Canicule : six solutions low-tech pour «adapter 50 000 écoles maintenant et à bas coût»

Ça passe ou ça classe.
La vague de chaleur qui sévit partout en France met les enfants à rude épreuve. Pour améliorer dans l’urgence un bâti scolaire inadapté, le chercheur Amaury Fievez donne à Vert des solutions efficaces, rapides et faciles à mettre en œuvre.
Installation de brasseurs d’air dans l’école de Saint-Vallier-de-Thiey (Alpes-Maritimes). © Alex Bonnemaison

N’en déplaise aux rassuristes de plateaux TV, nos enfants sont bel et bien mis·es en danger par la vague de chaleur exceptionnellement longue et précoce de ce mois de mai. D’une part parce qu’elles et ils sont plus vulnérables que les adultes face à la chaleur : «Il est plus difficile pour un enfant de se rafraîchir par sudation pour des raisons physiologiques», rappelle le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema).

D’autre part parce que le bâti scolaire est particulièrement mal adapté au climat qui se réchauffe. Le bitume dans les cours d’école peut facilement grimper jusqu’à 50 degrés Celsius (°C), avec un rayonnement affectant particulièrement les enfants de petite taille, souligne le Cerema. Quant aux bâtiments eux-mêmes, «les deux tiers ont été construits avant 1970», concède le ministère de l’éducation nationale, et au moins 80% d’entre eux mériteraient d’être rénovés, selon Le Monde.

Des solutions low-tech, duplicables partout

«Les communes [qui ont la charge des bâtiments scolaires, NDLR] n’ont ni le temps ni les moyens pour rénover en urgence toutes les écoles du pays», explique Amaury Fievez, doctorant à l’École des mines et à la tête d’un projet de recherche-action (recherche menée directement sur le terrain) baptisé Racine (pour Recherche sur l’adaptation aux canicules à l’intérieur de nos écoles). La mission qu’il s’est donnée, avec le soutien de l’État, tient en une seule phrase : «Trouver comment adapter nos 50 000 écoles maintenant et à bas coût.»

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Depuis juin 2025, il expérimente dans une trentaine de sites scolaires de l’Hexagone des solutions low-tech (ou «technologies douces», en français), ces techniques abordables, rapides et simples à utiliser ou réparer. «Des mesures de bon sens surtout, mais qui se sont perdues ou qui ont été éclipsées par les nouvelles technologies, résume Amaury Fievez. L’idée est d’avoir une méthode duplicable partout sans avoir besoin d’ingénieurs surqualifiés.»

Installation de persiennes en bois dans l’école de Saint-Vallier-de-Thiey (Alpes-Maritimes). © Alex Bonnemaison

La mise en œuvre rapide de ces mesures permettrait, selon lui, à la plupart des écoles de «traverser une canicule comme celle-là sans perdre en confort de vie». Le tout pour un budget inférieur à 100 000 euros, sans commune mesure avec le coût d’installation et de fonctionnement d’un système de climatisation ou la réalisation de travaux de rénovation thermique.

☀️ Ne pas laisser entrer le soleil

«Première règle : le soleil ne doit pas rentrer !», avertit Amaury Fievez, qui invite à protéger les surfaces vitrées du puissant rayonnement solaire : «Une fenêtre au soleil, c’est comme un radiateur allumé.» Laisser des espaces vitrés mal protégés dans une pièce non isolée peut facilement faire grimper le thermomètre de 10°C.

Le chercheur recommande l’utilisation de volets extérieurs – idéalement en bois – pour absorber et bloquer jusqu’à 80% du flux solaire. Quand c’est impossible, l’installation de films réfléchissants sur les vitres peut permettre de réduire de 50 à 65% le flux, «mais cela devient contre-productif l’hiver lorsqu’on a besoin du pouvoir réchauffant du soleil», précise-t-il.

À l’école de Grabels (Hérault), des toiles en jute protègent les façades du rayonnement solaire. © Amaury Fievez

Les protections intérieures, telles que les stores ou les rideaux, sont «mieux que rien mais largement insuffisantes». Inversement, tout ce qui peut faire de l’ombre depuis l’extérieur, aux fenêtres et aux murs de façade – toile d’ombrage, parasols, arbres –, est «doublement intéressant car cela évite aussi que les murs emmagasinent de la chaleur», précise-t-il.

