Édition du 3 juin 2026

[Révélations] Faites engrais l’accusé

Chères toutes et chers tous,

🏖️ Cet été, nos camarades de Socialter vous invitent à battre le capitalisme sur le terrain du désir. Dans ce numéro double «Pourquoi nos plaisirs sont politiques», vous retrouverez notamment un cahier de jeux parfait pour accompagner vos trajets en train. Vous pouvez précommander votre exemplaire sur campagne.socialter.fr avant le 9 juin !

💚 Dans cette édition, vous allez découvrir les premières révélations de notre nouvelle équipe enquêtes et solutions. C’est grâce aux milliers de membres du Club de Vert que nous sommes en mesure de publier cet article, qui a nécessité des semaines de travail. Plus de 1700 nouveaux membres nous ont déjà rejoints depuis deux semaines. Un grand merci à elles et eux 🫶


Réduire la teneur en cadmium dans les engrais ? Les gouvernements successifs ne cessent d’esquiver le sujet. 


«Ce n’était pas un sujet» : comment la macronie a enterré le cadmium depuis sept ans, au détriment de la santé des Français

Le cadmium de leurs soucis. En 2019, les autorités sanitaires donnent l’alerte sur les dangers du cadmium, métal lourd toxique dont les Français·es sont massivement imprégné·es, et exhortent l’État à agir sans tarder. Nous voilà en 2026 : leurs recommandations n’ont toujours pas été appliquées par les gouvernements successifs. Pour comprendre les ressorts de cette inaction, Vert a mené l’enquête, des ministères concernés aux lobbies de l’industrie. Révélations sur ces sept années perdues pour notre santé.

«Que compte faire le gouvernement pour préserver l’alimentation des Français de cette pollution au cadmium via les engrais phosphatés ?» Peu se souviennent de l’intervention du sénateur écologiste Joël Labbé dans l’hémicycle du palais du Luxembourg, le 17 novembre 2020. Ce jour-là, ce métal lourd toxique fait une première apparition remarquée dans le débat politique français.

Emmanuel Macron lors de l’événement «Tech for Planet», à Paris, le 11 décembre 2017. © Philippe Wojazer/AFP

Celui qui est interpellé, c’est Julien Denormandie, alors ministre de l’agriculture. Un an plus tôt, en 2019, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un avis retentissant qui alerte sur la surexposition des Français·es au cadmium et recommande de réduire sa teneur dans les engrais phosphatés utilisés en agriculture. Une mesure jugée nécessaire pour protéger la population de ce métal lourd qui s’accumule dans les sols, pénètre les aliments, puis contamine nos corps. «Il faut impérativement trouver des solutions», reconnaît le ministre, face au sénateur écologiste. Il annonce la publication, «à l’été 2021», d’un décret visant à réduire la teneur en cadmium des engrais.

Ce projet de décret, que Vert vous révèle en exclusivité, a bien été écrit. Il ne sera jamais publié. Et le cadmium continue de s’accumuler dans les sols, les cultures et notre alimentation.

Que s’est-il passé ?

👉 Ministres interrogés, documents exclusifs de ministères ou de lobbies…  Cliquez ici pour lire la suite de cette enquête de Zoé Moreau et Sophie Roland, qui raconte les dessous de ces sept années d’inaction de la macronie.

qui se prononcent ce mercredi sur une proposition de loi visant à réduire les taux de cadmium dans les engrais phosphatés. était sur place pour leur donner la parole. Retrouvez notre reportage vidéo cet après-midi sur vert.eco.

Malades, élu·es, enfants de malades, activistes et associations environnementales avaient le même objectif : faire pression sur les député·es qui doivent se prononcer ce mercredi 3 juin sur la proposition de loi. © Marion Pépin/Vert

· L’Hexagone vient de connaître son printemps le plus chaud enregistré «depuis le début des mesures en 1900», a annoncé Météo-France mardi. La température moyenne s’est élevée à 13,8 degrés Celsius (°C), précise l’établissement public, alors que le territoire vient de traverser une vague de chaleur inédite par sa précocité. Avec un déficit de 30% de précipitations, le printemps 2026 devient aussi l’un des dix printemps les moins arrosés de l’Histoire.

