Particules fines, monoxyde de carbone… Quand les fumées des incendies nuisent à notre santé

Tousseux tout flamme.
Les flammes dévorent les forêts ; les fumées, elles, s'attaquent aux poumons, au cœur et parfois à tout l'organisme. Alors que les incendies se multiplient sous l'effet du réchauffement climatique, Vert fait le point sur les polluants invisibles qu'ils libèrent et sur les risques qu'ils font courir, parfois à des centaines de kilomètres du brasier.
Le 8 juillet 2026, à Die (Drôme). Les pompier·es peinent à contenir l’incendie qui dévore les monts du Diois. © Jack Hunter/Vert

Des flammes qui progressent à une vitesse fulgurante, forçant habitant·es et vacancier·es à évacuer dans l’urgence. C’est la réalité qui a frappé la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne) après le déclenchement de deux violents incendies dimanche. Selon le dernier bilan des feux, fixés mais pas encore éteints, plus de 2 000 hectares de forêt ont été ravagés. Des brasiers attisés par des vents violents et une sécheresse persistante. Face à cette menace, l’évacuation s’est organisée autour d’un double impératif : échapper à la progression des flammes et protéger les corps des fumées.

Extrêmement dangereux, ces panaches issus de la combustion du bois peuvent faire grimper la concentration de particules fines dans l’air (PM2,5, inférieures à 2,5 micromètres). Une hausse de 150 à 300 microgrammes par mètre cube (µg/m3), et jusqu’à 500 µg/m3 lors des épisodes les plus sévères et dans les zones habitées exposées, selon plusieurs études. Cela représente 10 à plus de 30 fois les niveaux recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour ces substances (15 µg/m3 maximum en moyenne sur une journée pour les PM2,5).

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À proximité immédiate du front de feu – là où se trouvent le plus souvent les pompier·es –, les concentrations augmentent encore et peuvent atteindre 1 000 à 5 000 µg/m3, soit plusieurs dizaines voire centaines de fois les concentrations mesurées lors d’un épisode de pollution parisien.

Le feu de Fontainebleau a engendré une pollution de 400 µg/m3 en moyenne horaire, selon les données d’Airparif. «De mémoire de prévisionniste, on n’avait pas enregistré de tels niveaux de pollution depuis dix ans», rapporte Le Monde.

Une hausse des hospitalisations

Ces particules noircissent les bâtiments, altèrent la photosynthèse des plantes, mais sont surtout «inhalées ou avalées, voire traversent la peau grâce à leur petite taille», explique à Vert Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et professeure d’épidémiologie environnementale à l’université de Ferrare (Italie). Ensuite, elles «pénètrent profondément les voies respiratoires et peuvent toucher, outre les poumons, le cœur et d’autres organes», poursuit la chercheuse.

Plus dangereuses encore, et pourtant non mesurées en France, les particules dites «ultrafines», ou «PM0,1». Leur taille est inférieure à 100 nanomètres, soit l’équivalent de celle d’un virus. Elles sont d’autant plus dangereuses qu’elles peuvent «traverser les barrières alvéolaires dans les poumons et encéphalohématiques dans le cerveau», explique Isabella Annesi-Maesano. Des barrières qui nous protègent des agents pathogènes et des toxines, notamment.

Les effets sur la santé varient selon le niveau d’exposition, la durée, la composition des particules ou la vulnérabilité individuelle. Ils vont de la crise d’asthme à l’infarctus, en passant par l’exacerbation de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie respiratoire grave, responsable de la mort de 18 000 personnes en moyenne chaque année en France.

Ces particules sont «vraiment très dangereuses», insiste Isabella Annesi-Maesano. En cas d’exposition chronique ou longue – un feu met parfois plusieurs mois avant d’être complètement éteint, comme dans les Landes en 2022 –, le risque de contracter un cancer du poumon, un diabète de type 2 ou de subir un accident vasculaire cérébral (AVC) augmente aussi, comme en attestent plusieurs études.

Des polluants mortels

Les risques ne s’arrêtent pas là. Dans l’épais brouillard des incendies se cache une foultitude d’autres polluants, également toxiques pour la santé humaine. À commencer par le dioxyde d’azote, un gaz «irritant» pour les voies respiratoires. Ou bien certains métaux lourds, cancérogènes par accumulation. On retrouve aussi des composés organiques volatils (COV) comme le benzène ou le formaldéhyde – tous deux sont classés «cancérogènes avérés» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ).

À court terme, le composé le plus redouté reste toutefois le monoxyde de carbone, émis lui aussi lors de la combustion du bois et potentiellement mortel à forte concentration. «Ce gaz réduit la capacité du sang à transporter l’oxygène, indispensable à l’organisme. Voilà pourquoi on peut s’évanouir et mourir d’intoxication lors d’un incendie», détaille Isabella Annesi-Maesano.

