L’eau de votre robinet est-elle contaminée par des pesticides ? Vérifiez avec notre carte de France interactive

Comme un poison dans l’eau (1/2).
En 2026, des millions de Français·es boivent une eau du robinet contaminée par des pesticides. Pour prendre la mesure du problème, Vert a conçu une carte avec les dernières données disponibles.

Les autorités sanitaires le martèlent : en France, l’eau du robinet est très surveillée. Mais surveillance ne rime pas toujours avec respect des normes. C’est ce que révèle la carte interactive de la pollution de l’eau potable aux pesticides que Vert a élaborée à partir des données du site Dans mon eau. Les associations Générations futures et Data for good y agrègent les résultats du contrôle sanitaire de l’eau du robinet.

En entrant le nom de votre commune dans la barre de recherche, vous aurez accès aux résultats des contrôles réalisés entre le 1er septembre 2025 et le 31 août 2026 dans chaque unité de distribution d’eau potable (UDI), qui permet d’acheminer l’eau jusqu’à votre robinet. Vous pourrez alors vérifier si l’eau que vous buvez contient des pesticides, ou pas.

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Par pesticide, on entend toutes substances actives chimiques (herbicides, insecticides, fongicides, etc.) contenues dans les produits phytosanitaires (utilisés en agriculture) ou biocides (utilisés à domicile ou dans les bâtiments).

🟡 Zone jaune : présence d’au moins un pesticide, l’eau reste potable

Selon nos calculs, 36 millions de Français·es (sur une population de 69,1 millions) boivent une eau contenant au moins un pesticide. Cela correspond aux zones en jaune sur la carte. Les concentrations en pesticide ne dépassent pas les limites de qualité. L’eau du robinet peut être bue sans risque aux yeux des autorités sanitaires.

Une grande majorité de ces substances chimiques vient de produits phytosanitaires utilisés en agriculture. Après avoir été épandus dans les champs, ces produits s’infiltrent dans les sols et finissent par atteindre les nappes où est captée la majeure partie de l’eau qui, après traitements, coule à notre robinet. Si l’on se réfère au dernier recensement agricole, la présence de pesticides pourrait être liée, en Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes, à la culture de la vigne et des céréales, et en Bretagne, à la culture du maïs.

Dans les territoires d’outre-mer, 38 communes sont alimentées par une eau potable contenant au moins un pesticide. Toutefois Pauline Cervan, chargée de mission réglementaire sur les pesticides chez Générations futures, remarque que les analyses effectuées en Martinique et en Guadeloupe se focalisent peu sur le chlordécone. Cet herbicide toxique, utilisé dans les bananeraies jusqu’à son interdiction en 1993, n’a pas été systématiquement recherché dans les dernières analyses effectuées malgré sa persistance dans les sols et l’eau.

🟠 Zone orange : limites dépassées, l’eau n’est pas forcément toxique

Dans d’autres régions, la situation est plus compliquée puisque les limites de qualité sont dépassées (en orange sur la carte). Cela ne signifie pas toujours que l’eau est toxique, elle peut continuer d’être distribuée, mais la mise en œuvre d’actions pour rétablir sa qualité est obligatoire.

L’arrêté du 11 janvier 2007 relatif à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine a établi ces limites à 0,1 microgramme par litre (µg/l) par substance, ou bien à 0,5 µg/l pour la somme de tous les pesticides analysés. Sur les douze mois concernés, on compte 1 305 dépassements des normes vis-à-vis de la teneur en pesticides dans l’eau potable.

La région des Hauts-de-France est la plus impactée. Plus de la moitié de ses réseaux de distribution d’eau potable (56%) sont concernés par des concentrations en pesticides supérieures aux normes : environ 2,7 millions de personnes boivent une eau non conforme.

Outre les pesticides, on trouve dans l’eau du robinet ce qu’on appelle des métabolites : des molécules issues de leur dégradation. «Quand le pesticide est mis dans l’environnement, il ne reste jamais tel quel : il va être transformé en d’autres molécules par interaction avec la lumière, l’eau, la température, les bactéries dans le sol…», explique Mickaël Derangeon, chercheur en neurosciences et vice-président du syndicat Atlantic’eau en Loire-Atlantique. «Certains métabolites sont moins toxiques que les molécules mères, mais d’autres peuvent l’être tout autant, voire plus», estime-t-il.

Selon Pauline Cervan, «ces non-conformités dans les Hauts-de-France sont liées aux métabolites du chloridazone et cette bande orange correspond exactement aux zones où l’on cultive la betterave». En effet, le chloridazone est un herbicide utilisé sur les cultures betteravières jusqu’à son interdiction en 2020. Après avoir été épandu, il s’est transformé en plusieurs métabolites dont le chloridazone desphényl ou le chloridazone méthyl desphényl que l’on retrouve encore aujourd’hui dans l’eau. 

«Les grandes cultures, la betterave mais aussi les céréales, comme le blé et l’orge, sont responsables des plus grandes concentrations de pesticides dans l’eau du robinet»

En Normandie, deuxième région recensant le plus de non-conformités selon nos calculs, près de 700 000 habitant·es sont concerné·es. La couleur orange de ces zones est associée aux métabolites du chloridazone mais aussi à ceux du chlorotalonil, un fongicide également interdit en 2020, qui était auparavant utilisé sur les cultures céréalières notamment.

