Les consignes aux candidat·es du Rassemblement national (RN) pour les élections municipales étaient claires. Pour le programme : priorité à la sécurité et à la propreté. Pour l’attitude : une campagne sans vague ni polémique, pour ne pas enrayer la dynamique du parti d’extrême droite à l’échelle nationale. Deux semaines après la fin du scrutin et l’élection d’une soixantaine de maires RN (et de ses alliés ciottistes), les premiers masques tombent.

À Carcassonne (Aude), le nouveau maire Christophe Barthès a copié le style du président étasunien Donald Trump au moment de signer son premier décret, le 29 mars. À son bureau, il s’est montré en train de parapher le document puis l’a présenté à la caméra, sous les applaudissements de ses collaborateur·ices. L’arrêté en question ? L’interdiction de «la mendicité dans le centre-ville et à la cité médiévale», considérée comme un «trouble à l’ordre public».
«Avec Christophe Barthès, toute leur stratégie de dédiabolisation est en train d’exploser»
«On est dans la caricature la plus totale, la plus ridicule. On a un Trump version Wish à Carcassonne», commente Alix Soler-Alcaraz, le candidat socialiste battu, en référence à la plateforme de commerce en ligne critiquée pour ses produits de mauvaise qualité. Avant l’élection, le style provocateur de Christophe Barthès lui avait déjà valu le surnom de «Trump occitan». Une image dont il se gargarise : «J’aime bien Trump, si ça leur fait plaisir, ça me convient. “Trumpisme occitan”… C’est pas mal ça !», s’était-il amusé en 2023, comme l’a repéré Mediapart.
Pour son adversaire socialiste, le frontiste «s’est retenu pendant toute la campagne». «Il a avancé caché et, maintenant, il se lâche, observe-t-il. Les équipes du RN doivent vraiment baliser : avec Christophe Barthès, toute leur stratégie de dédiabolisation est en train d’exploser.»
Ce dernier n’a jamais été la meilleure vitrine de la «normalisation» du parti. En 2023, alors que les lepénistes essayaient encore de paraître crédibles sur l’écologie, celui qui était député avait lâché des propos climatosceptiques à la télévision. Des sorties qu’il a répétées depuis, y compris auprès de Vert, qui l’avait rencontré en février dernier. Lors des mobilisations agricoles de janvier 2024, il avait fièrement posé devant une pancarte «Va faire la soupe salope». Une référence à une insulte lancée quelques mois plus tôt par un vigneron en direction des Écologistes Marine Tondelier et Sandrine Rousseau.
Intimidation de lycéens
En deux semaines, l’élu a déjà fait parler de lui à plusieurs reprises au-delà des remparts de la cité médiévale. Selon l’Humanité, il s’est invité mardi sur un groupe Instagram de lycéen·nes qui voulaient se mobiliser contre l’extrême droite et il les a intimidé·es afin de les dissuader de se réunir. «Nous avons récupéré les pseudos de chaque membre du groupe», a-t-il prévenu. Auprès du journal, ce dernier dément avoir écrit le message : «Ce n’est absolument pas moi. Je ne fonctionne pas comme ça.» Pourtant, la mairie a reconnu l’intervention de l’élu dans le groupe, a indiqué le lycée à Libération. Mercredi, près de 200 lycéen·nes ont tout de même manifesté contre «la montée de l’extrême droite». Une délégation a été reçue dans le bureau du maire.
Christophe Barthès a aussi été l’un des premiers maires RN à retirer le drapeau européen du fronton de la mairie, estimant que l’étendard français était le seul «qui vaille» à cet endroit. En tant que viticulteur, il touche pourtant de l’argent de l’Union européenne (UE) à titre personnel, et il prévoit de continuer de demander les subventions de l’UE pour la mairie, comme il l’a expliqué à France info. «On ne va pas se gêner. Ils nous paieront comme tout le monde», a-t-il lancé.
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