«Nous n’avons pas les moyens de remettre l’eau en conformité, donc elle reste polluée» : les communes esseulées face au défi des PFAS

Comme un poison dans l’eau (2/2).
La contamination de l’eau potable aux PFAS met les communes en grande difficulté : elles doivent gérer une pollution dont elles ne sont pas à l’origine. Une situation qui relance le débat sur le principe du pollueur-payeur et sur la protection sanitaire des populations exposées.
Malandry (Ardennes), le 30 septembre 2025. La maire de la commune, Annick Dufils, présente une installation expérimentale qui sert à filtrer l’eau contaminée. © Jean-Christophe Verhaegen/AFP

En juillet 2025, près de 3 000 habitant·es des Ardennes se sont vu interdire de boire l’eau du robinet. Une décision prise par la préfecture face à des analyses révélant des taux de PFAS bien supérieurs aux normes autorisées dans les sources alimentant treize communes. Ces substances chimiques très persistantes dans l’environnement peuvent contaminer l’eau que l’on boit et s’accumulent ensuite dans l’organisme.

Malandry fait partie des localités concernées. Sa maire, Annick Dufils, raconte : «J’ai appris avec sidération et colère que notre eau était contaminée par des polluants éternels.» La commune distribue, encore en ce mois de juin, deux litres d’eau en bouteille par jour à chacun·e des 80 habitant·es. De fait, la dernière analyse réalisée en janvier dans le cadre du contrôle sanitaire révèle une concentration en PFAS de 0,706 microgramme par litre (µg/l), soit sept fois la limite de qualité fixée à 0,1 µg/l.

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Depuis quelques années, les interdictions de boire une eau potable contaminée aux PFAS se multiplient en France : à Saint-Louis (Haut-Rhin) en avril 2025, à Arrentès-de-Corcieux (Vosges) en octobre 2025, ou encore, en avril dernier, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Si certaines interdictions ont depuis été levées, d’autres demeurent. Entre l’identification d’une pollution et sa résolution, le chemin peut être long.

«Il faut renforcer le principe pollueur-payeur»

Lorsqu’une eau est déclarée non conforme, c’est au distributeur – responsable pénalement de sa qualité – de prendre les mesures nécessaires pour rétablir la situation. En pratique, il s’agit souvent de communes ou de syndicats de l’eau. Problème : les différentes techniques de traitement ne permettent pas encore de détruire de façon systématique les PFAS – et elles sont particulièrement coûteuses.

Accablée, la maire de Malandry explique : «Nous n’avons pas les moyens de remettre l’eau en conformité, donc elle reste polluée.» L’été dernier, un test a tout de même été mené avec de l’eau prélevée de la source et mise dans un bidon avec du charbon actif ; sans pouvoir le développer à grande échelle. «Cette technique ne fait disparaître qu’une partie des PFAS, seulement les plus grosses molécules», rappelle par ailleurs Annick Dufils. Dans la commune voisine d’Haraucourt, une cuve à charbon actif vient d’être installée, le 8 juin. Son fonctionnement – qui implique de changer régulièrement les filtres – risque de coûter cher.

«Pour le moment, les collectivités n’ont pas d’autre choix que d’augmenter la facture d’eau des usagers domestiques. À l’arrivée, ce sont eux qui payent le prix de la dépollution», regrette Gabriel Amard, député La France insoumise (LFI), qui a déposé le 15 avril un rapport d’information avec Jean-Michel Brard (Horizons) sur la transposition et la mise en œuvre de la directive européenne sur la qualité des eaux.

«Il faut renforcer le principe pollueur-payeur», poursuit-il. Difficile d’imaginer que cette volonté soit entendue, alors que la redevance censée taxer les PFAS à hauteur de 100 euros pour 100 grammes rejetés dans l’eau n’est toujours pas entrée en vigueur. Elle aurait dû être appliquée à partir du 1er mars, mais Sébastien Lecornu l’a reportée de plusieurs mois, comme l’a révélé la cellule investigation de Radio France.

Des plaintes pour retrouver les responsables

Avec cinq autres communes des Ardennes, Malandry a déposé une plainte contre X pour «mise en danger de la vie d’autrui» et «pollution de l’eau», le 7 avril. L’objectif est de trouver les responsables de cette pollution aux PFAS liée à l’épandage de boues d’épuration, selon une enquête de Disclose et France 3 publiée en février.

Une plainte similaire a été déposée dans les Vosges, en février. Elle fait suite à la découverte de résultats d’analyses des PFAS dans l’eau indiquant un dépassement des seuils dans les communes d’Arrentès-de-Corcieux et de Tendon. «Ce sera à la justice d’établir la chaîne de responsabilité. Mais, au-delà des industriels, c’est aussi l’État qui pourrait être tenu pour responsable», estime Jean-François Fleck, de Vosges nature environnement, l’une des associations qui a porté plainte avec deux particuliers.

C’est justement ce que souhaitent faire reconnaître les associations Notre Affaire à tous, Bloom et Générations futures, ainsi que des victimes de la pollution aux PFAS, qui ont directement attaqué l’État devant le tribunal administratif de Paris, le 21 mai. Elles dénoncent notamment le fait que les autorités avaient connaissance de cette contamination et des risques sanitaires associés.

«C’est la présence de PFAS qui fait le poison»

Dans une lettre ouverte envoyée début juin au gouvernement, la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé (CN URPS-ML) alerte sur la menace que fait peser sur la santé cette pollution de l’eau que l’on boit.  

De nombreux travaux scientifiques démontrent que ces molécules peuvent avoir des effets délétères pour l’être humain : augmentation du taux de cholestérol, cancers, effets sur la fertilité et le développement du fœtus, sur le foie, sur les reins… Pascal Meyvaert, coordinateur du groupe de travail santé environnementale de la CN URPS-ML, affirme : «Même un taux inférieur aux limites de qualité ne veut pas dire qu’il n’y a plus de danger. Aujourd’hui, on considère que c’est la présence de PFAS qui fait le poison.»

D’autant plus que seuls 20 PFAS sont réglementés sur une famille de plus de 10 000 molécules. Une liste à laquelle n’appartient pas l’acide trifluoroacétique (TFA), alors qu’il vient tout juste d’être officiellement considéré comme «toxique pour la reproduction suspecté» par l’Agence européenne des produits chimiques. La recherche de ce polluant ne sera obligatoire qu’à compter de janvier 2027 en France.

Combien d’années d’inaction politique ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

Les alertes des scientifiques sont à nouveau ignorées, en matière de pollution comme de climat, et notre gouvernement protège davantage les intérêts des industriels que notre santé et l’avenir de nos enfants.

Alors que le débat démocratique est pollué comme jamais, nos journalistes ont un rôle inédit à jouer. 

Pour répondre à cette urgence écologique et de santé publique, Vert monte une toute nouvelle équipe d’enquête et solutions spécialisée dans la santé et les pollutions, et va se renforcer sur le climat.

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