
La filière des énergies renouvelables se réunit ce mardi à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris pour son 27ème raout annuel organisé par le syndicat des énergies renouvelables (SER). Fait notable cette année : aucun ministre n’a daigné faire le déplacement. À l’inverse, des salarié·es ont décidé d’organiser une manifestation en marge de l’évènement. Chose rare pour une filière qui n’a manifesté que deux fois dans son histoire : la dernière, c’était au mois de février dernier.
Il faut dire que le secteur paie cher les promesses non tenues par le gouvernement (voir plus bas). D’après le collectif de salarié·es à l’origine des mobilisations «plus de 20 000 emplois dans le solaire et l’éolien ont été supprimés ou menacés au cours des deux dernières années», sachant que ces seules filières représentaient en 2024 près de 70 000 emplois, selon le SER.
Cet article est en accès libre.
C’est un engagement fort de notre équipe, pour permettre à tout le monde de s’informer gratuitement sur l’urgence écologique et de faire des choix éclairés. Si vous le pouvez, faites un don pour soutenir notre travail dans la durée et garantir notre indépendance.
«On a aujourd’hui la certitude qu’on va vers quelque chose de très néfaste ces prochains mois ; ça pourrait être une hécatombe», déplore Valentin Pineau, développeur de projets photovoltaïques dans l’une des nombreuses PME du secteur. Selon le réseau d’entreprises France Renouvelables, qui a sondé sa centaine d’adhérent·es en mai, «10 à 15% recrutent, 40% stagnent et le reste décroit».
Promesses et revirements
Comment cette filière, que l’on dit «d’avenir», en est-elle arrivée là ? «En 2022-2023, le gouvernement nous a dit : “Allez-y !” ; tout le monde a beaucoup embauché», explique Camille Girard, directeur de la communication de Valorem, qui développe des projets solaires et éoliens.
À l’époque, la guerre en Ukraine et les problèmes de corrosion nucléaire avaient plongé la France dans une grave crise énergétique. Les énergies renouvelables avaient été appelées à la rescousse, notamment dans le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui planifie le développement des énergies filière par filière à horizon 2030 et 2035.
Trois ans plus tard, et malgré de sévères secousses en provenance d’Iran, le gouvernement a enchaîné les revirements, laissant toute une filière dans l’impasse. Un exemple : dans la version finale de la PPE qu’il a publiée en début d’année – avec trois ans de retard –, les objectifs de développement des renouvelables ont finalement été sabrés de 10 à 20% selon les filières (notre article). Et même eux ne seront pas respectés : en 2026, le gouvernement a ainsi attribué moins de la moitié des 4,6 gigawatts (GW) de projets prévus, selon le SER. Pour 2027, la visibilité est quasi nulle en raison de l’élection présidentielle.
Non content d’oblitérer le développement de futurs projets, le gouvernement vient d’annoncer qu’il envisageait d’auditer environ 8 000 projets photovoltaïques déjà construits pour diminuer leurs subventions de façon rétroactive en cas de «sur-rémunération». Alors que le bénéfice économique n’a pu être chiffré, le message politique est on ne peut plus clair : «C’est de l’acharnement. En fait, on veut éteindre les renouvelables», estime le président du syndicat des énergies renouvelables, Jules Nyssen.
«On est en pleine crise énergétique, on devrait pourtant être une évidence», se désole-t-il. «On vit un paradoxe terrible entre la volonté affichée d’accélérer la transition écologique d’un côté et des destructions d’emplois de l’autre», confirme Mattias Vandenbulcke, porte-parole de France Renouvelables. Au début du mois, la Commission de l’énergie a encore confirmé dans un rapport que «le développement des énergies renouvelables transfère globalement du pouvoir d’achat vers les consommateurs», avec des factures moins élevées. Dommage de ne pas s’en saisir, à l’heure où le prix du litre de gasoil frôle les trois euros…











