Le projet contesté d’autoroute A69 entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn) n’a pas fini de faire parler de lui. Mercredi, le principal collectif d’opposant·es, La Voie est libre, a affirmé avoir constaté la présence de pelleteuses sur la commune de Puylaurens, dans le Tarn, en dépit d’une interdiction judiciaire.

Cette parcelle fait partie des 46 sites que le concessionnaire Atosca devait évacuer à la suite d’une décision rendue le 12 janvier par la juge des libertés. L’affaire avait éclaté fin novembre, lorsque France inter avait révélé qu’Atosca utilisait pour son chantier des dizaines d’hectares situés en dehors des 428 hectares prévus par l’autorisation environnementale délivrée en 2023. Sur ces emprises connexes au tracé validé, l’entreprise avait notamment stationné des engins, installé une base vie ou encore aménagé un rond-point de déviation.
À la mi-janvier, donc, la justice a enjoint à l’entreprise de libérer sous quatre jours ces terrains – représentant entre 29 et 50 hectares, selon les estimations – qu’elle occupait illégalement. À défaut, Atosca s’expose à une astreinte de 20 000 euros par jour de retard.

Visiblement, «la justice ne leur fait pas peur», réagit auprès de Vert Thomas, du collectif La Voie est libre, qui a préféré rester anonyme. Accompagné de Thomas Brail (notre portrait), l’activiste s’est rendu sur la parcelle de Puylaurens mercredi, après avoir été alerté «par des riverains» d’une potentielle reprise d’activité. Une fois sur place, «nous avons eu la confirmation que les travaux avaient repris», rapporte-t-il.
La parcelle en question servait à stocker d’importants volumes de terre excavée. «Nous pensons que les ouvriers étaient là pour prélever de la terre et la réutiliser sur le chantier principal, fragilisé par les récentes intempéries», analyse Thomas. Contacté sur ce point par Vert, Atosca n’a pas répondu.
Une opération «d’évacuation de déchets» selon la préfecture
Après avoir tenté, sans succès, d’alerter l’Office français de la biodiversité (OFB), chargé notamment d’assurer l’exécution des mesures ordonnées par l’ordonnance de la juge des libertés, les opposant·es ont saisi la préfecture du Tarn. Le 8 janvier 2026, les préfets du Tarn et de Haute-Garonne avaient pris un arrêté commun suspendant le chantier sur les sites identifiés. Le texte stipulait que «tous les secteurs en dehors de l’emprise doivent être vierges de toute occupation, notamment de véhicules, engins et matériel de chantier […] stockages de produits dangereux ou déchets inertes».
Jeudi, le préfet du Tarn, Simon Bertoux, a répondu au collectif La Voie est libre qu’Atosca était précisément en train «d’évacuer les déchets inertes présents, opération qui n’a pu être réalisée plus tôt en raison des conditions météorologiques défavorables ces dernières semaines». Il assure : «C’est dans ce cadre que la société Atosca intervenait [mercredi, NDLR] sur le secteur visité.»
Auprès de Vert, La Voie est libre conteste cette version : «Ces matériaux ne sont pas des déchets. Le préfet dissimule la vérité pour protéger Atosca. Nous savons que les camions chargés retournent sur le chantier.»
En admettant qu’il s’agissait bien d’une simple évacuation de déchets, celle-ci aurait dû, selon l’ordonnance du 12 janvier, intervenir dans un délai de quatre jours à compter de la décision. Étant donné que le concessionnaire Atosca s’expose à une astreinte de 20 000 euros par jour de retard, le dépassement du délai pourrait ainsi représenter «860 000 euros» d’amende cumulée, d’après les calculs de La Voie est libre.
Contactées, la préfecture du Tarn, l’OFB et Atosca n’ont pas répondu aux sollicitations de Vert.
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