Dans la douleur, l’Assemblée nationale a adopté mardi le projet de loi de finances pour 2026, après l’activation d’un deuxième 49.3 en une semaine (l’un portant sur la partie recettes, l’autre sur la partie dépenses du texte) et l’échec de quatre motions de censure déposées par le Rassemblement national et La France insoumise. Le budget est désormais dans sa forme définitive, même s’il doit encore passer entre les mains du Sénat (qui devrait le rejeter sans y toucher) et revenir à l’Assemblée le 30 janvier pour son adoption définitive via un ultime 49.3.

Pour assurer sa survie et faire passer le texte, le gouvernement a fait des concessions à droite comme à gauche. Sur les dossiers liés à l’écologie, le résultat est particulièrement brouillon et illisible. Le texte mégotte sur les dépenses tout en se privant de confortables recettes, faute de s’attaquer aux activités les plus polluantes. «Sans vision, le gouvernement s’est cantonné à une approche purement comptable, regrette Nicolas Richard, vice-président de France nature environnement. On continue de creuser notre dette environnementale et on le paiera encore plus cher.» Pour Émeline Notari, du Réseau action climat, cela fait deux budgets «que la transition écologique est dans une forme d’immobilisme, de recul, alors qu’il y a une grande attente des Français à ce sujet-là».
Le Fonds vert à moitié vide
Mis sur pied en 2023, le Fonds vert cofinance les projets de transition écologique dans les territoires (rénovation d’écoles, aménagements cyclables, végétalisation, etc.). Il a déjà soutenu plus de 19 000 projets avec 3,6 milliards d’euros de subventions, qui ont généré quelque 27,5 milliards d’euros d’investissements au total, vantait le ministère de la transition écologique en mars dernier. Malgré ces résultats, l’enveloppe du Fonds vert est sans cesse rabotée. De 2,5 milliards d’euros en 2023, le gouvernement a proposé de passer à 650 millions d’euros cette année. Il a finalement concédé une rallonge de 200 millions d’euros (pour atteindre 850 millions d’euros) face à la grogne des élu·es.
Ma prime renov’ comprimée
L’indispensable rénovation thermique des logements risque de connaître une nouvelle baisse de régime en 2026. En 2025, le principal dispositif de subventions, Ma prime rénov’, a été suspendu trois mois avant de voir ses conditions d’octroi resserrées (baisse des aides et du nombre de logements éligibles). Depuis le 1er janvier, le dispositif est de nouveau suspendu jusqu’à l’adoption du budget. Et le programme budgétaire «urbanisme, territoires et amélioration de l’habitat» qui sous-tend MaPrimeRenov’ est encore raboté de près de 600 millions d’euros par rapport à 2025, à 1,9 milliard d’euros. Pour le ministre délégué à la transition écologique, Mathieu Lefèvre, «l’ambition est intacte» car les fournisseurs d’énergie privés financent la rénovation énergétique des logements via le dispositif des certificats d’économie d’énergie (CEE).
Le Plan vélo au garage
Les grandes ambitions de l’État pour faire pédaler les Français·es n’auront duré qu’une paire d’années. Lancé en 2023, avec l’ambition d’y consacrer 2 milliards d’euros sur cinq ans (soit 400 millions d’euros par an), le Plan vélo a rapidement «mis pied à terre», constate Axel Lambert, chargé de plaidoyer à la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB). En 2026, seuls 31 millions d’euros sont prévus (contre 100 millions en 2025) et le gouvernement n’a pas repris les propositions votées à l’Assemblée et au Sénat visant à rallonger l’enveloppe de 50 millions d’euros. «Des économies de bouts de chandelles», déplore Axel Lambert, «alors que les bienfaits du vélo pour le climat et la santé ne sont plus à démontrer».
Automobile : SUV qui peut
Pour amadouer la droite et éviter la censure, le gouvernement a renoncé à taxer davantage l’achat des véhicules lourds et polluants. Initialement, il prévoyait de durcir les barèmes du malus CO2 (qui s’applique proportionnellement aux émissions d’un véhicule) et d’augmenter le plafond maximum par véhicule à 100 000 euros à partir de 2028 (contre 80 000 euros en 2026 et 90 000 euros en 2027). Le malus poids, appliqué aux véhicules de 1 500 kilos et plus, devait également s’étendre aux modèles électriques, mais le gouvernement y a renoncé.
Les pollueurs aux PFAS paieront (un peu)
C’est l’une des rares avancées qui émaillent le budget 2026 : la redevance pour la pollution de l’eau aux PFAS (ou «polluants éternels»), prévue par la loi du même nom, sera opérationnelle au 1er mars 2026. Elle s’élèvera à 100 euros pour 100 grammes de PFAS rejetés dans l’environnement pour les industriels concernés (à partir de 100 grammes de PFAS rejetés par an). «Une plutôt bonne nouvelle», selon Yoann Coulmont, chargé de plaidoyer à Générations futures, qui rappelle que «les coûts de dépollution représentent des milliards d’euros. Cette mesure est donc utile, mais la priorité reste de couper le robinet [des PFAS] et d’empêcher que ça s’accumule dans l’environnement.»
