Comme un air de déjà-vu. La presse n’en finit plus de brosser les portraits de candidat·es Rassemblement national (RN) aux élections municipales qui tiennent des propos racistes, sexistes ou homophobes. Au total, StreetPress a cartographié plus de 186 «brebis galeuses» qui seront sur la ligne de départ dimanche. Cette expression vient de Jordan Bardella, le président du parti à la flamme. Une manière pour lui de qualifier les profils les plus problématiques au sein de ses troupes, au moment des législatives de 2024.
À l’aube de ce nouveau scrutin, Vert est parti à la recherche des candidat·es RN ayant tenu ou relayé des propos climatosceptiques. Nous avons identifié une vingtaine de profils qui remettent en cause l’existence du réchauffement climatique, nient son origine humaine ou minimisent sa gravité. Florilège.
Seulement 3% des Français·es ne croient pas en l’existence même du changement climatique. C’est pourtant le cas de plusieurs candidats du RN. À Bourges (Cher), la tête de liste Ugo Iannuzzi affirmait en 2019 qu’«il n’y a pas de réchauffement climatique ni d’extinction de masse». À Albi, Frédéric Cabrolier s’insurgeait la même année que «le crédo du réchauffement climatique» soit «une vérité absolue pour ces ayatollahs verts roses», comme l’a repéré le site Conspiracy watch.
Le réchauffement climatique ? «Ce n’est quand même pas de notre faute !»
Pour Thibaut de La Tocnaye, tête de liste dans le village de Préaux (Indre), le réchauffement climatique existe. En revanche, «non, malgré le “pathos” et les mensonges scientifiques, l’Homme n’est pas la cause du changement climatique», tweetait-il en 2015. Selon lui, il est causé par «l’activité magnétique du soleil et non le CO2 industriel !», comme il l’avançait en 2017. Pourtant, les activités humaines sont «sans équivoque» responsables du réchauffement de la planète, comme l’atteste le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). «Le Soleil, seul responsable du changement climatique, doit bien rigoler de la connerie humaine !», écrivait même Thibaut de La Tocnaye en 2018 au sujet des manifestations pour le climat.

Sixième sur la liste de Laure Lavalette à Toulon (Var), Amaury Navarranne pense aussi que l’augmentation des températures n’est «quand même pas de notre faute». «C’est la planète», avait-il suggéré lors d’un conseil municipal en septembre dernier. Auprès de Vert, il dit croire que le réchauffement du climat «est surtout dû aux grands cycles historiques, et que l’impact de l’activité humaine est tout à fait marginal».
Même chose pour Arnaud Dassier, colistier sur la liste Union des droites pour la République (UDR, le parti d’Éric Ciotti, allié au RN) à Moulins (Allier), ou pour Guillaume Bigot, député RN en troisième position à Belfort (Territoire de Belfort). En 2019, sur X, il affirmait que «rien ne prouve scientifiquement que le CO2 émis par l’activité humaine soit la cause de ce changement de climat». Aujourd’hui encore, il soutient (à tort) auprès de Vert que «des débats existent» sur la responsabilité humaine «dans ce phénomène et sur l’ampleur des conséquences à long terme».
Des cadres aussi climatosceptiques
Les cadres du parti lepéniste ne sont pas en reste, à l’image de Julien Sanchez, candidat à Nîmes (Gard) et directeur de la campagne municipale à l’échelle nationale – il était notamment chargé de sélectionner les candidat·es. En mars 2010, après des chutes de neige dans le Languedoc-Roussillon, il exigeait «qu’Europe-Ecologie arrête de nous gonfler avec le pseudo réchauffement climatique», en référence à l’ancien nom du parti Les Écologistes.
Vert a aussi retrouvé un tweet de Thomas Ménagé, porte-parole du parti et sur la liste RN à Amilly (Loiret). En mai 2013, le député local écrivait : «Quand je vois le temps en ce moment, je me demande s’il y a vraiment un réchauffement climatique…» Dix ans plus tard, en pleine canicule d’août 2023, il estimait auprès de France inter que le Giec avait «parfois tendance à exagérer». «Si on suit bêtement les données du Giec, on risque de contrevenir à la qualité de vie des Français», s’inquiétait-il. Pourtant, les scientifiques du Giec ne produisent pas de données : elles et ils compilent l’ensemble des connaissances scientifiques sur le climat, ce qui a permis d’établir un consensus sur le réchauffement et son origine humaine.

