
Plus que quatre semaines avant le coup d’envoi du Mondial 2026, ce grand «show» footballistique qui verra s’affronter 48 équipes internationales dans 16 villes et trois pays, du 11 juin au 19 juillet prochain. Peut-être faudrait-il parler de grand «chaud», étant donné ce que les expert·es du World weather attribution anticipent dans une analyse inédite parue ce jeudi. Ces dernier·es ont étudié les conditions prévues pour chacun des 104 matchs du tournoi, en tenant compte des horaires des rencontres et des conditions météorologiques moyennes observées localement à ces périodes de l’année (sur la période 1990-2020).
Outre la température de l’air, elles et ils ont compilé les niveaux d’humidité ou de vent afin de reconstituer, pour chaque rencontre, ce que l’on appelle la température WBGT (Wet bulb globe temperature, ou «température humide», en français), un indice mesurant la capacité du corps humain à se refroidir.
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On estime ainsi que le risque débute à 26 degrés (°C) WBGT, ce qui correspond à environ 36-38C° si l’air est sec, et à 28-30°C en cas de forte humidité. Il devient mortel au-delà de 35°C WBGT, car le corps ne peut plus se refroidir.
31 matchs à hauts risques
Or selon les chercheur·ses du World weather attribution, environ 31 matchs sur 104 – soit près d’un tiers – pourraient se dérouler dans des conditions dangereuses. Dans le détail, 26 rencontres ont de forts risques de se dérouler sous 26°C WBGT. Cinq matchs pourraient même avoir lieu sous 28°C WBGT (soit environ 38°C en chaleur sèche, ou 30°C avec forte humidité). «Lorsque le WBGT dépasse 26°C, les performances des joueurs peuvent être affectées. Au-dessus de 28°C, le risque de pathologies graves liées à la chaleur devient beaucoup plus préoccupant – pour les joueurs, et pour les centaines de milliers de supporters présents dans les stades et les fanzones extérieures», commente Chris Mullington, du World weather attribution.

Les chercheur·ses listent certaines villes particulièrement à risques, notamment Miami (Floride, États-Unis), qui fait face à une «quasi-certitude» de fortes chaleurs, ainsi que Dallas et Houston (Texas, États-Unis) – même si les stades de ces deux villes sont climatisés. Les systèmes de refroidissement réduisent une partie du risque dans trois stades sur seize, mais plus d’un tiers des matchs à risques sont programmés dans des enceintes sans climatisation : Miami, Kansas City, New York et Philadelphie (États-Unis). Cela inclut notamment la finale à New York, qui présente une probabilité forte (une chance sur huit) de dépasser les 26°C WBGT, et environ 3% de risque d’atteindre le seuil plus dangereux de 28°C WBGT.
Dans ces stades, «même si les organisateurs ont tenté de limiter la casse en programmant certains matchs plus tard dans la journée, il existe un risque réel que certains se jouent dans des conditions dangereuses pour les joueurs et les supporters», estime Joyce Kimutai, spécialiste des événements météorologiques extrêmes et du changement climatique à l’Imperial college London.
Joueurs et supporters en danger
À la lecture de ces résultats, la Fifpro, le syndicat des joueur·ses de foot professionnel·les, a renouvelé ses appels à des mesures de protection. Elle recommande que les matchs incluent des «pauses fraîcheur» pour que les joueurs se mettent à l’abri de la chaleur régulièrement, dès 26°C WBGT. À partir de 28°C WBGT, elle considère les conditions comme dangereuses et recommande un report du match. Les règles actuelles de la Fifa, qui organise l’évènement, n’envisagent, elles, un report qu’au-delà de 32°C WBGT.

Les chercheur·ses s’inquiètent aussi pour les fans, qui pourraient être affecté·es hors des stades et dans les fanzones en plein air. Elles et ils alertent en particulier sur les cas de Dallas et Houston où, même si les stades sont climatisés, les supporteur·ices auront une chance sur trois de subir des températures supérieures à 28°C WBGT à l’extérieur des stades, avant et après la plupart des matchs.
Si la dernière Coupe du monde organisée aux États-Unis, en 1994, avait déjà connu des épisodes de fortes chaleurs, les chercheur·ses estiment que la probabilité de connaître de telles conditions extrêmes a presque doublé sous l’effet du changement climatique. Friederike Otto, du World weather attribution, conclut : «Le fait que la finale de la coupe du monde – l’un des plus grands événements sportifs de la planète – soit confrontée à un risque non négligeable de chaleur pouvant justifier une annulation devrait être un signal d’alarme.»










