Reportage

Municipales 2026 : à Carcassonne, Christophe Barthès, le député-candidat du RN ne croit pas au réchauffement climatique

Carcassonne le glas. Samedi, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, s’est rendu à Carcassonne, une ville que l’extrême droite espère ravir en mars prochain. Le député-candidat local tient des propos climatosceptiques, alors que le département de l’Aude a connu l’un des pires mégafeux de son histoire il y a quelques mois.
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Les touristes ne s’attendaient probablement pas à autant d’agitation ce samedi après-midi sous les remparts de Carcassonne (Aude). Peu avant 16 heures, une foule compacte bloque l’entrée étroite de la cité médiévale. Au centre de la mêlée, le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, enchaîne les photos et les poignées de main entouré de son service d’ordre et des journalistes. À ces dernier·es, il clarifie la raison de sa venue dans la préfecture de l’Aude, ce 7 février : «Ici à Carcassonne, on est typiquement dans une ville que peut gagner le Rassemblement national avec la candidature de Christophe Barthès.»

L’homme qu’il désigne est presque collé à lui dans la masse. Carrure massive et lunettes carrées, le prétendant à la mairie se prête avec moins d’aise à l’exercice des selfies. Dans l’ombre du médiatique président du parti, Christophe Barthès, 59 ans, député de l’Aude depuis 2022, est pourtant l’une des meilleures chances pour le RN de faire tomber une ville de presque 50 000 habitant·es lors des élections municipales, les 15 et 22 mars prochain. Jordan Bardella le sait. C’est pour cela qu’il est venu déambuler dans les rues en pierre de la cité historique, à moins de cinq semaines du scrutin.

Aux élections législatives de 2022, le Rassemblement national a raflé les trois circonscriptions du département, historiquement socialiste. Rebelote en 2024 où Christophe Barthès a été réélu avec 61,44% des suffrages face à Philippe Poutou, candidat pour le Nouveau front populaire (NFP) et figure du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Même le maire divers droite sortant, Gérard Larrat, qui avait pourtant annoncé que le précédent mandat était son dernier, a finalement décidé de se relancer dans la course à 84 ans. L’une des raisons officielles de ce retournement de veste : la «déferlante annoncée du Rassemblement national» dans le département, prétend-il au Monde.

Sorties climatosceptiques

Christophe Barthès n’a pas sa langue dans sa poche. Ce qui a dû valoir quelques arrachages de cheveux aux communicants du RN à Paris. En 2023, alors que le parti lepéniste essaye encore de paraître crédible sur l’écologie, le député de l’Aude lâche des propos climatosceptiques dans la presse et à la télévision. Il dit douter de l’origine humaine du réchauffement climatique ou de son caractère irréversible – malgré l’évidence scientifique.

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, accueilli par le député-candidat Christophe Barthès, ce samedi à Carcassonne. © Théo Mouraby/Vert

L’Aude est pourtant l’un des territoires les plus violemment touchés par les conséquences du changement climatique. L’été dernier, 17 000 hectares sont partis en fumée dans l’incendie le plus important du pourtour méditerranéen depuis un demi-siècle (notre article). Les esprits ont aussi été marqués par les inondations de 2020et surtout de 2018 où 15 personnes sont mortes – dont six rien que dans la ville de Trèbes (Aude), d’où le député d’extrême droite est originaire.

Interrogé par Vert ce samedi à Carcassonne sur les conséquences du réchauffement climatique, Christophe Barthès nous interrompt : «Je préfère parler de dérèglement climatique. C’est mon avis personnel, j’estime que peut-être dans 10 ou dans 15 ans, [le climat] ne se sera pas plus réchauffé. C’est plutôt le temps qui est déréglé qu’un réchauffement. Mais ça c’est mon avis. En tant que paysan je pense que c’est plutôt un dérèglement.» On lui demande s’il croit que ce «dérèglement» va s’aggraver dans les années à venir. «Non pas spécialement», répond celui qui était viticulteur avant de devenir député.

«Faux bon-sens paysan»

Un de ses passages à la télévision est resté en mémoire de ses adversaires locaux. Interrogé par France 5 en septembre 2023, il explique avoir engagé un chargé de mission pour rédiger un rapport sur les cours d’eau dans sa circonscription. Sauf que ce dernier n’est pas un chercheur… mais un ancien commercial à la retraite. «Justement, je n’ai pas voulu de scientifique, j’ai voulu quelqu’un qui connaissait le terrain. Il a vécu depuis toujours à côté de la rivière», justifie le député lepéniste au micro de la journaliste de France Télévisions.

«Rendez-vous compte du niveau pour dire une ânerie pareille.»

«C’est comme si je vous disais “J’habite en face du Crédit agricole, ça fait de moi un bon banquier”. Rendez-vous compte du niveau pour dire une ânerie pareille», réagi l’un de ses concurrent aux municipales, François Mourad. Le candidat, soutenu par le parti d’Édouard Philippe (Horizons), témoigne des «changements climatiques vraiment très, très concrets chez nous». Il reproche au candidat Barthès de ne pas être sérieux en matière d’écologie et de manier «un faux bon-sens paysan».

Dans un tweet de 2024, Christophe Barthès s’en prend aussi au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), mais confond météo et climat. «Le 3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses depuis 25 ans, avec − 43 °C. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du Giec. Ils ne se sont toujours pas manifestés», ironise-t-il. Face aux réactions sur le réseau social – dont celle de l’agroclimatologue Serge Zaka – il avait rétropédalé et prétendu une «provocation pour énerver les gauchistes».

