Un nouveau prédateur arrive en France : le chacal doré prospère là où les loups gris ont disparu

D’or et de pattounes.
Observé épisodiquement dans l'Hexagone depuis 2017, ce discret canidé s'étend sur le continent européen depuis les Balkans ces dernières décennies. Il profite avant tout des territoires dans lesquels le loup gris a été éradiqué, selon une étude scientifique parue fin mai.
La grande majorité du territoire français est «adaptée» à l’arrivée du chacal doré, selon une étude scientifique. © Martin Steenhaut

Un peu plus grand qu’un renard mais plus ramassé qu’un loup, avec une queue «courte mais très touffue, comme un plumeau». En cette fraîche journée de mars 2018, lorsqu’il aperçoit ce drôle d’animal sur les images capturées par son piège photographique au milieu d’une forêt de Haute-Savoie, le sang de Christophe Gilles ne fait qu’un tour : le chacal doré est passé par là.

Des chasseur·ses du département avaient déjà identifié le canidé pour la première fois en France fin 2017, mais cette observation reste un «gros coup de bol», raconte le naturaliste, qui travaille à France nature environnement (FNE) : «Je suis tombé sur une carcasse toute fraîche de sanglier, j’ai posé le piège photo. Je suis revenu plusieurs semaines de suite et il n’y avait rien, juste un chien, une buse, un renard… Puis, une nuit, alors qu’il ne restait que des os, il est passé.»

Haute-Savoie, 2018. La toute première image en couleur d’un chacal doré en France. © Christophe Gilles

L’arrivée dans l’Hexagone de ce discret prédateur, en pleine expansion partout en Europe, semblait inéluctable. «Il était connu depuis 2015 chez les collègues suisses, ce qui laissait supposer qu’il allait franchir la frontière. Ce n’était qu’une question de temps», retrace Christophe Gilles, qui a suivi l’animal pendant plusieurs années.Depuis 2017, les observations de chacals dorés se multiplient dans tout le pays : Bouches-du-Rhône (2020), Deux-Sèvres (2020), Cher (2022), Finistère (2022) ou, plus récemment, Alpes-de-Haute-Provence.

Une expansion naturelle sur tout le continent européen

L’expansion de ce canidé a toutes les chances de se poursuivre dans les prochaines décennies : plus de 90% du territoire hexagonal est «adapté» à l’installation de ce grand prédateur (et 75% de l’Europe), selon une étude parue le 25 mai dans la revue Nature ecology & evolution.

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«La France a un potentiel d’accueil très important dans un futur proche, expose Nathan Ranc, écologue à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et auteur principal de la publication. Il y a différents niveaux de probabilité : les marais, marais côtiers et zones bocagères ont en général une plus forte capacité d’accueil.» Très adaptable, le chacal doré évite cependant les zones d’altitude enneigées.

Plus la couleur est orange, plus le territoire est adapté à l’installation du chacal doré. © Nature

Le chacal doré peuple depuis plusieurs millénaires une large aire de répartition qui va de l’Asie du Sud-Est aux Balkans en passant par le Moyen-Orient. À partir du 19ème siècle, et plus particulièrement depuis les années 1980, Canis aureus étend son territoire depuis le sud-est de l’Europe : «Nous observons actuellement une colonisation très forte en Europe centrale – en Hongrie, en Slovénie, en Autriche, en Slovaquie… –, avec des individus en dispersion au-delà de ce foyer principal, jusqu’en Norvège et en Espagne», décrit Nathan Ranc. C’est le cas des chacals observés en France, qui sont souvent de jeunes mâles en phase d’émancipation.

«Si le loup tombe sur un chacal, il lui met une raclée.»

Dans leur étude, le scientifique et ses collègues ont analysé près de 9 000 données géographiques collectées dans treize pays européens entre 2001 et 2017. Selon leur modèle, la quasi-éradication du loup gris en Europe au cours du 20ème siècle constitue l’explication majeure de l’expansion du chacal doré, derrière d’autres facteurs comme le changement climatique ou la modification des paysages. «Les chacals sont plus susceptibles d’être présents là où les loups sont absents», résument les auteur·es.

«Si le loup tombe sur un chacal, il lui met une raclée», illustre Christophe Gilles, qui note que le grand prédateur était absent du secteur fréquenté par le chacal doré en Haute-Savoie. «Le loup est la principale contrainte à la présence du chacal doré, mais ce facteur limitant est modulé par les activités humaines, complète Nathan Ranc. Dans les zones de présence importante de loups, les chacals arrivent quand même à occuper le territoire en utilisant un “bouclier humain” [en se rapprochant des zones habitées, NDLR] pour échapper au contrôle des loups.»

Charognes, zones humides et renards

Cette arrivée exceptionnelle en France s’accompagne de nouveaux défis. «L’installation du chacal doré en France pourrait influencer le fonctionnement des écosystèmes concernés», anticipe l’Office français de la biodiversité (OFB), qui suit l’avancée de l’animal sur le territoire. Le canidé pourrait concurrencer le renard roux, avec qui il partage des habitats et des ressources alimentaires similaires.

En France, le chacal doré est pour l’instant considéré comme «gibier non chassable». © Martin Steenhaut

Carnivore opportuniste, le chacal doré se nourrit de proies de petites et moyennes tailles : oiseaux, rongeurs, poissons, reptiles, faons… «A priori, les déprédations sur les animaux d’élevage sont probablement plus faibles que pour le loup, mais il reste une possibilité localement, note Nathan Ranc. Il peut aussi y avoir des questions de prédation sur des espèces d’intérêt cynégétique», qui intéressent le monde de la chasse.

«C’est aussi la manifestation du grand dérèglement de la biodiversité opéré par l’Homme et des persécutions des grands carnivores.»

Le chacal doré est aussi connu pour se nourrir régulièrement de charognes. «C’est un éboueur des écosystèmes, qui permet d’éviter la propagation des maladies des cadavres», salue Christophe Gilles. Une étude menée entre 2004 et 2014 en Serbie a estimé qu’en éliminant ces déchets animaux, les chacals dorés rendent un service équivalent à 500 000 euros par an.

«J’ai du mal à parler de bonne nouvelle, parce que c’est aussi la manifestation du grand dérèglement de la biodiversité et des persécutions des grands carnivores opérés par l’Homme», nuance Nathan Ranc. Protégé dans plusieurs pays européens (Suisse, Italie, Allemagne…), le chacal doré est à ce jour classé en France comme «gibier non chassable». Pour le moment, ses apparitions épisodiques dans les quatre coins du territoire font avant tout le bonheur des passionné·es d’animaux, qui espèrent apercevoir ce «fantôme des bois». De cette découverte de mars 2018, Christophe Gilles garde sa «plus belle émotion naturaliste».

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