La taxe plastique au casse-pipe
Sur les déchets aussi, le gouvernement a fini par mettre ses ambitions à la poubelle. Au passage, il se prive de recettes conséquentes. Par exemple, le gouvernement prévoyait que les industriels du plastique s’acquittent eux-mêmes des pénalités dues par la France à l’Union européenne, faute de recycler suffisamment d’emballages plastique (1,4 milliard d’euros en 2025). Face à la colère des lobbys, il y a finalement renoncé. Dans la même veine, il a refusé d’augmenter la taxe sur les déchets enfouis et réduit la trajectoire de hausse sur la taxe sur les déchets incinérés (TGAP).
L’électricité (décarbonée) reste plus taxée que le gaz (fossile)
Alors que l’électricité est massivement décarbonée en France, elle reste beaucoup plus taxée que le gaz (fossile), à près de 30 centimes par kilowattheure contre 15,43 pour le gaz (le détail). Lors des débats parlementaires, les sénateur·ices ont proposé de rapprocher la fiscalité des deux énergies, mais le gouvernement n’a pas retenu cette option. Pour Émeline Notari, responsable financements de la transition écologique au Réseau action climat, «le fait que l’électricité soit plus chère que le gaz est un problème, notamment pour la rénovation performante des logements». On voit mal ce qui inciterait les propriétaires à opter pour une pompe à chaleur fonctionnant à l’électricité, alors que le gaz est maintenu à prix bas.
Les centrales solaires taxées
Alors qu’il a renoncé à taxer davantage le gaz, le gouvernement a en revanche entériné un doublement du taux de l’Ifer (Imposition forfaitaire des entreprises de réseaux) pour les centrales de production photovoltaïques construites après 2021. Cette majoration temporaire (de 2027 à 2029) revient à «torpiller rétroactivement le modèle économique de milliers de centrales», y compris celles dans lesquelles ont investi des agriculteur·ices et des collectivités locales, a dénoncé le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), Jules Nyssen, auprès de l’Agence France-Presse.
Ministères amers
Pour compenser les diverses rallonges accordées à la dernière minute pour échapper à la censure, le gouvernement a officialisé 2,8 milliards d’euros de coupes un peu partout dans les ministères et les agences d’État. La mission «Écologie» perd 250 millions d’euros tandis que les opérateurs de France 2030 – un programme censé accompagner la réindustrialisation «verte» de la France – sont visés par une coupe de 1,1 milliard d’euros. L’agriculture non plus n’échappe pas aux coupes budgétaires : la mission «Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales» perd 2% de crédits de paiement et la chute la plus drastique concerne… les mesures de planification écologique.
Taxer les riches… ou pas !
Alors que le gouvernement semble prêt à faire les fonds de tiroir pour grappiller ici et là quelques millions d’économies, la taxation des grandes fortunes, qui pourrait rapporter gros, n’est toujours pas au programme. Pourtant, «parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne paient aucun impôt sur le revenu !», comme l’a admis l’ex-ministre de l’économie, Éric Lombard, auprès de Libération. Pour rappel, les député·es ont voté en février en faveur de la taxe Zucman ciblant les ultrariches (dont le patrimoine atteint 100 millions d’euros ou plus) mais le Sénat s’y est opposé en juin.
60 millions de consommateurs liquidé
Après s’être débarrassé du média Novethic, spécialisé dans la finance durable, en 2024, l’État confirme la dissolution de l’Institut national de la consommation (INC) et la disparition/privatisation du magazine 60 millions de consommateurs, dédié à l’information et à la défense des consommateur·ices. Ces dernières années, l’Institut a permis d’alerter, par exemple, sur l’omniprésence des aliments ultra-transformés dans l’alimentation des enfants, la présence de plastifiants dans des huiles d’olive ou encore sur les pratiques des assureurs en matière de catastrophes naturelles et d’assurance-vie.
L’Agence bio sur la sellette
Le crédit d’impôts en faveur de l’agriculture biologique est maintenu à hauteur de 4 500 euros sur trois ans. «Cette décision permet de sécuriser un dispositif dont l’existence même avait été menacée», se rassure la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). En revanche, l’Agence bio – déjà sur la sellette l’an dernier – est de nouveau menacée de suppression, comme le recommande une lettre des services du premier ministre adressée au ministère de l’agriculture.
À lire aussi
-
Le gouvernement retarde encore la publication de sa feuille de route sur l’alimentation : «Quel message envoie-t-on aux Français qui crèvent de faim ?»
Alimentaire mon cher Watson. Prévue pour ce vendredi, la Stratégie nationale pour l'alimentation et le climat (Snanc) n'a toujours pas été publiée par le gouvernement. Elle doit fixer des objectifs en matière de nourriture saine ou de lutte contre le gaspillage. Une version du document a tout de même fuité : les produits «ultratransformés» ou la «réduction» de la consommation de viande ne sont pas mentionnés. -
Stratégie nationale bas carbone : le gouvernement dégaine son plan contre «une transition écologique de centre-ville où on mange du soja et on fait du vélo»
Rends ton plan. Le gouvernement a présenté vendredi sa Stratégie nationale bas carbone (SNBC) à horizon 2030 et 2050, une feuille de route attendue depuis deux ans. Plutôt que d’annoncer de nouveaux moyens pour atteindre les ambitieux objectifs climatiques édictés au niveau européen, il a opté pour une approche technosolutionniste et fait des clins d’œil à l’extrême droite.