«Les grandes cultures, la betterave mais aussi les céréales, comme le blé et l’orge, sont responsables des plus grandes concentrations de pesticides dans l’eau potable», analyse Pauline Cervan. Des cultures particulièrement gourmandes en pesticides, comme le révèle la carte de l’utilisation des pesticides en France de l’association Solagro.

Interrogées par Vert sur les risques sanitaires et sur les mesures à mettre en place, les agences régionales de santé des Hauts-de-France et de Normandie, chargées de surveiller les pesticides dans l’eau, n’ont pas répondu à nos sollicitations.

🟢 Zone verte : l’eau du robinet relativement préservée

Dans les outre-mer comme en France métropolitaine, certains territoires voient leur eau potable relativement préservée, le vert colore la carte. Ainsi, aucun pesticide n’a été quantifié dans l’eau potable pour environ 20,7 millions de personnes.

Réputée pour être fortement exposée aux pesticides en raison de ses vignes, la Nouvelle-Aquitaine est pourtant parée de vert. «Cela s’explique par la géologie des sols, éclaire Pauline Cervan. Les nappes phréatiques qui alimentent les réseaux d’eau sont très profondes et, du coup, relativement épargnées par la pollution.»

⚪️ Zone grise : absence d’information

Enfin, il est à noter que de nombreuses parties du territoire sont en zone grise sur la carte. Aucun pesticide n’y a été recherché pendant ces douze mois. Cela concerne près de 4 millions de Français·es. Cette absence de données est visible dans les zones montagneuses où l’agriculture est a priori moins développée, mis à part l’élevage.

Appel à la justice pour «contraindre à protéger l’eau potable»

Quelles sont les obligations des communes où les limites de qualité sont dépassées ? Dans un rapport paru en mai, l’Inspection générale des finances (IGF) confirme que «l’essentiel des non-conformités de l’eau potable (90%) est dû aux pesticides et à leurs métabolites». Le code de la santé publique précise que : «La personne responsable de la production ou de la distribution d’eau [ou PRPDE, NDLR] doit prendre le plus rapidement possible les mesures correctives nécessaires afin de rétablir la qualité de l’eau.»

Les PRPDE – que sont les mairies, les syndicats de l’eau, les communautés de communes ou encore les exploitants privés – doivent demander une dérogation au préfet afin de pouvoir continuer à distribuer au robinet une eau non conforme. Cette dérogation fixe un délai de trois ans, renouvelable une fois, pour rétablir la qualité de l’eau.

Or, toujours selon le rapport de l’IGF, dans 73% des cas de non-conformité, aucune demande de dérogation n’a été faite. Sans elle, impossible de s’assurer que des actions telles que des traitements pour dépolluer l’eau sont bel et bien menées, ni que la population a été informée.

Des associations n’hésitent pas à poursuivre leur commune en justice. Le 11 juin, la commune d’Oursel-Maison, dans l’Oise, a été jugée coupable par la Cour administrative d’appel de Douai de ne pas avoir fait de demande de dérogation et engagé d’actions correctives suffisantes face à la présence excessive de pesticides dans l’eau du robinet. «Depuis huit ans, la commune nous répondait dans le vide pour ne pas enclencher le début du calendrier et donc gagner du temps» raconte Didier Malé, président du Regroupement des associations de sauvegarde de l’Oise (ROSO) à l’origine de cette action en justice.

Il espère que cette décision fera jurisprudence et que d’autres associations pourront s’y appuyer pour exiger que la qualité de l’eau soit préservée. De son côté, France nature environnement (FNE) est monté d’un cran en assignant l’État en justice en avril «pour le contraindre à protéger l’eau potable». L’ONG considère que l’État n’a pas mis en place les mesures permettant d’assurer la préservation des captages d’eau potable, enfreignant son obligation légale d’assurer l’alimentation en eau potable de la population.

Méthodologie :
La carte se base sur les données du contrôle sanitaire parues le 5 octobre 2026. Celles-ci sont mises à jour mensuellement avec les dernières analyses disponibles (datant à ce jour du 31 août 2026) de l’eau potable réalisées par les agences régionales de santé (ARS). Il est à noter que les résultats présentés dans la carte ci-dessus correspondent aux analyses effectuées entre le 1er septembre 2025 et le 31 août 2026.

De plus, la carte est à l’échelle des réseaux d’eau potable en France, sauf pour les départements d’outre-mer où elle est à l’échelle des communes du fait de l’absence de données sur le découpage par réseaux. Nous avons repris ici la liste des pesticides ainsi que la légende réalisée par Générations futures et Data for good pour leur site Dans mon eau. Les limites de qualité dont il est question dans la légende correspondent à une valeur supérieure à 0,1 microgramme par litre (µg/l) par substance, ou à 0,5 µg/l pour la somme de tous les pesticides.

Combien d’années d’inaction ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

Les alertes des scientifiques sont à nouveau ignorées, en matière de pollution comme de climat, et notre gouvernement protège davantage les intérêts des industriels que notre santé et l’avenir de nos enfants.

Alors que le débat démocratique est pollué comme jamais, nos journalistes ont un rôle inédit à jouer.

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