
C’est un visage connu de la télévision. Depuis plus de trente ans, Mac Lesggy apparait sur nos écrans avec son émission de vulgarisation scientifique «E=M6», sur M6, ou dans les pubs de la marque de brosses à dents Oral-B. Mais, ces dernières années, l’animateur télé s’est surtout fait remarquer à cause de ses sorties qui font bondir les scientifiques.
Dernier exemple en date : le 7 mai, sur RMC. Alors qu’il était invité à l’occasion de la sortie de son livre Toutes les vérités scientifiques sont bonnes à dire, le vulgarisateur a estimé qu’«il n’y a aucun bénéfice pour la santé à consommer des aliments bio». «C’est faux, assure Laurence Huc, toxicologue en santé humaine et directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae). Plus les années passent et plus on a de preuves qui montrent que les personnes qui mangent plus de bio ont moins de risques de développer des maladies métaboliques et certains types de cancers.»
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Pour comprendre qui est Mac Lesggy et pourquoi ses sorties font réagir, Vert a contacté plusieurs scientifiques qui ont eu des échanges avec lui, ou qui le connaissent personnellement. Puis, Vert l’a contacté directement. Après plusieurs relances, il nous a répondu, sèchement : «Êtes-vous journalistes ou procureurs ? Je doute fort qu’avec de telles méthodes, vous écriviez sur moi un article un tant soit peu objectif.» Tout en laissant la porte ouverte à une rencontre dans le même message.
Mac Lesggy nous accueille avec une poignée de main cordiale, dans les bureaux de sa société Link production, en banlieue parisienne, ce mardi 26 mai. Installé dans une salle de réunion, il pose ses conditions. D’abord, il impose de filmer l’entretien avec son iPad. Ensuite, il refuse tout échange tant qu’il n’aura pas lu tous les arguments qu’il a préparés à l’écrit, en réponse à notre première salve de questions adressée par mail. «Je suis quelqu’un d’assez méthodique», justifie-t-il.
«Vous croyez vraiment que si j’étais un imposteur je serais toujours là ?»
En 1991, Mac Lesggy est encore Olivier Lesgourgues (son vrai nom), ingénieur agronome de formation. Pour ses débuts à la télévision, il se choisit un pseudo : «Lesggy» comme diminutif de son nom de famille. Passionné d’Écosse, il y accole «Mac», «comme dans McAddams, McIntosh, McDonalds», avait-il expliqué à Europe 1 en 2016. Trente ans plus tard, il s’invite toujours dans le salon des Français·es pour parler de science avec l’émission «E=M6», le dimanche soir sur M6.
«Il se présente comme vulgarisateur scientifique, mais un certain nombre de chercheurs se sont insurgés contre la rigueur de son propos, note Eva Morel, secrétaire générale de l’association anti-désinformation climatique Quota climat. Il est assez réputé pour dire des choses problématiques sur les questions environnementales.» Quota climat a déjà épinglé l’animateur pour des propos jugés trompeurs, sur le glyphosate, l’extraction pétrolière ou sur le bio.
«Il n’existe aucune preuve robuste permettant d’affirmer que manger bio protège la santé», maintient Mac Lesggy, qui s’appuie notamment sur l’Institut national du cancer (l’INCa). L’institut écrivait en 2021 que «les preuves ne sont pas suffisantes pour conclure avec certitude que manger bio réduit le risque de cancers». S’il est vrai que le nombre de travaux scientifiques reste encore trop faible pour l’établir incontestablement, de multiples études convergent vers une diminution des risques de certains cancers, de surpoids et d’obésité avec le bio, comme l’expliquait le journal Le Monde en 2024.

Le positionnement de Mac Lesggy «est complètement dépassé et ne tient pas compte des données scientifiques», résume l’écologue Sébastien Barot, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Pour sa collègue toxicologue, Laurence Huc, l’animateur passe sous silence le fait que manger bio permet de protéger la biodiversité, les agriculteur·ices et les riverain·es des parcelles agricoles de l’exposition aux pesticides. «Ça fait partie des procédés d’invisibilisation et de production de doute de ce genre de personnage, estime-t-elle. Mac Lesggy est un imposteur qui se fait passer pour un scientifique. C’est tout simplement un marchand de doutes bien canonisé sur nos écrans télé.»
