Portrait

Qui est Maxime Amblard, «Monsieur Nucléaire» du Rassemblement national et candidat aux municipales près de Bure

Écœure du réacteur. Le député d’extrême droite, ingénieur nucléaire, est chargé d’un rapport parlementaire sur le mégaprojet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires dans la Meuse. Il est aussi candidat aux municipales… dans la Meuse.
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Maxime Amblard n’a pas suivi la trajectoire habituelle des jeunes élu·es du Rassemblement national (RN) : un engagement précoce au parti et de nombreux échecs électoraux avant de gravir les échelons. Lui a été élu député de la Meuse dès sa première tentative, lors des élections législatives de juin 2024. Pour faire sa place au sein du parti d’extrême droite, il avait un autre atout : son métier, ingénieur nucléaire.

Avant 2024, celui qui est aujourd’hui âgé de 29 ans était employé de Framatome, géant spécialisé dans la conception de réacteurs nucléaires et filiale d’EDF. Aujourd’hui, il figure toujours dans les effectifs de l’entreprise, mais son contrat est suspendu. Maxime Amblard a aussi écrit un livre, Abondance et pénurie (éditions Perspectives libres, 2022), une sorte de plaidoyer pour l’atome qui lui a ouvert les portes de plusieurs médias classés à droite ou à l’extrême droite, comme Sud Radio ou la revue souverainiste Front Populaire.

Maxime Amblard, député du Rassemblement national, à l’Assemblée nationale le 18 février 2025. © Telmo Pinto/NurPhoto via AFP

Depuis son entrée à l’Assemblée nationale, Maxime Amblard s’est imposé comme le «Monsieur Nucléaire» du RN. Il est particulièrement actif pendant les débats sur l’énergie, où il défend l’atome avec acharnement et pousse des amendements favorables au secteur. Cela lui vaut d’être désigné comme un relais du lobby nucléaire par les opposant·es à la filière.

Elles et ils l’accusent même de conflits d’intérêt : à la mi-janvier, il a été désigné rapporteur d’un avis parlementaire clé sur le mégaprojet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo. Celui-ci est situé à Bure… sur la circonscription de la Meuse où il a été élu. Maxime Amblard s’est aussi déclaré candidat aux municipales dans le département, à Bar-le-Duc.

«Un lobbyiste agressif»

La députée écologiste anti-nucléaire Dominique Voynet a saisi le déontologue de l’Assemblée après la nomination du député RN comme rapporteur. «Maxime Amblard n’est pas seulement un travailleur nucléaire, c’est un lobbyiste actif et agressif, estime-t-elle. Ce qui le conduit à être insultant envers les anti-nucléaires, caricatural. Il n’est pas nuancé et n’a pas une approche objective.»

Pendant les débats sur la proposition de loi énergétique dite «Grémillet», le 28 avril dernier, il avait demandé, au nom du Rassemblement national, un moratoire (une suspension d’activités) sur les énergies renouvelables. Il avait aussi insinué, à tort, qu’elles étaient responsables de la panne gigantesque d’électricité en Espagne, survenue le même jour. Il s’est aussi réjoui de l’adoption d’un amendement du RN pour rouvrir la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), le 20 juin. Ressusciter la doyenne des installations nucléaires est pourtant rigoureusement impossible : cet amendement a été abandonné dix jours plus tard lors du passage du texte au Sénat.

Mediapart l’avait épinglé lors du vote de la loi «Grémillet» pour avoir poussé plusieurs amendements qui avantageaient les intérêts de son employeur Framatome. L’un d’eux (qui n’a pas été adopté) proposait la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Contrairement à d’autres député·es, l’élu d’extrême droite n’a pas démissionné de son emploi lors de son entrée à l’Assemblée nationale. «Maxime Amblard est dans les effectifs Framatome mais, depuis son mandat de député, son contrat de travail a été suspendu avec obligation de loyauté et de discrétion», nous explique le leader de l’énergie nucléaire.

Parachuté sur la circonscription de Bure

Il y a deux ans, Maxime Amblard était encore inconnu en politique ou dans la Meuse. Le jeune homme a grandi en Dordogne et a fait ses études à Grenoble (Isère). Avant d’être député, il a été élu CFDT, le syndicat réformiste, dans l’établissement Framatome où il travaillait, en banlieue parisienne. Au journal Le Monde, il racontait être inquiet du changement climatique et s’être éduqué à la politique énergétique en écoutant le collapsologue Pablo Servigne ou l’ingénieur Jean-Marc Jancovici.

