
Chose promise, chose due. Comme annoncé depuis plusieurs mois, Laurent Duplomb (Les Républicains) et deux autres sénateurs ont déposé ce jeudi un amendement au projet de loi d’urgence agricole (LUA) visant à réautoriser deux pesticides interdits en France en raison de leurs impacts sur la biodiversité : l’acétamipride et le flupyradifurone.
Adoptée par les parlementaires au sein de la première loi dite «Duplomb» au début de l’été 2025, cette mesure avait finalement été censurée par le Conseil constitutionnel – après une vaste mobilisation de la société civile et une pétition à plus de deux millions de signatures. En janvier dernier, le médiatique sénateur-agriculteur a déposé une nouvelle proposition de loi (dite «Duplomb 2»), plus conforme – selon lui – aux exigences des «Sages» concernant la charte de l’environnement.
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Ce nouveau texte n’a toujours pas été examiné par le Sénat, mais l’élu de Haute-Loire n’a jamais caché son intention de l’insérer par voie d’amendement dans le projet de LUA. «Il y a une accroche possible. La réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone a été réécrite pour passer la barre du Conseil constitutionnel. Donc oui, il y a la possibilité de le réintroduire dans la loi d’urgence. […] Le Sénat va se charger de faire ce travail nécessaire», a-t-il expliqué début mai à Ici Drôme-Ardèche, à l’occasion d’un déplacement dans des vergers ardéchois.
Des dérogations pour la betterave, la noisette, la pomme et la cerise
Dans le détail, le long amendement signé par Laurent Duplomb et deux de ses collègues – Pierre Cuypers (Les Républicains) et Franck Ménonville (Union centriste) – reprend mot pour mot la proposition de loi «Duplomb 2». Les trois hommes, qui sont aussi corapporteurs de la LUA au Sénat, proposent d’autoriser par dérogation annuelle l’acétamipride et le flupyradifurone pour les cultures de betteraves sucrières, de noisettes, de pommes et de cerises en cas de «menace grave compromettant la production» et d’absence d’alternatives. Un passage prévoit également une dérogation similaire pour le flupyradifurone en enrobage des semences de betteraves sucrières.
Ces deux substances insecticides sont utilisées pour lutter contre les attaques de «ravageurs» des cultures, comme la punaise diabolique ou le puceron vert – particulièrement actif ce printemps dans les champs, selon la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). Elles sont interdites en France depuis 2018 en raison de leurs impacts sur la biodiversité et de leur persistance dans l’environnement. L’acétamipride inquiète aussi nombre de scientifiques à cause de ses effets potentiels sur la santé humaine (notre article).
Ces pesticides sont cependant autorisés dans le reste de l’Union européenne, alimentant les accusations de «concurrences déloyales». «Il est incroyable que dans 27 pays européens la molécule soit autorisée et qu’en France on ne l’autorise pas», a lancé le sénateur (Les Républicains) et candidat à l’élection présidentielle Bruno Retailleau, lors du congrès national du syndicat Jeunes agriculteurs, le 4 juin. À partir du moment où c’est autorisé dans les autres pays, je ne vois pas pourquoi on handicaperait la production et les agriculteurs français.»
Frilosité du camp présidentiel
La mesure a de grandes chances d’être votée par le Sénat, largement dominé par la droite. Le Palais du Luxembourg examinera l’ensemble des amendements en commission des affaires économiques à partir du 17 juin, puis en séance publique du 29 juin au 3 juillet.
Sans jamais s’opposer sur le fond à la réautorisation de l’acétamipride, le gouvernement a maintes fois répété qu’il n’était pas favorable à l’introduction de cette mesure dans son projet de loi, de peur de le voir péricliter. «Sur une question aussi débattue, la réinstauration de l’acétamipride emporte des débats qui peuvent compromettre l’adoption de ce texte [auquel] le gouvernement est attaché», a encore défendu la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, le 9 juin devant les sénateur·ices.
Côté Assemblée, les élu·es du bloc présidentiel – qui avaient en grande majorité voté la première loi Duplomb, aux côtés de la droite et de l’extrême droite – sont aujourd’hui bien plus mesuré·es. «On espère que le Sénat va rester sur la ligne qu’on s’est fixée à l’Assemblée nationale et ne pas ramener des sujets irritants», a prévenu le groupe Les Démocrates lors d’une conférence de presse. Une position qui rejoint celle de René Cazeneuve, député (Ensemble) et corapporteur du projet de loi d’urgence agricole, interrogé par le média Contexte : «Ajouter trop de reculs sur l’eau et les phytos pourrait dissuader certains députés de voter la version finale.»











