Il va disparaître des Vosges : le grand tétras ne sera plus réintroduit dans le massif, après deux ans de lâchers critiqués

Perdre la poule.
Jeudi, le ministère de la transition écologique a confirmé vouloir suspendre dès cette année les lâchers de ces oiseaux montagnards dans les Vosges, débutés au printemps 2024. Menacée par la dégradation des forêts et le réchauffement climatique, l’espèce est amenée à s’éteindre dans le massif du nord-est de la France.
Il ne reste plus qu’une vingtaine de grands tétras dans les forêts des Vosges. © Francesco Veronesi/Flickr

Trente-trois oiseaux réintroduits, une seule reproduction réussie et au moins 15 morts : ainsi s’achève le très controversé programme de sauvetage du grand tétras dans les Vosges. Jeudi, le ministère de la transition écologique a assuré à Vert vouloir mettre fin dès maintenant aux opérations de lâchers de cet oiseau emblématique des forêts de montagne, au bord de l’extinction dans le massif du nord-est de la France.

«Le retour d’expérience dont nous disposons à ce stade sur la mortalité des individus déplacés, ainsi que les informations disponibles sur l’évolution de l’habitabilité du massif des Vosges à moyen et long terme [au regard du réchauffement climatique, NDLR] nous conduisent à ne pas envisager de nouvelles opérations de translocation au-delà de celles déjà réalisées», détaillent les services du ministère, confirmant une information de l’Agence France-Presse (AFP). La décision doit être confirmée officiellement lors d’une réunion de suivi en fin d’année.

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Le 21 août, le ministère de la transition écologique avait dans un premier temps évoqué auprès du média Reporterre «l’achèvement du programme à l’issue de sa période de validité actuelle», qui court encore sur trois ans. S’il affirme désormais plus franchement ne pas souhaiter de nouveau lâcher, le cabinet précise que les oiseaux réintroduits «continueront à faire l’objet d’un suivi jusqu’à l’achèvement du programme en 2029».

«Le vrai chantier commence maintenant»

Actuellement, seule une vingtaine de grands tétras subsiste dans les forêts vosgiennes : moins de 17 oiseaux réintroduits en mai dernier (au moins trois sont déjà morts), un à deux individus ayant survécu aux lâchers des précédents printemps, ainsi qu’une à trois poules autochtones, naturellement présentes dans le massif. Quatre jeunes ont également été observés ce mois d’août, marquant le tout premier succès de reproduction de l’espèce depuis le lancement du programme de «réintroduction».

Imposant oiseau de montagne, le grand tétras peuple encore les sous-bois des Pyrénées, du Jura ou encore des Cévennes. Dans les Vosges, la population, qui comptait encore plus de 500 individus à la fin des années 1970, s’est effondrée à cause de la dégradation de son habitat, du dérangement croissant des activités touristiques et du changement climatique. Pour empêcher son extinction dans le massif, l’État et le parc naturel régional des Ballons des Vosges ont lancé en 2024 un programme de sauvetage, principalement basé sur la capture et le lâcher d’oiseaux norvégiens.

Mais cette opération a suscité une levée de boucliers chez une partie des associations locales de protection de la nature. Ces dernières pointent une «opération de communication», reprochant aux autorités de ne pas chercher à résoudre d’abord les causes du déclin de la biodiversité dans les Vosges (développement touristique, dégradation des forêts…). En juin 2025, le tribunal administratif de Nancy (Meurthe-et-Moselle) avait rejeté leur recours contre l’arrêté de la préfecture des Vosges autorisant le lâcher de 200 grands tétras sur cinq ans (les associations ont fait appel).

«On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.»

«C’est la reconnaissance de notre combat collectif depuis trois ans, salue auprès de Vert Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges et fer de lance de l’opposition au projet, après l’annonce du ministère de la transition écologique. Mais le vrai chantier commence maintenant. L’objectif essentiel, désormais, c’est la restauration des milieux et la question des politiques d’équipement massif de loisirs. On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.»

Dans un communiqué publié jeudi, le collectif d’associations appelle à réorienter les moyens destinés aux ex-futures campagnes de lâchers vers une «politique beaucoup plus ambitieuse de restauration du massif» : amélioration de la résilience des forêts face aux sécheresses, protection des secteurs encore favorables aux derniers grands tétras et autres espèces (comme la gélinotte des bois), maîtrise de la fréquentation touristique… Contacté par Vert, le parc naturel régional des Ballons des Vosges n’a pas répondu.

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

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