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«J’ai bu une eau toxique pour le foie» : cinq recours citoyens contre l’État et des distributeurs à cause de la pollution au CVM

Ça m’a gaz. Ce jeudi, des habitant·es du Sud-Ouest victimes de la contamination de l’eau par ce gaz toxique ont déposé cinq recours judiciaires afin d’obtenir des dommages et intérêts. Elles et ils accusent les distributeurs et le ministère de la santé de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour les protéger.
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Cet ingénieur de 35 ans n’a pas attendu une action des autorités pour s’apercevoir que l’eau qu’il consommait était contaminée au chlorure de vinyle monomère (CVM). Alerté début 2025 par le travail du chercheur en science politique Gaspard Lemaire, et par des enquêtes journalistiques qui révélaient l’ampleur de la pollution par ce gaz cancérogène en France, Maxime Samperiz a testé la présence du CVM à son robinet.

Le chlorure de vinyle monomère se concentre dans l’eau à cause de canalisations en plastique PVC défectueuses, installées dans les années 1960-1980. L’année dernière, Vert avait identifié plus de 5 500 communes potentiellement concernées par une contamination par cette substance toxique. Les campagnes françaises et les maisons raccordées au bout des réseaux d’eau potable sont les plus touchées.

La situation géographique de Maxime Samperiz correspond à ces critères : il vit à Saint-Laurent-des-Hommes, en Dordogne. En 2025, il a mesuré 1,4 microgramme par litre (μg/l) de CVM à son robinet, un taux près de trois fois supérieur à la règlementation en vigueur (0,5 μg/l). Après qu’il a informé les autorités de sa découverte, des travaux de changement de la canalisation défaillante ont été réalisés. Le taux de gaz dans l’eau est finalement repassé sous la norme. Pour autant, Maxime Samperiz ne compte pas en rester là, comme trois autres citoyen·nes.

Des recours dans le Gers, en Dordogne et en Corrèze

Ce jeudi, ces habitant·es de Mauléon-d’Armagnac, Saint-Antonin (Gers), Saint-Laurent-des-Hommes (Dordogne) et Champagnac-la-Noaille (Corrèze) ont déposé cinq recours judiciaires contre des distributeurs d’eau et/ou contre l’État, selon les informations de Vert. Elles et ils veulent «engager leur responsabilité pour obtenir des dommages et intérêts du fait des préjudices subis de la consommation d’une eau chargée en CVM», explique leur avocate spécialiste du droit de l’environnement, Gabrièle Gien.

L’un des plaignant·es habite à Champagnac-la-Noaille, en Corrèze. © David Lévêque/Wikimedia

Maxime Samperiz a choisi d’attaquer Suez, le distributeur de l’eau sur sa commune, devant le tribunal de proximité de Puteaux (Hauts-de-Seine), où est situé le siège de l’entreprise française. «Je déplore un manque d’accompagnement de leur part. Ils ont fait des travaux sans nous dire de quoi il en retournait, témoigne-t-il. On se renseigne sur de petites astuces pour réduire les concentrations de CVM dans l’eau, on n’a pas trop d’indications, donc on fait tout par nous-mêmes. C’est décevant.»

«J’ai bu une eau non potable et toxique pour le foie»

La même déconvenue a poussé Dominique Leclercq, habitant de Mauléon-d’Armagnac, à réagir. «Il y a un an, j’ai reçu un courrier du distributeur m’indiquant que je ne pouvais plus consommer l’eau, raconte ce Belge de 66 ans. Ça voulait dire que, pendant plus de dix ans, j’ai bu une eau non potable et toxique pour le foie.»

Demandant une réduction de sa facture, ou a minima une participation financière à l’achat de bouteilles en plastique, Dominique Leclercq s’est vu opposer une fin de non-recevoir. Depuis, une purge automatique a été installée sur son réseau d’eau : 2 000 litres sont déversés dans la nature pour abaisser le niveau de CVM. De nouvelles analyses ont été réalisées, mais «je n’ai jamais eu les résultats, malgré des coups de fil», déplore-t-il.

Décidé à «ne pas se laisser faire», Dominique Leclercq cible le ministère de la santé (donc l’État) dans son recours déposé devant le tribunal administratif de Pau (Pyrénées-Atlantiques). «Ils fournissent une eau en disant qu’elle est potable, alors qu’elle empoisonne les gens : il faut le faire savoir», tance-t-il. Parmi les autres recours déposés devant les tribunaux de Pau, Tulle (Corrèze) et Limoges (Haute-Vienne), deux visent également le ministère de la santé et le cinquième cible un syndicat public de l’eau.

«Par solidarité, je me bats»

Le cabinet Phusis Avocats, qui monte les dossiers juridiques pour le compte de ces plaignant·es, n’en est pas à son coup d’essai. En 2024, il accompagnait déjà un collectif d’une vingtaine d’habitant·es du Loiret pour déposer un recours contre leur syndicat de l’eau à cause du CVM. Au sujet de cette même pollution, deux associations environnementales ont attaqué l’État en 2025, du côté de Nantes (Loire-Atlantique).

Désormais, ce sont des citoyen·nes des quatre coins de la France qui contactent le cabinet d’avocat·es. «Grâce aux journalistes, les gens sont de plus en plus renseignés. Ils me saisissent spontanément sans même appartenir à un collectif, remarque Gabrièle Gien. Le dossier tend à devenir national. Au fur et à mesure que l’on aura les premières décisions [de justice], on espère que les gens se réveilleront.»

Maxime Samperiz souhaite que son recours contribue à «faire bouger les choses et que des responsabilités soient établies». Si Dominique Leclercq n’en attend «rien personnellement», sa procédure judiciaire s’inscrit dans une «démarche civique». «Je sais que des gens sont tombés malades, affirme-t-il. Je me bats par solidarité.»

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