Décryptage

Municipales 2026 : à Nice, Éric Ciotti a les mains libres pour dérouler un «programme de retour en arrière» sur l’écologie

On n’est pas Ciotti d’affaire. Éric Ciotti, allié du Rassemblement national, a été élu maire de la cinquième ville de France, dimanche soir. Son programme fait craindre des reculs environnementaux dans un territoire particulièrement affecté par le réchauffement climatique – d’autant que le nouvel édile devrait avoir la main sur toutes les institutions locales.
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Comme un sportif grisé par l’effort, Éric Ciotti cherche ses mots, ce dimanche soir. «Nous avons grimpé l’Himalaya par la face nord», réputée la plus difficile, lâche-t-il devant ses partisan·es à son QG de campagne, à Nice (Alpes-Maritimes). Le président de l’Union des droites pour la République (UDR), parti allié au Rassemblement national (RN), ne rentre pas d’une sortie en montagne : il vient de remporter la mairie de la cinquième ville de France, à l’issue du second tour des élections municipales. Avec 48,54% des suffrages exprimés, il devance son rival, le maire sortant Christian Estrosi (Horizons, 37,20%).

Le député des Alpes-Maritimes offre la plus grande ville de son histoire à l’extrême droite. «Ce soir, le Rassemblement national et ses alliés l’emportent à Nice», s’est réjoui Jordan Bardella, président du parti à la flamme.

Éric Ciotti, président de l’UDR (soutenu par le Rassemblement national), célèbre sa victoire, ce dimanche soir, à Nice. © Valery Hache/AFP

Comme dans les autres communes dirigées par l’extrême droite, où les maires ignorent voire aggravent la menace climatique sur leur territoire, les associations locales redoutent de futurs reculs écologiques. Qui plus est dans une région déjà durement frappée par les vagues de chaleur, les incendies ou les inondations.

«Nous sommes sous le choc ! La victoire d’Éric Ciotti est une catastrophe pour notre territoire», déplore Sylvie Martin, représentante du groupe local d’Oxfam, pour qui «l’écologie ne fait pas partie des préoccupations d’Éric Ciotti». Le patron de l’UDR devrait avoir la main sur toutes les institutions locales : avec la victoire du RN à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), toute la métropole niçoise sera le laboratoire de l’extrême droite. De quoi faire main basse sur de larges prérogatives : écoles, cantine, transports, gestion de l’eau, logement…

Plus de place pour la voiture

Pendant sa campagne, le député-candidat a martelé son obsession de «désengorger la circulation». Il s’oppose à l’aménagement de voies cyclables partout où cela pourrait gêner les véhicules motorisés. Dans son programme, l’ex-chef des Républicains annonce plusieurs retours en arrière, comme la réouverture aux voitures de certains passages pour les vélos et la création de «plusieurs milliers» de places de stationnement. «Christian Estrosi a transposé à Nice les errements parisiens d’Anne Hildago», prêchait-il dans les colonnes de Nice presse, en référence à la politique cyclable menée à Paris.

«Un programme de retour en arrière», jugeait l’association Nice à vélo, interrogée par le site d’actualité. «On passe d’une situation où les choses avançaient peu à une situation où cela ne va pas avancer du tout, voire rétrograder», se désole auprès de Vert Antonio Barros, membre de l’association. Il rappelle que la première source d’émissions de gaz à effet de serre dans la métropole niçoise vient du secteur des transports et de la voiture individuelle. «Il faudrait réduire la place de la voiture ; malheureusement, les propositions d’Éric Ciotti ne vont pas dans ce sens», observe le militant vélo.

Un manque d’ambition «pour adapter Nice au réchauffement climatique»

Pour lutter contre la chaleur en ville, Éric Ciotti promet un plan d’urgence pour installer la climatisation «dans toutes les écoles et crèches». Une fausse bonne idée déjà proposée par Marine Le Pen, la cheffe des député·es RN à l’Assemblée nationale, pendant la canicule de l’été dernier. Une généralisation irréfléchie de la climatisation aggraverait l’«effet îlot de chaleur» dans la cité azuréenne – en rejetant l’air chaud (entre 45°C et 50°C) à l’extérieur des bâtiments, les systèmes de climatisation contribuent à augmenter la température localement.

Pour la branche locale d’Oxfam, qui a travaillé sur l’adaptation du bâti scolaire face au dérèglement climatique, «le programme ciottiste veut réduire les impôts qui pourraient financer un chantier d’ampleur» de rénovation des écoles.

Éric Ciotti porte «un programme de retour en arrière», selon l’association Nice à vélo. © Frédéric Dides/AFP

Le nouveau maire souhaite aussi végétaliser les cours d’écoles, créer des îlots de fraicheur ou «réduire le béton partout où c’est possible». «C’est la seule méthode pour faire baisser la température de plusieurs degrés, créer une ombre durable et drainer les eaux de pluie», assure-t-il dans son programme. Pour autant, il n’avance aucune mesure chiffrée ou budgétée.

Pour Clara Sannicolo, du Réseau action climat (RAC), ces engagements manquent de précision et donc de crédibilité : «Ses propositions semblent relever plus de l’embellissement du cadre de vie que d’une volonté concrète d’adapter Nice au réchauffement climatique.» Même chose pour l’alimentation. Éric Ciotti promet d’augmenter la part du bio dans les cantines… sans dire comment ni jusqu’à quel point.

Un «écologiste» sur la liste ciottiste

Le candidat d’extrême droite avait pourtant tenté de se verdir, notamment grâce au ralliement de Jean-Marc Governatori, le 9 février (notre article). Ancien candidat de la primaire des Écologistes en 2021, celui qui se définit comme un «écologiste centriste» avait expliqué rejoindre l’extrême droite pour «écologiser [le] programme [d’Éric Ciotti] dans l’intérêt des Niçoises et des Niçois».

«Jean-Marc Governatori a une haute estime de lui-même pour penser qu’il peut faire évoluer quelqu’un comme Éric Ciotti», avait moqué Juliette Chesnel-Le Roux, la candidate de la gauche et des écologistes (hors La France insoumise), arrivée troisième du scrutin (14,26%). Son choix cache en réalité une ambition plus personnelle : «J’espère, grâce à la dimension nationale de monsieur Ciotti, qu’enfin je serai entendu sur une autre vision de l’écologie que celle de Mme Tondelier», la secrétaire nationale des Écologistes, avait reconnu Jean-Marc Governatori auprès de Vert.

Ce dimanche soir, alors que tous les résultats n’étaient pas encore tombés, l’ONG Greenpeace a appelé à rejoindre les espaces locaux de résistance collective pour «continuer à dénoncer les contradictions et les impostures de l’extrême droite sur l’écologie et la justice sociale». À Nice, Oxfam promet de «vite sortir de la sidération» après le choc de dimanche, et invite les autres organisations associatives, syndicales et citoyennes à «se mobiliser contre les politiques anti-environnementales délétères». Dès ce lundi soir, un rassemblement contre l’extrême droite est prévu, place Saint-François, à Nice, à 18 heures.

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