«J’avais le sentiment d’étouffer» : un épisode de pollution «sans précédent» autour des incendies historiques en Gironde

Fumées tuent.
Les fumées du gigantesque incendie qui ravage la Gironde et les Landes ont provoqué une pollution atmosphérique d’une intensité exceptionnelle jusque dans l’agglomération bordelaise. Les autorités appellent la population à rester chez elle et à éviter tout effort physique.
Bordeaux (Gironde), le 26 juillet. Un épais nuage de pollution recouvre la ville. © Ed Jones/AFP

Depuis plusieurs jours, les incendies qui ont ravagé 42 000 hectares en Gironde et 3 600 dans les Landes dégagent d’importantes quantités de fumées toxiques. Poussés par les vents, ces panaches s’étendent bien au-delà de la zone des flammes, touchant une large partie de la Nouvelle-Aquitaine. Ce mardi, sur France inter, la ministre de la santé Stéphanie Rist a appelé les habitant·es à «rester à domicile». De son côté, le réseau de surveillance Atmo Nouvelle-Aquitaine qualifie dans son bulletin du jour la qualité de l’air de «dégradée» à «extrêmement mauvaise» en Gironde et dans les Landes, en raison d’un épisode de pollution aux particules en suspension (PM10, inférieures à 10 micromètres).

Les concentrations ont diminué lundi et mardi, mais la situation reste très incertaine. «On est complètement dépendants des vents», explique à Vert Camille Arnaud, d’Atmo Nouvelle-Aquitaine. Les dernières prévisions montrent un déplacement du panache «vers le sud puis vers le littoral, donc il devrait y avoir beaucoup moins d’impact pour les populations dans les prochains jours», précise-t-elle. Avant de nuancer : «Tout peut encore changer.» La ministre a, de son côté, assuré que les autorités restaient «très vigilantes sur la pollution de l’air».

«J’ai eu des migraines toute la journée»

À ce jour, les données disponibles sur le site d’Atmo Nouvelle-Aquitaine montrent que le pic de pollution a été atteint ce week-end en Gironde. Dans la nuit du 24 au 25 juillet, la station de mesure située dans le quartier du Grand Parc, à Bordeaux, a enregistré en moyenne horaire une concentration de près de 600 microgrammes de PM10 par mètre cube (µg/m3) vers 23 heures. À titre de comparaison, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une limite journalière à ne pas dépasser de 45 µg/m3 – plus de 13 fois moins.

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«C’est simple, j’ai eu des migraines toute la journée samedi et dimanche, et des maux de gorge le soir. J’avais le sentiment d’étouffer, raconte à Vert Alexis Gonzalez, habitant de Bègles, en périphérie de Bordeaux. J’avais pourtant laissé toutes les fenêtres de mon appartement fermées et je les avais calfeutrées avec du scotch. Mon balcon était recouvert de cendres, le ciel était noir. Je n’avais jamais vu ça.»

«C’est un événement sans précédent», confirme Camille Arnaud. L’épisode semble même dépasser celui provoqué par l’incendie de Landiras en 2022. À l’époque, seul le «seuil d’information» – fixé à 50 µg/m3 en moyenne journalière – avait été franchi. Cette fois, le «seuil d’alerte», établi à 80 µg/m3, est dépassé depuis plusieurs jours. «En 2022, la météo n’était pas la même. Les vents étaient moins changeants et les populations moins exposées aux fumées qu’aujourd’hui», explique-t-elle encore. Un pic de pollution à 300 µg/m3 a été constaté jusqu’en Haute-Vienne samedi.

Outre les PM10, les fumées des incendies contiennent «d’autres polluants particulièrement dangereux : des composés organiques volatils (COV), comme le benzène ou le formaldéhyde, ainsi que des particules encore plus fines, les PM2,5», souligne auprès de Vert Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et membre du conseil scientifique de l’association Respire. Ces dernières sont notamment capables de passer la barrière de la peau et de pénétrer en profondeur dans tous les organes (notre article).

Les PM2,5 ont été mesurées par les quelques stations girondines qui suivent ce polluant. Dans la nuit du 24 au 25 juillet, toujours vers 23 heures, leur concentration horaire a dépassé les 300 µg/m3 à Bordeaux. C’est plus de 20 fois la valeur guide journalière recommandée par l’OMS, fixée à 15 µg/m3.

2,5 millions de masques acheminés en urgence

Ces niveaux de pollution «sont très élevés», alerte Jean-Baptiste Renard. À court terme, une exposition à ces fumées peut provoquer maux de tête, irritations des voies respiratoires et violentes quintes de toux. «Vu les niveaux atteints, les hospitalisations vont aussi augmenter pour les personnes les plus fragiles», prévient le chercheur.

Les effets sur la santé de ce type de fumées varient selon le niveau d’exposition, la durée, la composition des particules ou la vulnérabilité individuelle. Ils vont de la crise d’asthme à l’infarctus, en passant par l’exacerbation de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie respiratoire grave, responsable de la mort de 18 000 personnes en moyenne chaque année en France. En cas d’exposition longue – le feu pourrait mettre plusieurs mois avant d’être complètement éteint –, le risque de contracter un cancer du poumon, un diabète de type 2 ou de subir un accident vasculaire cérébral (AVC) augmente aussi.

«Ce n’est vraiment pas le moment de faire du sport», résume Jean-Baptiste Renard. Pour se protéger, Santé publique France recommande de réduire les déplacements et le temps passé à l’extérieur, de garder portes et fenêtres fermées jusqu’à la fin de l’épisode, d’obstruer les aérations avec des linges humides et, si possible, d’arrêter la ventilation mécanique contrôlée (VMC). «Si on doit sortir et qu’on a des fragilités respiratoires ou cardiaques», il faut impérativement «mettre un masque FFP2», a insisté de son côté Stéphanie Rist. Et d’indiquer que quelque 2,5 millions de ces masques ont été acheminés vers les pharmacies de la région.

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