
Même interdites en raison des risques qu’elles font peser sur la santé ou l’environnement, des substances toxiques peuvent être épandues dans les champs. C’est le cas de l’Avadex Factor, un pesticide interdit en France depuis 2023, qui vient de bénéficier d’une dérogation de 120 jours, signée mardi dernier par les services du ministère de l’agriculture.
Commercialisé par l’entreprise étatsunienne Gowan, cet herbicide pourra être utilisé du 23 septembre 2026 au 21 janvier 2027 dans les champs d’orge, l’une des principales céréales cultivées dans l’Hexagone. Le produit contient principalement du triallate, une substance encore utilisée dans une poignée de pays européens, et dont l’ensemble des usages est interdit en France depuis trois ans.
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Garante de la mise sur le marché des produits pesticides, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a identifié en 2023 un «risque inacceptable de contamination des eaux souterraines» lié au comportement du triallate dans l’environnement. L’un des produits issus de la dégradation de cette molécule, le diisopropylamine, pourrait largement dépasser les seuils de qualité de l’eau potable, d’après les estimations des modèles réglementaires.
«Les données disponibles ne permettent ni d’exclure un risque d’effet nocif pour le consommateur, ni d’exclure un risque d’effet inacceptable pour les arthropodes non cibles», soit pour tous les insectes et autres petites bêtes qui ne sont pas visés par ce pesticide, expose encore l’Anses dans sa décision de retrait. Très toxique pour les organismes aquatiques, le triallate inquiète également pour ses effets potentiels sur la santé humaine, notamment sa génotoxicité, c’est-à-dire sa capacité à endommager l’ADN. L’Avadex Factor devra être épandu hors des périmètres de protection des captages d’eau potable et respecter une zone non-traitée de 20 mètres par rapport aux points d’eau, précise la dérogation octroyée par le ministère de l’agriculture.
Annie Genevard a incité les céréaliers à demander une dérogation
À l’origine de cette demande de dérogation, l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) a salué vendredi «une avancée concrète face à la progression des résistances et à la réduction continue des solutions disponibles pour maîtriser les graminées adventices», autrement dit les «mauvaises herbes». Rattaché au syndicat agricole majoritaire FNSEA, l’organisme se dit sans solution dans l’attente d’une évaluation par l’Anses d’un nouveau produit à base de triallate.
Plus étonnant : la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, avait elle-même incité les céréaliers français à déposer une demande de dérogation lors d’une allocution au congrès annuel de l’AGPB à Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 26 mai dernier. «Je vous confirme qu’en attendant les conclusions de l’Anses sur ces dossiers, des demandes de dérogation de 120 jours peuvent être portées pour examen auprès de la DGAL», la direction générale de l’alimentation, avait-elle annoncé.
Contactés par Vert, le ministère de l’agriculture et l’APGB n’ont pas répondu pour le moment. Ces dérogations de 120 jours sont permises par la réglementation européenne sur les pesticides en cas de «danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables». «Il faut quand même démontrer qu’il n’y a pas de “risque inacceptable”, avertit auprès de Vert Pauline Cervan, toxicologue au sein de l’association Générations futures. Avec cette procédure d’urgence, la ministre est en train de détourner les avis de l’Anses, qui a évalué de manière approfondie ces produits et a clairement montré que les risques sont inacceptables.»
Ce mardi, Générations futures annonce saisir la justice via un recours en référé pour faire annuler la dérogation accordée à l’Avadex Factor par le ministère de l’agriculture. L’association a déjà engagé plusieurs recours contre des dérogations de pesticides interdits accordées par la France, à l’image du spirotétramate, un insecticide suspecté d’être toxique pour la reproduction, autorisé ce printemps dans plusieurs cultures, notamment les vergers.











