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Municipales 2026 : Christophe Barthès, Thibaut de la Tocnaye… ces nouveaux maires d’extrême droite aux relents climatosceptiques

Tout faux tout flamme. Au second tour des municipales, dimanche, au moins cinq candidats d’extrême droite ayant tenu des propos climatosceptiques ont été élus. Ces nouveaux maires auront la main sur la politique de leur territoire pour les sept prochaines années.
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À la veille du premier tour des élections municipales, le 15 mars dernier, Vert avait identifié 17 candidats du Rassemblement national (RN) ou de ses alliés aux propos climatosceptiques : ils ironisaient sur la gravité du changement climatique, niaient son origine humaine ou remettaient en cause son existence. Entre-temps, Vert a trouvé deux nouveaux profils problématiques. En tout, cinq ont été élus maires, malgré leurs propos à rebours du consensus scientifique sur le climat.

À Carcassonne, Christophe Barthès doute de l’origine et du caractère irréversible du changement climatique

C’est l’une des plus belles prises de guerre du Rassemblement national. Dimanche, le député-candidat Christophe Barthès a réussi à conquérir Carcassonne (Aude), ville de 46 000 habitant·es, avec 40,40% des voix. Dix points d’avance sur son principal concurrent, qui n’avait pas noué d’alliance pour faire barrage.

Le nouveau maire de Carcassonne, Christophe Barthès, aux côtés du président du Rassemblement national, Jordan Bardella, le 7 février à Carcassonne. © Théo Mouraby/Vert

Dans un département touché l’été dernier par l’incendie le plus important du pourtour méditerranéen depuis un demi-siècle (notre article), Christophe Barthès dit douter des causes du réchauffement climatique ou de son caractère irréversible. «J’estime que, peut-être dans 10 ou dans 15 ans, [le climat] ne se sera pas plus réchauffé», expliquait-il à Vert devant les murs de la cité médiévale, où nous l’avions rencontré début février (notre reportage). Il ne croit «pas spécialement» que l’évolution du climat va s’aggraver ou pense qu’elle est causée par «des cycles naturels».

Malgré ces propos contraires à l’état de la science sur le sujet, déjà épinglés dans la presse, l’Audois se défend d’être climatosceptique : «Ce sont des attaques infondées. Le premier écologiste, c’est moi, puisque je suis paysan.»

Thibaut de la Tocnaye, élu dans l’Indre : «Le Soleil, seul responsable du changement climatique, doit bien rigoler de la connerie humaine !»

Thibaut de la Tocnaye estime aussi que les humains n’y sont pour rien dans le réchauffement climatique. Le nouveau maire RN du petit village de Préaux (Indre, moins de 200 habitant·es), élu au premier tour, pense plutôt qu’il est dû à «l’activité magnétique du soleil». «Non, malgré le “pathos” et les mensonges scientifiques, l’Homme n’est pas la cause du changement climatique», tweetait-il en 2015. Trois ans plus tard, en réaction aux manifestations pour le climat, il a écrit : «Le Soleil, seul responsable du changement climatique, doit bien rigoler de la connerie humaine !»

Thibaut de La Tocnaye est élu dans un village de l’Indre. © Capture d’écran Twitter/9 juillet 2017

Pourtant, les activités humaines sont «sans équivoque» responsables du réchauffement de la planète, comme l’atteste le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

Dans le sud-est, Éric Le Dissès et Frédéric Boccaletti minimisent la gravité du changement climatique

À Marignane (Bouches-du-Rhône), Éric Le Dissès, 70 ans, a été réélu dès le premier tour pour un quatrième mandat municipal, avec 77% des suffrages. Édile depuis 2008 dans cette ville de 34 000 habitant·es, d’abord sous les couleurs de l’UMP (l’ancien nom des Républicains), il soutient désormais le Rassemblement national et son candidat défait à Marseille, Franck Allisio. En 2022, l’élu d’extrême droite ironisait, sur X-Twitter, à propos de la gravité du changement climatique : «Je suis témoin du réchauffement climatique car cette année les orages du 15 août sont arrivés le 14… C’est fou que le climat soit déréglé à ce point.»

Dans le Var, le député frontiste Frédéric Boccaletti a été élu avec 21 voix d’avance à Six-Fours-les-Plages (37 000 habitant·es). Comme le rappelle StreetPress, il a été condamné à un an de prison, en 2000, pour violences en réunion avec armes : il avait tiré sur des jeunes lors de collages d’affiches et les avait traités de «sales nègres». Il a également tenu une librairie antisémite à Toulon (Var). Lui aussi minimise la gravité du changement climatique. Le 26 février 2018, il a posté une photo d’un jardin enneigé sur X-Twitter, avec ce commentaire : «Attention, le réchauffement climatique frappe durement le Var !». Il n’a pas répondu aux sollicitations de Vert.

Pour Tony Leprêtre, en Normandie, le réchauffement climatique est «une belle propagande»

La photo sous la neige, postée sur les réseaux avec un commentaire bien senti, est un classique pour ceux qui veulent remettre en cause le réchauffement du climat. Christophe Barthès l’avait fait en janvier 2024. Tout comme le nouveau maire d’Harfleur (Normandie), Tony Leprêtre, qui avait ironisé, en novembre de la même année : «La Normandie souffre du réchauffement climatique #neige.»

Ce dernier, membre du parti Les Patriotes – proche de la sphère complotiste et dirigé par Florian Philippot (ancien numéro deux du RN) –, a été élu à la tête de la ville de 8 000 habitant·es avec dix voix d’avance. Sur les réseaux sociaux, Vert a retrouvé plusieurs publications où il qualifie le réchauffement climatique de «belle propagande».

«On peine à obtenir des prévisions météorologiques fiables à 48 heures, mais on nous prédit déjà l’apocalypse dans 26 ans», a-t-il réagi, en octobre 2024, à un post de BFM TV sur l’état du climat en 2050. Il avait aussi sous-entendu que les décès causés par la canicule de l’été 2023 étaient en fait liés… aux effets secondaires des vaccins contre le Covid-19.

Interrogé par Vert sur ces publications, Tony Leprêtre plaide «un ton volontairement décalé ou ironique» qu’il utilise sur les réseaux sociaux «pour faire réagir». «Mais le fond de ma pensée est sérieux, je crois à une écologie qui s’attaque d’abord aux grandes sources de pollution, tout en respectant les réalités de vie de nos concitoyens», défend-il. Il dit ne pas nier le changement climatique, «malheureusement bien réel, [comme] chacun peut le constater».

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