
Il est le plus petit des PFAS – ces substances chimiques qui entrent dans la composition de plusieurs pesticides et de nombreux objets du quotidien (poêles, tissus imperméables…), réputées pour leur toxicité et leur persistance dans le corps humain et l’environnement. L’acide trifluoroacétique, ou TFA, fait craindre aux agences sanitaires des effets graves sur la santé. Ce mercredi, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a annoncé que son comité d’évaluation des risques avait officiellement classé ce «bébé PFAS» comme «présumé toxique pour la reproduction humaine».
«La décision annoncée confirme ce que nous dénonçons depuis 2023 : le TFA n’est pas un métabolite [produit de dégradation, NDLR] inoffensif des PFAS. Il peut être toxique pour l’être humain, et ses effets néfastes sont particulièrement graves pendant les périodes les plus vulnérables de la vie, à savoir la grossesse et la petite enfance», a réagi Angeliki Lysimachou, responsable des questions scientifiques et politiques du Réseau d’action contre les pesticides (PAN Europe).
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Les soupçons ne datent pas d’hier. En 2021, une étude avait montré que des lapereaux exposés au TFA in utero présentaient des malformations de l’œil et de la rétine à la naissance. «Cette observation nourrit la crainte d’éventuels effets oculaires sur les générations futures», expliquait récemment à Vert l’un des plus grands spécialistes de la substance, Hans Peter Arp. C’est notamment sur la base de cette étude que les expert·es de l’ECHA se sont appuyé·es pour rendre leur avis.
«C’est le plus petit des PFAS, donc le plus mobile»
L’agence européenne d’évaluation des produits chimiques précise, dans son alerte, que ce contaminant est «très persistant et très mobile» dans l’environnement – «ce qui peut entraîner une contamination diffuse et très durable des ressources en eau». Hans Peter Arp expliquait il y a quelques mois : «C’est tout simplement le plus petit des PFAS, et donc le plus mobile. Il est extrêmement soluble dans l’eau, peut se déplacer très rapidement dans le sol et les eaux souterraines et pénétrer dans les plantes. Aucun autre PFAS ne circule aussi rapidement dans l’environnement.»
En France, les dernières publications de l’agence sanitaire (Anses) le montrent. Dans un rapport paru en décembre, elle indiquait que 92% de l’eau potable était contaminée par du TFA. Et ce «à des niveaux toujours supérieurs au seuil réglementaire de qualité de 0,1 microgramme par litre (µg/l), applicable pour les métabolites de pesticides susceptibles de porter atteinte à la santé».
Nos aliments aussi sont contaminés. Une récente étude conduite par PAN Europe sur les céréales du petit-déjeuner, le pain ou les pâtes a montré (sur la base de l’analyse de 66 produits) que près de 82% de ces produits contenaient du TFA. Les niveaux de concentration relevés sont importants – la teneur moyenne en TFA atteint 78 900 nanogrammes par kilogramme (c’est largement supérieur au niveau moyen mesuré par l’Anses dans l’eau : 1 000 nanogrammes par litre).
Vers un tour de vis réglementaire ?
La classification du TFA comme substance «présumée reprotoxique» doit désormais être actée par la Commission européenne. Une fois confirmée, elle pourrait avoir des conséquences notables, notamment pour plusieurs pesticides actuellement autorisés.
Car le TFA se forme lors de la dégradation d’un large éventail de composés fluorés, parmi lesquels figurent certains PFAS et fluides frigorigènes, mais aussi plusieurs pesticides dont l’usage a augmenté ces dernières années. Les autorités pourraient être amenées à réexaminer les autorisations de ces substances afin de limiter les rejets de TFA et, finalement, l’exposition des populations.
«La toxicité du TFA ne fait désormais plus débat. Chaque année de retard entraîne davantage de pollution avec laquelle les générations futures devront vivre. La législation sur les pesticides est claire : les décideurs politiques, tant au niveau de l’Union européenne que des États membres, sont désormais légalement tenus d’interdire tous les pesticides PFAS et toutes les substances émettant du TFA, sans délai», a exhorté Salomé Roynel, de PAN Europe.