«Le premier écologiste, c’est moi»

«Il est dans la négation du changement climatique», pense Régis Banquet. Le président socialiste de l’Agglomération de Carcassonne est bien incapable de donner son avis sur les propositions environnementales du candidat RN dans cette campagne. «Son seul programme, c’est sécurité et propreté. Ce sont les deux seuls mots que j’ai entendu de sa part. Tout ce qui concerne la transition écologique, il n’en parle pas», estime-t-il.

Questionné par Vert, Christophe Barthès se défend d’être climatosceptique : «Le premier écologiste c’est moi, puisque je suis paysan. C’est les paysans qui façonnent nos paysages, pas mes adversaires politiques. Ce sont des attaques infondées.» En tant que viticulteur, il était aussi vice-président de la Coordination rurale (CR) de l’Aude, le syndicat célèbre pour ses actions musclées (notre article). Lors des mobilisations agricoles de janvier 2024, les trois députés RN du département avaient posé fièrement devant une pancarte «va faire la soupe salope». Elle faisait référence à une insulte lancée par un vigneron aux Écologistes Marine Tondelier et Sandrine Rousseau lors d’un déplacement dans l’Aude quelques mois plus tôt.

Interrogé sur son programme, Christophe Barthès promet «des pistes cyclables en pagaille» et des «plantations d’arbres en masse». Il dit vouloir planter un arbre à chaque naissance d’enfant dans la ville. Autre mesure : des brigades policières à cheval et «des promenades à l’hippodrome – qui ne sert que deux ou trois fois par ans – avec du cheval sur place. Et arranger ce complexe avec de la végétation». Il veut aussi «débroussailler et installer un troupeau de moutons» au lac de Cavayère, un site de loisirs à 7 kilomètres de la cité.

Jordan Bardella pose avec la liste «Demain Carcassonne» de Christophe Barthès, candidat aux municipales de mars prochain, ce samedi à Carcassonne. © Théo Mouraby/Vert

Pour son concurrent socialiste, Alix Soler-Alcaraz, le RN au pouvoir serait «désastreux» pour l’avenir de la ville. «Il y a un enjeu de préparation et il faut intégrer le fait que dans 20 ou 30 ans, on n’aura plus du tout le même climat.» Une augmentation des températures qui pourrait avoir des conséquences sur un secteur essentiel de l’économie carcassonnaise : le tourisme. «Quand vous avez plusieurs jours d’affilés à plus de 40 degrés, comme l’été dernier, vous n’avez pas du tout la même expérience de visite du site», estime le candidat à la tête d’une liste d’union de la gauche, sans la France Insoumise (LFI).

«Il faudrait que le RN en fasse plus»

Est-ce que les positions du candidat d’extrême droite sur le climat peuvent enrayer le vote RN dans un département encore marqué par les feux ? Peu probable, selon le politiste Théodore Tallent. Dans un précédent entretien, il expliquait à Vert que l’électorat du RN ne choisissait pas ce parti pour les questions écologistes. En résumé : même s’il peut y être sensible, il «ne va pas sanctionner [le RN] à cause de ça parce qu’il ne trouve pas l’enjeu très saillant».

C’est le cas de Nina. Cet été, son village en lisière de l’incendie a dû être évacué pendant deux jours. Un épisode «assez traumatisant parce qu’on pensait aux animaux, à la forêt, à la biodiversité». Mais ce samedi, elle est venue voir Jordan Bardella avec sa copine Marion Veniat, qui votera sans aucun doute pour le candidat RN. Quand on leur demande si elles sont satisfaites des positions du parti sur l’écologie, elles répondent que «rien n’est jamais parfait dans la vie».

Corentin, commercial de 27 ans, et Nicolas, 29 ans, chargé de communication parlent de la sécheresse qui frappe souvent le département. Le frère de Corentin est vigneron : «c’est compliqué», souffle-t-il. Jordan Bardella leur plait car c’est une «nouvelle génération politique»«Il est jeune, il peut changer les choses, apporter plus d’opportunités pour les jeunes professionnellement ou pour le logement», pensent-ils. «Il faudrait que [le RN] en fasse plus» sur l’écologie mais «le gros point fort qu’ils peuvent apporter, c’est la sécurité», se rassurent-ils.

«La démocratie meurt dans les ténèbres»

Ce slogan du Washington Post résonne tristement, alors que ce monument de la presse étasunienne, propriété de Jeff Bezos, licencie 300 de ses 800 journalistes.

Motif : le journal perd de l’argent, 100 millions de dollars en 2024. Soit un 2400ème de la fortune de son propriétaire.

Un sabotage en règle de son propre journal pour l’empêcher d’être un contre-pouvoir à Donald Trump, à qui il a prêté allégeance.

Dans le même temps, sa célèbre société de vente de colis a déboursé 75 millions de dollars pour produire et diffuser un documentaire de propagande sur la First Lady Melania Trump.

Chaque achat sur sa plateforme, c’est de l’argent en plus pour Bezos, qui lui sert à aggraver la désinformation, s’acheter du pouvoir politique, précariser les travailleur·ses et aggraver la crise climatique.

Elle doit disparaître de nos vies, maintenant et pour toujours.

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