· Mardi encore, sept États américains ont attaqué en justice l’accord financier négocié entre le groupe français TotalEnergies et l’administration Trump pour renoncer à des projets d’éoliennes en mer. La coalition d’États démocrates, allant du Maine au New Jersey, estime que cet accord est «manifestement illégal» et demande à la justice de l’annuler. La gouverneure de l’État de New York y voit un «détournement scandaleux de l’argent des contribuables qui nous empêche de contribuer à garantir l’indépendance énergétique américaine tout en réduisant les émissions».

Débats houleux, coups de théâtre et étranges disparitions : l’Assemblée nationale donne son feu vert à la loi d’urgence agricole

Loi dénature. Ce mardi, les député·es ont adopté en première lecture la loi d’urgence agricole, censée répondre aux mobilisations paysannes de l’hiver dernier.

🐑 La droite, l’extrême droite et la quasi-totalité du bloc central ont validé l’essentiel des «simplifications» proposées par le gouvernement : sur les retenues d’eau, les bâtiments d’élevage, les tirs de loups…

💧 Le gouvernement a obtenu le retour de plusieurs passages controversés sur les zones humides : leur exploitation sera facilitée lorsqu’elles sont jugées trop dégradées, et de petites retenues d’eau pourront y être construites.

👨‍🌾 En minorité, la gauche a arraché quelques retournements de situation : interdiction des importations de produits traités avec des pesticides prohibés en France, «prix planchers» pour les agriculteur·ices…

👉 Cliquez ici pour lire l’intégralité du décryptage d’Esteban Grépinet.

Le Parlement reconnaît «la part de responsabilité» de l’État dans le scandale du chlordécone

Chlore à corps. Ce mardi, l’Assemblée nationale a adopté une loi reconnaissant la «part de responsabilité» de l’État dans le scandale du chlordécone aux Antilles. Cet insecticide a été utilisé dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique jusqu’en 1993, alors qu’il était interdit dans l’Hexagone depuis 1990 en raison de sa toxicité, connue des pouvoirs publics. Plus de 90% de la population adulte est aujourd’hui contaminée. «Si un tel empoisonnement avait touché 90% de la population de la Creuse, de la Bretagne, de l’Île-de-France, la responsabilité de l’État aurait été reconnue depuis longtemps», a lancé le député (Parti socialiste) de Guadeloupe Élie Califer, à l’origine du texte, estimant qu’il «faut aller plus loin sur le chemin des réparations».

👉 Cliquez ici pour lire la suite de cet article et en apprendre plus sur la bataille juridique autour de ce scandale sanitaire.

Paris, le 10 novembre 2024. Lors d’une manifestation organisée par les diasporas françaises d’outre-mer contre le coût élevé de la vie, certain·es brandissent des pancartes en lien avec le scandale du chlordécone. © Bertrand Guay/AFP

«Julien Lombric», épisode 2 : l’inspecteur enquête sur la disparition de la biodiversité

Le ver à moitié vide. Après sa rencontre avec la FNSEA dans l’épisode 1, Julien Lombric poursuit son enquête pour trouver «les fils de taupes» qui ont pollué sa terre et détruit sa famille. Nouvelle étape : TotalEnergies. Qui sera sa prochaine cible ? La suite de notre série en collaboration avec Moustafa Benaibout arrive très bientôt.

© Vert

+ Moustafa Benaibout, Esteban Grépinet, Lilou Hiver, Marion Pépin, Mathilde Picard, Anne-Claire Poirier, Antoine Poncet et Sophie Roland ont contribué à ce numéro.