Attendue depuis plus de deux ans, la stratégie nationale bas carbone est dans sa dernière ligne droite ! Le 12 décembre dernier, le ministère de la transition écologique a présenté son projet de SNBC (troisième du nom), mettant à jour les trajectoires de baisse des émissions secteur par secteur à horizon 2030 et 2050. Le tout avait alors été livré au moyen d’un discours technosolutionniste et farouchement anti-bobo (notre article).
Réaliste mais pas crédible ?
Trois mois plus tard, le Haut Conseil pour le climat (HCC) livre son analyse du document. Sur le papier, les trajectoires proposées par le gouvernement lui semblent à la fois ambitieuses et réalistes. Par rapport à la précédente SNBC, publiée en 2020, les objectifs de baisse des émissions nettes (puits de carbone compris) restent alignés avec les décisions européennes : -55% en 2030 et -90% en 2040 (par rapport à 1990).

Toutefois, «par réalisme», le gouvernement a «fortement revu à la baisse» les objectifs de stockage du CO2 dans les forêts (les puits forestiers), celles-ci étant de plus en plus affectées par les effets du changement climatique. En compensation, il a décidé d’accentuer les trajectoires de baisse des émissions et de miser davantage sur les puits technologiques (technologies de captage du CO2), «tout en suivant des trajectoires prudentes».
Bien qu’il approuve les trajectoires présentées, le HCC estime que la question de «la crédibilité […] se pose après deux années de faible baisse des émissions». En 2024 et 2025, elles ont diminué de seulement 1,8% par an : il faudrait atteindre environ -4,5% chaque année entre 2025 et 2028, pointe le HCC. Les précédentes années, des baisses importantes ont été enregistrées, «mais en partie du fait d’effets conjoncturels» comme le Covid-19 ou l’inflation, est-il constaté.
«Les moyens sont identifiés et disponibles»
Pourtant, «les mesures dont dépendent l’accélération de la décarbonation et le renforcement des puits de carbone sont aujourd’hui identifiées et disponibles, souligne le rapport de l’institution. Elles doivent être déployées et disposer de moyens à la hauteur.» Pour donner de la crédibilité aux promesses du gouvernement, il lui recommande d’établir «une feuille de route opérationnelle», précisant année après année les mesures mises en œuvre et les moyens associés. Le HCC réclame aussi une sortie de route planifiée des énergies fossiles, avec des dates de sortie secteur par secteur.
Enfin, le Haut Conseil pour le climat rappelle l’indispensable «cadre économique» associé à la transition énergétique. Le gouvernement a lui-même établi dans sa stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique que les besoins d’investissements supplémentaires (publics et privés) atteindront 82 milliards d’euros d’ici 2030. Or, «l’assurance de la stabilité des trajectoires financières à long terme est indispensable et manque aujourd’hui», cingle l’institution.
Dans un contexte de ressac environnemental conjugué aux logiques d’austérité, c’est peu dire que la stabilité des financements environnementaux est compromise. En témoigne le budget pour 2026 adopté en février, qui conjugue «immobilisme», «manque de vision» et «économies de bouts de chandelles», comme nous l’avaient confié plusieurs expert·es.
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