Après la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin 2024, il s’est proposé auprès du Rassemblement national pour être candidat aux législatives. Il a alors été exclu de la CFDT pour son engagement à l’extrême droite, comme le rapporte le média La Lettre. Le néo-lepéniste a été parachuté et élu avec seulement 500 voix d’avance sur le député sortant dans la première circonscription de la Meuse.

Ce territoire est important pour l’industrie nucléaire : c’est ici, à Bure, qu’est prévu le mégaprojet Cigéo pour enfouir les déchets nucléaires les plus dangereux de la filière. Selon l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), les plus radioactifs le resteront pour des milliers d’années. Mais le projet Cigéo en est encore à la phase préliminaire : les travaux de terrassement doivent commencer en 2028 et le début de la construction des bâtiments nucléaires autour de 2040. L’Andra prévoit de descendre les premiers déchets cette année-là.

«À mes yeux, le projet Cigéo incarne une vision de l’écologie qui est pragmatique», défend Maxime Amblard dans une vidéo publiée sur X-Twitter. Il répète les arguments des grands industriels – «Toute activité humaine produit des déchets» – et promet de veiller «à ce que le projet Cigéo avance correctement» durant son mandat et de ne pas laisser les «discours mensongers» des «cassandres anti-nucléaires prospérer».

Accusé de conflit d’intérêt

En janvier, il a été nommé rapporteur d’un avis parlementaire sur Cigéo. En clair : il doit évaluer les travaux de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), qui a estimé, le 4 décembre, que Cigéo répondait aux attentes de sécurité en l’état.

«Il est ultra-favorable au projet. Donc, avec ce rapport, il peut appuyer Cigéo», pense Maxime Laisney, député La France insoumise (LFI) et membre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst). L’instance composée de député·es et de sénateur·ices, qui a nommé Maxime Amblard rapporteur, rend un avis au nom du parlement sur les questions complexes comme les déchets nucléaires. À ce stade, ce rapport n’a pas un impact déterminant sur la phase pilote du projet qui est déjà en cours, mais il pourra compter à l’avenir.

Beaucoup d’opposant·es dénoncent un conflit d’intérêt de l’élu lepéniste pour deux raisons. D’abord, il est encore lié à Framatome. L’entreprise ne produit pas les déchets qui se retrouveront à Cigéo «mais Framatome est un acteur majeur de la filière, et donc elle a besoin, pour continuer ses activités, qu’on ait un exutoire pour les fameux déchets qui sont produits chaque année», explique Maxime Laisney.

Maire ou député ?

Ensuite, il est le député de la circonscription qui accueille le projet. Il pourrait donc en tirer un bénéfice politique. L’immense chantier promet de nombreux emplois et des retombées fiscales locales. «Une véritable aubaine économique et industrielle pour notre territoire rural», répète sur X Maxime Amblard. Le député n’a pas répondu aux demandes d’entretien de Vert.

«Maxime Amblard pousse à fond pour que Cigéo se fasse dans les plus brefs délais, estime Corinne François, porte-parole du collectif Bure stop. Il est un fervent partisan de la relance d’un nouveau programme électronucléaire. C’est sûr que si on n’a pas de solution pour gérer les déchets, ce sera difficile de lancer de nouveaux réacteurs nucléaires.»

En attendant la publication du rapport, prévue fin mars, Maxime Amblard fera aussi campagne à Bar-le-Duc dans le cadre des élections municipales. Mais s’il remporte la principale commune du département, il confie au journal local L’Est républicain ne pas être certain de quitter son fauteuil de député pour celui de maire. «Je m’en remettrai à la sagesse de Marine [Le Pen] et de Jordan [Bardella] pour savoir où ils pensent que je serai le plus utile pour la nation», balaye-t-il. S’il a grillé de nombreuses étapes lors de son ascension dans les rangs lepénistes, Maxime Amblard a bien compris qu’au RN, encore plus qu’ailleurs, c’est la loyauté qui compte.

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