«Tout Niçois qui réfléchit vote Ciotti», lâche Jean-Marc Governatori, au téléphone. La phrase ressemble à un slogan de campagne. Il faut dire que l’ancien homme d’affaires de 67 ans en a connu quelques-unes. Depuis les années 2000, l’écologiste s’est présenté à presque toutes les élections, des municipales à la présidentielle. En 2022, il avait participé à la primaire des Écologistes (2,3% des suffrages) remportée par Yannick Jadot. Il avait contesté le résultat et maintenu sa candidature au scrutin présidentiel… sans parvenir à réunir les 500 parrainages nécessaires, comme lors de ses précédentes tentatives en 2007 et 2012.

Jean-Marc Governatori n’a donc pas pour habitude de renoncer. C’est pourtant ce qu’il vient de faire, à Nice, où il était candidat à l’élection municipale des 15 et 22 mars prochains. Le 9 février, il a annoncé rejoindre la liste d’Éric Ciotti, président de l’Union des droites pour la république (UDR), parti allié du Rassemblement national (RN). Celui qui est coprésident du microparti L’Écologie au centre vient donc de rallier l’extrême droite.
Selon Simon Persico, professeur de science politique à Sciences po Grenoble et spécialiste de l’écologie politique, «Jean-Marc Governatori a créé sa petite entreprise d’écologie indépendante, qui se voulait au départ plutôt ni de gauche ni de droite, mais se vend au plus offrant».
«Cela serait stupide de regarder le train passer»
Soutenu par Les Écologistes aux dernières élections municipales à Nice en 2020, Jean-Marc Governatori avait récolté 19,30% des suffrages. «En 2020, j’avais l’investiture d’un mouvement national. Cela me laissait l’espoir de faire un score vraiment significatif, retrace-t-il auprès de Vert. Personne ne pouvait battre Estrosi à l’époque, donc que je reste ou que je sorte…» Le maire de Nice, Christian Estrosi (Horizons), avait finalement été réélu au second tour avec 59,30% des voix dans une triangulaire avec le Rassemblement national (21,39%).
Jean-Marc Governatori a fait une très belle campagne, originale, avec pour but de sortir l’écologie de la préemption idéologique de gauche.
— Eric Ciotti (@eciotti) February 9, 2026
Demain, ensemble, nous mettrons en œuvre une politique environnementale concrète, réaliste, au service des Niçois ! pic.twitter.com/ScDA7dw2hy
En 2026, les cartes sont rebattues dans la ville azuréenne avec la candidature d’Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et allié de Marine Le Pen et Jordan Bardella (RN). «Tout Niçois qui réfléchit sait que c’est Ciotti ou Estrosi qui va gagner, pense Jean-Marc Governatori. Donc, à un moment donné, il faut atterrir : pour créer des mesures écologiques, il faut bien être avec celui qui va gagner», se défend-il. Un sondage, mené par l’institut Cluster 17 pour le média Politico, donne le candidat d’extrême droite en tête de dix points au premier tour face à son rival Horizons (41% contre 31%). «Cela serait totalement stupide de regarder passer le train, reprend le coprésident de L’Écologie au centre. Le fait que je sois avec Ciotti va écologiser son programme dans l’intérêt des Niçoises et des Niçois.» Avant de rejoindre le président de l’UDR, l’écologiste avait aussi discuté avec Christian Estrosi.
Concurrencer Les Écologistes au niveau national
Sa concurrente Juliette Chesnel-Le Roux, la candidate de la gauche et des écologistes (hors La France insoumise) à Nice, trouve que Jean-Marc Governatori a «une haute estime de lui-même pour penser qu’il peut faire évoluer quelqu’un comme Éric Ciotti». Au début de la campagne municipale, le député des Alpes-Maritimes annonçait vouloir redonner la priorité à la voiture. «Un programme de retour en arrière», selon l’association Nice à vélo. «M. Governatori est tellement persuadé d’avoir un message indispensable à apporter qu’il faut absolument qu’il soit élu et qu’il rallie la liste qu’il estime gagnante», commente encore Juliette Chesnel-Le Roux.
Jean-Marc Governatori reconnait que son ambition va au-delà de Nice : «L’écologie, pour l’instant, c’est encore Europe Écologie [les Verts, l’ancien nom des Écologistes, NDLR]. J’espère, grâce à la dimension nationale de monsieur Ciotti, qu’enfin je serai entendu sur une autre vision de l’écologie que celle de Mme Tondelier», la secrétaire nationale des Écologistes. «J’espère bien que la victoire de monsieur Ciotti contribuera enfin à ce que L’Écologie au centre devienne le pendant politique et médiatique d’Europe Écologie», prophétise-t-il.
Pour le politiste Simon Persico, cela reste tout de même une surprise de le voir aller «jusqu’à l’extrême droite». «Il va avec les gagnants ou avec ceux qui peuvent gagner et qui sont prêts à lui offrir une place, poursuit-il. Ce que raconte cette histoire, c’est que l’extrême droite a changé de statut dans la vie politique française. C’est devenu “un parti de gouvernement” qui peut garantir des postes. Du coup, cela devient intéressant pour lui d’aller dans cette direction.»
«Il a franchi le Rubicon»
Pourtant, en 2021, le coprésident de L’Écologie au centre jugeait encore que le Rassemblement national était «un danger dans son essence même». Une personne, qui l’a connu à partir des années 2010 et préfère rester anonyme, dit ne pas être surprise par cette bascule à l’extrême droite : «C’est un garçon qui est terriblement opportuniste. Je ne crois pas qu’il ait réellement de boussole politique.»
«Moi, je suis centriste. Par définition, un centriste peut aller à droite ou à gauche», rétorque Jean-Marc Governatori. Il dit trouver «bizarre» de classer Éric Ciotti à l’extrême droite depuis qu’il s’est allié au RN pendant les élections législatives de 2024, et ajoute : «Cela ne me pose aucun souci que monsieur Ciotti soit d’accord avec le RN.»
À Toulon (Var), une autre ville où le Rassemblement national a de bonnes chances de gagner l’élection municipale, le candidat soutenu par L’Écologie au centre, Emmanuel Le Lostec, a suivi la voie ouverte par Jean-Marc Governatori. Le 13 février, il a rejoint la liste de Laure Lavalette, cadre du parti à la flamme. Jean-Marc Governatori assure qu’Emmanuel Le Lostec a agi «sur sa propre initiative».
Après avoir appris cette information, un mouvement citoyen appelé «les écologistes», qui se définit aussi comme étant «ni de droite ni de gauche» et qui avait défendu la candidature d’Emmanuel Le Lostec à Toulon, nous a annoncé lui retirer son soutien. Son président, Antonin Duarte, a côtoyé Jean-Marc Governatori pendant 15 ans. Il soupire : «Pour nous, c’est une ligne rouge. Il a franchi le Rubicon. C’est son choix. On l’acte et on le regrette.»
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