Malgré les critiques, le gouvernement prolonge de trois ans le classement «nuisible» de neuf espèces d’oiseaux et de mammifères

Esod rural.
Ce vendredi, le ministère de la transition écologique a publié la nouvelle liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod), valable jusqu’en 2029. Renard roux, corbeau freux, martre des pins, pie bavarde… Neuf animaux communs pourront être piégés et abattus toute l’année, au grand dam des associations et des scientifiques.
En 2025, le Conseil d’État avait annulé l’ensemble des classements «nuisible» de la martre des pins. © Bruno Pesenti/Flickr

Ni la succession d’études scientifiques critiques, ni la mobilisation massive des associations de protection de la nature, ni même les recommandations de sa propre administration n’auront fait changer d’avis le gouvernement. Le ministère de la transition écologique a renouvelé ce vendredi la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (les «Esod», autrefois appelées «nuisibles») en France hexagonale jusqu’à l’été 2029.

Publié tous les trois ans depuis 2012, cet arrêté établit pour chaque département les animaux qui peuvent être tués toute l’année (y compris hors des périodes officielles de chasse) par tir, piégeage ou déterrage en raison de leurs dégâts estimés sur les activités économiques. Neuf espèces sont ciblées : le renard roux, la martre des pins, la fouine, la belette, la corneille noire, le corbeau freux, l’étourneau sansonnet, la pie bavarde et le geai des chênes.

Rétropédalage sur le corbeau, retour de la martre

Principale évolution par rapport au texte initialement présenté en juillet dernier lors de la consultation publique : le cas du corbeau freux. L’oiseau devait être déclassé dans 18 départements, notamment dans les plaines céréalières du centre-ouest et du nord de la France. Les suivis scientifiques montrent un déclin marqué de l’espèce au niveau national depuis vingt ans. Dans le texte officiel paru ce vendredi, le corbeau a finalement été réintégré comme «nuisible» dans la quasi-totalité de ces territoires. Une victoire pour la Fédération nationale des chasseurs (FNC), qui dénonçait dans ces déclassements un «gage donné aux associations écologistes». Interrogé par Vert sur ce revirement, le ministère de la transition écologique n’a pour l’instant pas répondu.

Ciblé pour ses dégâts dans les cultures agricoles, le corbeau freux est reconduit comme «nuisible» dans 61 départements français. © Vijay Anand Ismavel/Flickr

Les corvidés sont régulièrement visés pour leurs dégâts dans les grandes cultures (notamment lors des semis) et les vergers. Plus répandue, la corneille noire reste «nuisible» sur une grande majorité du territoire français, tandis que le geai des chênes n’est plus classé que dans une centaines de communes du sud de la France. Quant à l’étourneau sansonnet et la pie bavarde, ils pourront être abattus dans une poignée de nouveaux départements par rapport aux années précédentes.

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En mai 2025, le classement de la martre des pins sur la liste des Esod avait été annulé par le Conseil d’État, faute de données suffisantes sur son état de conservation. Cette année, le ministère de la transition écologique a tout de même décidé de réintégrer l’animal comme «nuisible» dans 14 départements (contre 26 en 2023). Chez ses cousines de la famille des mustélidés, la fouine demeure «nuisible» dans 69 départements alors que la belette ne l’est que dans le Pas-de-Calais.

Le renard roux, enfin, est toujours considéré comme «nuisible» dans la quasi-totalité des départements français. L’emblématique canidé est notamment accusé de prédations dans les élevages de volailles, tandis que les associations écologistes vantent son rôle dans la régulation des rongeurs et des maladies qu’ils véhiculent. Une étude menée dans le Doubs – l’un des seuls départements où l’animal est protégé dans certaines communes – a montré que son piégeage ne diminuait pas la population de renards, ni leurs attaques dans les poulaillers (notre article).

Le «changement de paradigme» n’a pas eu lieu

Plus largement, les travaux scientifiques s’accumulent ces dernières années pour montrer l’inefficacité de la «chasse aux nuisibles» dans la réduction des dégâts imputés à ces espèces. En mars dernier, une vaste étude conduite par le Muséum national d’histoire naturelle a conclu à une absence de «lien entre les efforts de contrôle et l’évolution des coûts des dommages déclarés» pour l’ensemble des espèces ciblées en France entre 2015 et 2022 (notre article).

«Les dégâts sont toujours causés par certains individus ou populations localisées, et non par l’espèce entière», pointe encore l’Académie vétérinaire de France dans un avis adopté en novembre 2025, où elle appelle à une «refonte méthodologique et éthique» du problème. Fin 2024, un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (Igedd) commandé par le gouvernement a lui aussi proposé un «changement de paradigme», accompagné d’une série de recommandations : ne pas reconduire l’arrêté triennal fixant la liste des Esod, passer à une élimination des individus au cas par cas, soutenir les travaux sur les méthodes de régulation alternatives non léthales…

«De notre point de vue, le système reste adapté et proportionné», défend auprès de Vert Jean-Michel Dapvril, directeur des affaires juridiques à la FNC. Ce dernier tient à souligner que le classement Esod «n’est pas du tout un plan d’abattage massif» : «C’est un cadre juridique qui permet de faire des interventions que l’on peut qualifier de “frappes chirurgicales” là où il y a un problème à régler.» Cet été, la FNC avait dénoncé le retard pris par le gouvernement dans la publication de la nouvelle liste des Esod, qui empêchait depuis le 1er juillet (date d’expiration du précédent texte) les opérations de piégeage et de tirs.

Du côté des associations de protection de l’environnement, des actions en justice sont déjà prévues contre ce nouvel arrêté. «Nous attaquerons de nombreux classements, on va se battre pour la martre, mais aussi le renard et toutes les espèces, en fonction des données que nous pourrons analyser, confirme auprès de Vert l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). L’idée étant d’améliorer notre jurisprudence et d’obtenir un maximum d’avancées.» La FNC, elle, se dit «relativement sereine». L’an dernier, outre le cas de la martre des pins, le Conseil d’État avait aussi annulé des classements dans 26 départements concernant le renard roux, la fouine ou encore la corneille noire.

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