Analyse

«Les énergies renouvelables rapportent à l’État deux fois plus qu’elles ne lui coûtent», selon le Réseau action climat

Prix en compte. Alors que la droite et l'extrême droite s'égosillent régulièrement sur le caractère ruineux de l'éolien et du solaire pour les finances publiques, le Réseau action climat a calculé en détail les dépenses publiques en lien avec ces énergies… mais aussi les recettes. Résultat : les projets installés après 2011 ont rapporté (beaucoup) plus qu’ils n’ont coûté. Explications.
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Si l’on en croit l’association Quota climat, qui scrute la désinformation climatique dans les médias, les énergies renouvelables sont de loin la cible favorite des affabulateur·ices de tous poils. Et leur caractère supposément ruineux fait partie des fake news les plus triomphantes, surtout depuis que le Rassemblement National y est allé de ses calculs, aussi fantasques soient-ils.

En réponse aux cris d’orfraie de la droite et de l’extrême droite, le gouvernement de Sébastien Lecornu a même missionné l’ex-directeur général d’EDF, Jean-Bernard Lévy, et le haut fonctionnaire Thierry Tuot pour se pencher sur «l’optimisation des soutiens publics aux énergies renouvelables électriques» dans «un contexte budgétaire exigeant», explique Matignon. Ils doivent rendre leurs conclusions à la fin du mois de mars.

Une centrale photovoltaïque surplombe l’ancienne centrale à charbon de Gardanne (Bouches-du-Rhône). © Anne-Claire Poirier/Vert

«Une provocation», avait alors réagi le président du syndicat des énergies renouvelables, Jules Nyssen, sur Linkedin. «Nous aimerions que la même transparence s’applique à la filière nucléaire pour qu’on cesse de faire croire aux Français que l’une est un gouffre financier quand l’autre ne coûte rien», avait-il plaidé.

Se pencher sur les dépenses sans oublier les recettes

C’est dans ce contexte que le Réseau action climat (RAC) a décidé de se pencher lui aussi sur la fameuse ardoise laissée par les énergies renouvelables. Avec une exigence de taille : «éviter l’écueil habituel qui consiste à se pencher uniquement sur les dépenses de soutien aux renouvelables, en oubliant les recettes qu’elles génèrent», explique Bastien Cuq, en charge des sujets énergie au sein de l’association.

Si les projets d’énergies renouvelables bénéficient de subventions publiques diverses, dont l’achat de leur production à un prix garanti durant quinze (pour l’éolien) ou vingt ans (pour le solaire), ils s’acquittent aussi de nombreuses taxes, dont une partie bénéficie directement aux territoires où ils sont implantés. «Un autre point majeur, souligne Bastien Cuq, est de considérer que ces projets créent des emplois, eux-mêmes générateurs de recettes pour l’État» : impôts sur les revenus, cotisations sociales, impôts sur les sociétés, etc. En 2026, les filières de l’éolien et du solaire cumulent 118 000 emplois directs et indirects, selon le réseau France renouvelables, qui réunit les entreprises du secteur.

L’éolien a rapporté 4,5 milliards d’euros nets

En s’appuyant sur des données publiques officielles (détaillées ici), le Réseau action climat conclut, dans une note parue lundi, qu’entre 2006 et 2024, les soutiens directs et indirects à la filière éolienne ont coûté 6,1 milliards d’euros, et que celle-ci a rapporté 10,6 milliards d’euros à la collectivité. Elle a donc rapporté 4,5 milliards d’euros nets en dix-huit ans.

C’est notamment en 2022 et 2023 – au plus fort de la crise énergétique – que la filière a été la plus profitable pour l’État : en cause, le mode de subventionnement des énergies renouvelables en France, qui veut que l’État garantisse aux producteurs un certain prix de vente pendant plusieurs années. Si le cours de l’électricité sur les marchés est plus bas, l’État leur paie la différence. Mais, quand les prix flambent, comme ça a été le cas en 2022 et 2023, les producteurs reversent leurs recettes à l’État. C’est ainsi que la filière éolienne a rapporté 2,3 milliards d’euros en 2022 et 3,4 milliards en 2023. «Cela montre qu’en contexte de crise, les renouvelables ont un rôle stabilisateur dans les finances publiques», insiste Bastien Cuq.

Concernant le solaire, le RAC a volontairement séparé les projets développés avant et après 2010 car, cette année-là, le gouvernement avait décidé un moratoire (une suspension temporaire d’activité) de plusieurs mois avant de diviser drastiquement les subventions à la filière. Les projets lancés avant 2010 ont ainsi bénéficié d’un soutien de l’ordre de 400 euros par mégawattheure produit, rappelle le RAC, contre 70 à 120 euros aujourd’hui.

L’effet sur les finances publiques a été radical : les projets lancés avant 2010 ont coûté 27 milliards d’euros et rapporté seulement 7 milliards d’euros (soit -20 milliards d’euros nets), alors que ceux débutés après 2010 ont déjà rapporté 5,8 milliards d’euros contre 2,4 milliards de dépenses (soit +3,4 milliards nets). En dehors de la dette représentée par ces anciens projets photovoltaïques, Bastien Cuq estime donc que «les projets d’énergies renouvelables qu’on développe encore rapportent à l’État deux fois plus qu’ils ne lui coûtent». Ça c’est pas du vent…

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