En 2021, une émission d’«E=M6» sur l’agriculture – regardée par près d’1,8 million de téléspectateur·ices – déclenche la bronca des scientifiques pour sa «vision simpliste et trompeuse» des enjeux environnementaux. Près d’une trentaine de chercheur·ses publient une tribune dans Le Monde pour dénoncer ces «émissions télévisées qui présentent toutes les caractéristiques des dispositifs de fabrique de l’ignorance». «De telles insinuations, totalement dénuées du moindre début de preuve factuelle, font peine à entendre dans la bouche de ces scientifiques, balaye Mac Lesggy. Ça fait 35 ans que je fais ce métier. Il y a encore des scientifiques qui me parlent en France, même beaucoup. Vous croyez vraiment que si j’étais un imposteur je serais toujours là ?»
Pour lui, «les scientifiques sont des citoyens comme les autres» avec «leurs idées, leurs biais, leurs présupposés. C’est tout à fait normal qu’il y ait des débats et qu’ils ne soient pas tous d’accord avec moi.» Pour l’agroclimatologue Serge Zaka, que Mac Lesggy présente comme un «ami», ce dernier «a des connaissances scientifiques mais, à la différence des chercheurs, il ne produit pas d’études ou de rapports». «C’est un vulgarisateur. Nous, [en tant que scientifiques], on a sûrement une vision beaucoup plus large», estime-t-il.
«Tweet un peu irréfléchi»
Pour Eva Morel, ces sorties – comme l’épisode récent sur le bio – créent du doute et ralentissent l’action pour légiférer sur ces sujets. Elle n’est pas la seule à le penser. En octobre 2023, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte avait recadré Mac Lesggy sur X-Twitter après une publication où il estimait que le réchauffement climatique était «inarrêtable à court ou moyen terme». Ce narratif «est identifié comme l’un des discours d’inaction, en décalage avec l’état des connaissances», avait tranché l’ancienne co-présidente du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) au terme de l’échange.
Quand on lui cite cette séquence, Mac Lesggy dit d’abord ne pas se rappeler précisément de ses propos. Il dit aussi n’avoir jamais compris la réaction de la paléoclimatologue et son «tweet un peu irréfléchi», feignant de s’interroger : «J’aimerais bien poser la question à Valérie Masson-Delmotte, mais comment est-ce qu’elle a pu, c’est mon expression, écrire une bêtise pareille.» «D’ailleurs elle ne s’est pas trop expliquée», avance-t-il. Valérie Masson-Delmotte avait à l’époque accompagné son message d’une étude pour détailler les récits qui participent à retarder l’action contre le dérèglement climatique.
Ce n’est pas la première fois que Mac Lesggy se fait rattraper par la patrouille. Toujours sur X, en 2021, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) avait réagi après une publication dans laquelle il écrivait qu’il n’y avait «aucune preuve que le réchauffement climatique amplifie les épisodes cévenoles», ces précipitations abondantes et violentes. Cette fois, Mac Lesggy s’était excusé et avait corrigé.
«On l’a souvent décrit comme un climatosceptique, note Serge Zaka. Mais il ne l’est pas, pour en avoir beaucoup discuté avec lui.» Dans son livre, Mac Lesggy reconnaît l’existence d’un réchauffement climatique causé par les activités humaines. «Ce n’est pas sur le constat qu’on est en désaccord, poursuit l’agroclimatologue, mais sur les solutions. Il est beaucoup plus orienté sur le technosolutionnisme que la communauté scientifique.» C’est-à-dire la croyance selon laquelle la technologie résoudra les problèmes causés par la crise climatique. Un terme que le vulgarisateur dit ne pas comprendre : «Honnêtement, je n’en ai pas idée. Donc je vais botter en touche.»