Une preuve concrète des effets sanitaires des incendies : lorsqu’ils se déclarent, les hospitalisations ou recours aux soins augmentent dans les jours qui suivent. Ça a été le cas en 2003, après les gigantesques incendies de Californie du Sud, qui avaient ravagé plus de 300 000 hectares de végétation et provoqué la mort d’une vingtaine de personnes. Une étude étasunienne portant sur plus de 40 000 hospitalisations a montré qu’une hausse moyenne de 70 µg/m3 de PM2,5 liée aux fumées d’incendie était associée à une augmentation de 34% des hospitalisations pour asthme. Les auteur·ices ont également observé une hausse des entrées à l’hôpital pour bronchite aiguë (+9,6%), BPCO (+6,9%) et pneumonie (+6,4%) pour chaque augmentation de 10 µg/m3 de ces particules fines.

Même constat l’été dernier, après le gigantesque incendie qui a touché l’Aude et une large partie du Sud-Ouest en août. Dans les jours qui ont suivi, Santé publique France mesurait près de Perpignan (Pyrénées-Orientales) «une légère augmentation des prises en charge pour dyspnée» (essoufflement) et «insuffisance respiratoire», davantage de passages aux urgences pour des migraines et trois intoxications au monoxyde de carbone attribuables à l’incendie.

Des fumées qui parcourent plusieurs centaines de kilomètres

Même loin de chez nous, les incendies peuvent nous nuire. Les fumées voyagent parfois à plusieurs dizaines, voire centaines, de kilomètres du foyer. «En fonction de l’intensité du feu, elles peuvent monter dans l’atmosphère, atteindre la stratosphère et retomber très loin», explique à Vert Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et conseil scientifique de l’association Respire. Lors de l’incendie qui a ravagé les Landes en 2022, le nuage «n’est pas monté très haut mais a traversé toute la France, est passé au-dessus d’Orléans et est retombé entre Paris et Lille», rapporte le chercheur. Un pic de pollution intense avait alors été mesuré dans la capitale.

Plus impressionnant encore : la fumée des incendies canadiens de la mi-mai 2025 avait atteint la France un mois plus tard et provoqué une surconcentration de particules (PM10) sur tout l’Hexagone.

Lorsqu’un feu se déclare, le tout «est de savoir si vous êtes sur la trajectoire du panache», résume Jean-Baptiste Renard. Pour en avoir le cœur net, on peut consulter le site du réseau de surveillance de la qualité de l’air Atmo France et ses bulletins dédiés aux épisodes de pollution en cours.

Le dispositif a toutefois ses limites. Les 720 stations de mesure d’Atmo France – une soixantaine par région, en moyenne – ne couvrent pas l’ensemble du territoire. Un panache de fumée peut donc échapper à la surveillance.

Le 10 juillet 2026, Atmo relevait un pic de pollution aux particules fines à l’est de la Drôme. © Capture d’écran/Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

L’association se veut néanmoins rassurante. «Nous disposons de capteurs embarqués sur remorque, que nous pouvons déployer en urgence», explique à Vert Edwige Révélat, référente nationale santé d’Atmo France. Encore faut-il que plusieurs incendies majeurs ne se déclarent pas en même temps. «J’ai du mal à imaginer qu’un camion de surveillance de la qualité de l’air puisse être mobilisé pour chaque feu», nuance Isabella Annesi-Maesano.

Activité sportive, linge humide et VMC

Les feux de forêt gagnent du terrain. Les huit premiers jours de juillet, 7 800 hectares de végétation ont brûlé en France : près du double de la surface partie en fumée durant l’ensemble du mois de juillet 2025, selon le Système européen d’information sur les incendies de forêt (Effis).

Une tendance appelée à s’accentuer : sous l’effet du réchauffement climatique d’origine humaine, les scientifiques constatent déjà des incendies plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à maîtriser. Les décès liés aux fumées, soit 2 830 par an en France, selon une étude publiée dans The Lancet en 2024, pourraient être encore plus nombreux à l’avenir.

En cas d’incendie à proximité de chez soi, le premier réflexe consiste à limiter autant que possible son exposition aux fumées. Santé publique France recommande de réduire les déplacements et le temps passé à l’extérieur, de garder portes et fenêtres fermées jusqu’à la fin de l’épisode, d’obstruer les aérations avec des linges humides et d’arrêter la ventilation mécanique contrôlée (VMC) lorsque les fumées sont importantes. Il est également conseillé de porter une attention particulière aux personnes les plus vulnérables, notamment celles souffrant de maladies respiratoires ou chroniques, les personnes âgées et les enfants.

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