🌡️ Fermer la journée, aérer la nuit

Fermer les fenêtres dès qu’il fait chaud dehors empêche la chaleur de s’immiscer à l’intérieur ; les ouvrir dès que les températures extérieures retombent permet de «stocker de la fraîcheur à l’intérieur, explique Amaury Fievez. Les murs, les meubles et les objets emmagasinent de l’énergie, donc en ouvrant longtemps lorsqu’il fait frais, on fait tomber la température plusieurs degrés plus bas et ça dure plus longtemps.»

Il prend l’exemple d’une salle de classe à Paulhac (Haute-Garonne), étudiée depuis le début de la vague de chaleur : «Sans ouverture nocturne, la température descendait seulement de 3,5°C la nuit, alors qu’il faisait 15°C de moins dehors. Ouvrir la nuit permet de gagner jusqu’à 5°C le matin, et ça se réchauffe moins vite ensuite.»

Fenêtres équipées de films solaires dans l’école de Saint-Vallier-de-Thiey (Alpes-Maritimes). © Alex Bonnemaison

Il conseille de commencer l’aération nocturne plusieurs jours avant la vague de chaleur, «pour emmagasiner de la fraîcheur», et de la poursuivre plusieurs jours après : «À cause des murs qui stockent l’énergie, des pièces peuvent rester très chaudes plusieurs jours après le pic de chaleur si on n’ouvre pas.»

Le principal frein à la mise en place de cette mesure simple réside dans les risques d’intrusion. «La mise en place de barreaux aux fenêtres ou d’un système de gardiennage est un réel frein pour les communes», concède-t-il.

💨 Installer des brasseurs d’air

L’installation de plafonniers (ou brasseurs d’air) ne diminue pas la température mais améliore le ressenti des occupant·es grâce au mouvement de l’air. «On parle de 2 à 3°C ressentis en moins, toutes choses égales par ailleurs», explique le chercheur.

En moyenne dix fois moins cher qu’un climatiseur (hors coût d’installation), un plafonnier a également une consommation d’énergie dérisoire, presque 100 fois inférieure à celle d’un climatiseur.

💦 Recourir à la brumisation ou au linge mouillé

Quand les plafonniers fonctionnent, se vaporiser le corps ou appliquer un linge mouillé sur les épaules peut aussi changer le ressenti des occupant·es. «On simule la transpiration en plein vent, ça peut même donner froid !», observe Amaury Fievez.

🥕Adapter les repas

En période de fortes chaleurs, les repas chauds et copieux augmentent la température corporelle et l’inconfort. Sans compter que cuisiner chaud fait grimper la température de plusieurs degrés dans les bâtiments concernés.

Si certaines collectivités revoient leurs pratiques pour servir des repas froids, «il y a encore trop d’écoles où on continue de servir des repas chauds en pleine canicule», regrette Amaury Fievez.

⏰ Changer les horaires ?

Pratiquée de longue date dans des pays comme l’Espagne, l’adaptation des horaires de cours pour commencer et terminer plus tôt est une solution qui devrait être examinée en France, selon Amaury Fievez. «Mais cela devrait être un sujet national, car c’est trop difficile à mettre en place au niveau communal», pense-t-il.

À Paulhac (Haute-Garonne), l’accord du rectorat a été sollicité pour envisager la démarche, mais il faut aussi que les parents et le corps professoral s’organisent, ce qui peut prendre du temps.

Combien d’années d’inaction politique ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

Alors que les alertes des scientifiques sont à nouveau ignorées, en matière de pollution comme de climat, notre gouvernement protège davantage les intérêts des industriels que notre santé et l’avenir de nos enfants.

Alors que le débat démocratique est pollué comme jamais, nos journalistes ont un rôle inédit à jouer. 

Pour répondre à cette urgence écologique et de santé publique, Vert monte une toute nouvelle équipe d’enquête et solutions spécialisée dans la santé et les pollutions, et va se renforcer sur le climat.

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