
«Le coup des cartes en rouge, ça nous a un peu fait tomber de notre chaise, raconte François Pitrel, journaliste environnement à BFM TV. C’est un vieux truc. Je ne pensais pas qu’on allait nous refaire le coup une énième fois.» Au cœur de la canicule précoce qui touche la France, qualifiée par les scientifiques «d’événement sans précédent» à cette période de l’année, les cartes météo diffusées par la chaîne ont été jugées trop rouges – et donc trop alarmistes – par certain·es. Mardi, la société des journalistes (SDJ) de BFM TV a publié un communiqué pour dénoncer «une vague d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, venant d’internautes climatosceptiques».
La raison du choix de cette couleur vive est simple : «Plus les températures sont supérieures aux normales de saison, plus la carte est rouge. Avec des températures de 15 à 17°C supérieures aux normales de saison actuellement, les cartes diffusées dans les bulletins météo de BFM TV affichent logiquement un rouge vif», a expliqué la chaîne dans un article dédié. Elle précise se baser sur les valeurs fixées par Météo-France, et qu’aucune intervention humaine n’a lieu «pour accentuer artificiellement un phénomène climatique».
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«On a fait notre boulot comme d’habitude. On a traité la canicule de façon hyper factuelle. Même si la météo, qui est basée sur des infos scientifiques, donne des boutons à ces gens», souffle François Pitrel. Sa consœur de TF1, la présentatrice météo Evelyne Dhéliat, abonde : «On était fin mai à une moyenne de saison de 21°C au nord et de 23°C dans le sud. Donc il est tout à fait normal que, quand on est à des températures de 30°C ou 35°C, les cartes soient de couleur extrêmement vive.» Elle précise qu’elle n’a pas reçu d’attaques ; ce qui est loin d’être le cas d’autres journalistes qui couvrent la canicule.
«À un moment, on ne peut pas faire comme si de rien n’était»
Pour Sébastien Thomas, journaliste au service météo-climat de France télévisions, ces attaques sont «systématiques» en période de fortes chaleurs et «très intenses dès lors qu’on pointe l’anormalité ou la responsabilité humaine dans les émissions de gaz à effet de serre ; dès qu’on fait de la science, en fait». «C’est totalement débile de s’en prendre aux messagers quand on n’aime pas le message», assène-t-il.
Lors du journal météo-climat diffusé samedi dernier, le présentateur a été l’un des premiers à mettre les mots sur l’épisode de chaleur à venir : «Nous basculons dans l’inconnu, météorologiquement parlant», avait-il déclaré. «C’est le narratif qui m’est venu, car c’est exactement la situation que m’avait décrite mon prévisionniste. Il n’y avait pas d’autres expressions qui caractérisaient la situation qu’on allait vivre», souligne-t-il.
Si la séquence a entraîné des commentaires plutôt positifs sur LinkedIn, elle a aussi été repostée sur X et a entraîné beaucoup d’attaques. Un réseau social que le journaliste a quitté après dix ans d’utilisation, fin 2023, justement pour «se prémunir de ça». «Je préférerais annoncer des températures classiques et dire aux gens : “Profitez de votre week-end de la Pentecôte”, mais on a des températures qui sont 10 à 15 degrés au-dessus de la normale de saison. On ne peut pas faire comme si de rien n’était», appuie-t-il.
La majorité des gens veulent «des solutions, des perspectives, des explications»
Au-delà des réseaux sociaux, les déclarations climatosceptiques débordent aussi des plateaux télés. Malgré l’évidence scientifique, des voix assurent que tout cela est «normal». Lundi, le présentateur de CNews Pascal Praud a déclaré que «non, ce n’est pas une chaleur exceptionnelle». Le lendemain, l’éditorialiste Daniel Riolo a dénoncé sur le plateau de RMC «tout ce blabla pour deux semaines de chaleur dans l’année». «Tu mets un t-shirt et puis t’arrêtes de chouiner», a-t-il tranché.
Présentatrice phare à TF1 depuis 1991, Evelyne Dhéliat note pourtant «une situation inédite». «On s’aperçoit qu’on n’a jamais vécu cela. Il y a des gens qui pensent que la Terre est plate, ou que l’Homme n’a pas été sur la Lune… Qu’est-ce que vous voulez faire ? Moi, je suis ma ligne, ma direction», confie-t-elle.
François Pitrel, de BFM TV, craint que ces attaques et ces propos ne «freinent le débat». «Ils font perdre du temps parce que le sujet, aujourd’hui, ce n’est plus de savoir quelles sont les causes du changement climatique ou les couleurs des cartes de l’été. C’est autant de temps qu’on perd pour parler d’adaptation ou de bonnes pratiques», pointe-t-il. Sébastien Thomas constate qu’en dehors de cette «frange» climatosceptique, beaucoup de téléspectateur·ices s’intéressent aux questions liées au réchauffement climatique : «Je pense que les gens de bonne foi savent qu’il y a quelque chose de grave qui est en train de se passer à l’échelle du monde. Les gens ont envie d’avoir des solutions, des perspectives, des explications.»










