’avons strictement rien à cacher», a assuré le premier ministre, qui doit annoncer des mesures post-incendies cet après-midi à Bordeaux.

· Ce vendredi, le Conseil constitutionnel a validé la quasi-totalité des articles de la loi d’urgence agricole, qui avait été votée par les parlementaires en juillet dernier. Il ouvre la voie à la réautorisation sous conditions de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux puissants insecticides interdits en France. Notre article

Dans le Doubs, l’alliance inattendue entre chasseurs, écolos et agriculteurs pour repenser le statut «nuisible» du renard

Goupil ou face. Le gouvernement doit actualiser d’ici quelques jours sa très controversée liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod), ces animaux «nuisibles» qui peuvent être piégés toute l’année. Dans le Doubs, ce dossier brûlant a donné lieu à un rapprochement inédit : France nature environnement, la fédération départementale de chasse et la branche locale de la FNSEA ont décidé de mettre de côté leurs différends en 2021 pour participer ensemble à une étude sur le cas du renard roux. Un des objectifs : mieux protéger les poulaillers sur le territoire comtois. «On n’importe pas les débats nationaux, on ne fait que de la science !», expose Patrick Giraudoux, chercheur en écologie qui encadre le projet.

👉 Cliquez ici pour découvrir les premiers résultats de cette étude en en savoir plus sur les dessous de cette «union sacrée» inattendue.

Dans le Doubs, le programme Careli explore les effets de la «chasse» au renard sur les attaques dans les poulaillers, les transmissions de maladies parasitaires, les évolutions des populations de campagnols… ©  Armandas Naudžius/Flickr

Contre l’ouverture de la chasse aux oiseaux d’eau en pleine sécheresse, la LPO réclame son report

Hérons dans l’eau. Le 21 août prochain doit s’ouvrir la chasse aux volatiles qui habitent les zones humides, très affectées par la sécheresse historique de l’été. Pour limiter les pertes de canards, pluviers ou encore fuligules, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) demande, dans un communiqué publié vendredi, de repousser le lancement de la chasse au moins au 20 septembre. Le manque d’eau ne permettant pas d’offrir de refuges à ces animaux, mêmes dans les réserves naturelles, les tirer «entrainerait un massacre et un dérangement sans précédent de l’ensemble de la faune sauvage qui se concentre sur les derniers points d’eau», souligne Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO.

Le gibier d’eau est d’autant plus vulnérable que la sécheresse l’empêchera de trouver refuge dans les réserves naturelles en manque d’eau. © Jean-François Monier/AFP

Ta mère nature présente Anita Conti, la première océanographe française qui alertait sur les effets de la pêche industrielle

Mer des batailles. Dans sa nouvelle chronique pour Vert, Ta mère nature revient sur le parcours d’Anita Conti, première femme océanographe de France. Dès les années 1940, la scientifique documentait la mise à mal de l’équilibre fragile des océans, entre réchauffement de l’eau et surpêche industrielle.

© Vert

Rémy Calland, Ophélie Damblé et Mathilde Picard ont contribué à ce numéro.