«Il est temps que, sur les réseaux sociaux, je donne aussi mon avis»
Le chercheur au CNRS et spécialiste des insectes, Philippe Grandcolas, qui a déjà eu affaire à lui sur X-Twitter, le qualifie de «rassuriste». «Ce sont des personnes qui expliquent que la situation n’est pas si dramatique, qu’on n’a pas besoin de faire autant d’efforts, et que les solutions technologiques prescrites, soit par les décideurs, soit par les grandes entreprises, soit par les agences réglementaires, sont largement suffisantes», développe l’écologue. Pour lui, Mac Lesggy n’est pas «en opposition frontale» à la science, mais exerce «une nouvelle forme de scepticisme scientifique» qui pousse à «l’immobilisme». L’intéressé dément : «Je n’ai jamais nié le dérèglement climatique, sa gravité, ni l’urgence de réduire les émissions.»
Le présentateur de M6 adopte un ton bien différent entre les plateaux télés et les réseaux sociaux : «Parce que j’ai 63 ans, parce que je suis en fin de carrière, parce que je n’ai plus de pudeur ou de timidité à aborder ces sujets, je me suis dit : “Il est temps que, sur les réseaux sociaux, je donne aussi mon avis”. Toujours pour défendre la démarche scientifique.» Il explique aussi s’adresser à un public différent : «Sur E=M6, c’est la même démarche, mais je m’adresse à toute la famille et je vulgarise de manière plus positive. C’est une question de médium.» «Il est très taquin et attaque beaucoup. Il est dans une position de confrontation» sur le réseau social, reconnait Serge Zaka.
Plusieurs scientifiques interrogé·es par Vert dénoncent des attaques nominatives sur les réseaux au sujet de leurs travaux sur les enjeux environnementaux. «L’étape suivante des marchands de doute, c’est de dénigrer […]. Lui, volontairement ou non, il est pile dans cette attitude-là», avance Philippe Grandcolas. Une chercheuse, contactée par Vert et qui souhaite rester anonyme, dit avoir supprimé son compte après avoir été harcelée par Mac Lesggy sur les réseaux après une publication scientifique. Le climatologue Christophe Cassou raconte aussi avoir subi du harcèlement après «des échanges tendus» avec le vulgarisateur sur Twitter-X.
Mac Lesggy nie des attaques personnelles et «toute accusation de harcèlement», qu’il qualifie «d’attaques gratuites, sans fondement, sans exemple». «Je suis souvent attaqué sur mes propos, mais je ne suis pas en train de dire que je suis victime de campagnes de harcèlement ou que des scientifiques m’attaquent», tranche le présentateur.
«J’ai attaqué des propos qui me semblaient peu scientifiques. Ça fait partie du débat public, estime-t-il. Qualifier de militant un chercheur ou un organisme qui intervient dans l’espace public avec une position normative, ce n’est pas une insulte.» Pour Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS et co-auteur du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), «c’est un adepte de la stratégie de sape classique qui vise à présenter les scientifiques qui portent les faits qui dérangent son idéologie comme militants, afin de les disqualifier et les discréditer». Pour Sébastien Barot, chercheur à l’IRD, c’est une attitude fréquente contre celles et ceux qui travaillent sur les enjeux environnementaux : «On répond par des attaques personnelles plutôt que de répondre sur le fond.»
Au terme d’une heure d’échange, Mac Lesggy nous raccompagne jusqu’à la porte de l’ascenseur. Il l’empêche plusieurs fois de se fermer, pour continuer la conversation. Avant de nous demander si Vert est «un journal militant», remettant en cause la qualité des interlocuteur·ices interrogé·es dans notre article : «Vous n’avez pas interviewé ce climatologue car vous vous êtes dit : “Lui, il a déjà fait une émission avec Mac, donc c’est pas intéressant”, insinue-t-il. Je vous taquine mais je n’aurais pas travaillé comme vous.» Finalement, il nous serre la main et assure qu’il lira l’article «avec plaisir».