Dans l’Aude, le député-candidat Christophe Barthès dit aussi douter des causes du réchauffement climatique ou de son caractère irréversible. Pourtant, son département a connu cet été l’incendie le plus important depuis 50 ans sur le pourtour méditerranéen français. «J’estime que, peut-être dans 10 ou dans 15 ans, [le climat] ne se sera pas plus réchauffé», expliquait-il à Vert à Carcassonne, où il se présente et où nous l’avions rencontré début février. Il se défend d’être climatosceptique, malgré ses nombreux propos épinglés dans la presse, et qu’il réitère à l’envi : «Ce sont des attaques infondées. Le premier écologiste, c’est moi, puisque je suis paysan.»
Des candidats déjà identifiés pour des propos racistes ou complotistes
Christophe Barthès partage beaucoup de choses avec son collègue du Médoc, Grégoire de Fournas : le métier de viticulteur, les candidatures aux législatives en 2022 et 2024, et les opinions sur le climat. Celui qui est en deuxième position sur la liste RN à Pauillac (Gironde) avait posté en juin 2016 un tweet dans lequel il ironisait sur l’existence d’un réchauffement planétaire, comme l’a déniché Mediapart. Sous une photo des inondations de 1910 à Paris, il avait écrit : «Les inondations à Paris seraient dues au réchauffement climatique. Il dure donc depuis 1910, ce réchauffement ?»

Plusieurs «brebis galeuses» cumulent des propos climatosceptiques et xénophobes. René Lioret, député de la Côte-d’Or et candidat à Beaune, recommande la lecture d’un livre climatosceptique de Christian Gerondeau, Les 12 mensonges du GIEC (L’artilleur, 2022), comme l’a relevé Les Jours.
Patrice Licata, tête de liste à Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), repartage des tweets selon lesquels la grande barrière de corail se porterait mieux que jamais (ce qui est faux) ou que le réchauffement climatique ne serait qu’une invention «des médias aux ordres». Il répond à Vert que partager ces contenus «ne signifie absolument pas [qu’il] adhère à l’ensemble des propos, ni même à la majorité d’entre eux».

D’autres ironisent sur la gravité du changement climatique. C’est le cas d’Éric Le Dissès, maire de Marignane (Bouches-du-Rhône), candidat à sa réélection et soutien de Franck Allisio à Marseille ; ou de Nicolas Dragon, candidat à Laon (Aisne). Frédéric Falcon, député de l’Aude et prétendant à la mairie de Narbonne, moque une soi-disant «inquisition climatique», en réaction à un post climatosceptique de son collègue Christophe Barthès. Quant à Jean-Lin Lacapelle, en dernière position sur la liste RN à Fleury-les-Aubrais (Loiret), il estime qu’il «sera bientôt INTERDIT de mettre en doute la cause de l’activité humaine dans le réchauffement climatique».
«1975, quand les climatologues s’inquiétaient du refroidissement climatique»
Enfin, le député UDR Alexandre Allegret-Pilot, en cinquième position sur la liste de Bessèges (Gard), avait republié en 2024 sur X un article du journal Newsweek daté des années 1970, avec ce commentaire : «1975, quand les climatologues s’inquiétaient du refroidissement climatique.» Interrogé par Vert, il nous a demandé de lui «expliquer en quoi ce propos serait “climatosceptique”, surtout de la part d’un diplômé en sciences de l’environnement». Il est titulaire d’un master 1 en science de l’environnement et d’une licence de biologie.
Dans les années 1970, il n’y a jamais eu de consensus scientifique pour dire que la température de la planète allait baisser. Les chercheur·ses – et même les pétroliers – anticipaient déjà une augmentation des températures sous l’effet des émissions de CO2, comme le rappelle Le Monde. L’affirmation d’Alexandre Allegret-Pilot est donc fausse… mais elle est régulièrement relayée dans les sphères climatosceptiques.
Vert a interrogé l’ensemble des candidats cités dans cet article : six ont répondu. Le Rassemblement national et le directeur de la campagne municipale, Julien Sanchez, n’ont pas donné suite.
À lire aussi
-
Municipales 2026 : à Nice et à Toulon, Jean-Marc Governatori et des écologistes «centristes» rejoignent l’extrême droite
Le vert est dans le fruit. Le Rassemblement national et les ciottistes ont des chances de remporter plusieurs grandes villes du sud-est aux élections municipales. À Nice, ils viennent de recevoir le soutien de Jean-Marc Governatori, candidat à la primaire des Écologistes en 2022. Interrogé par Vert, il se défend de s’allier à l’extrême droite. -
Municipales 2026 : quand l’extrême droite est au pouvoir, les habitants sont plus exposés aux risques climatiques
Plongée sous Marine. Les maires Rassemblement national ignorent voire aggravent la menace climatique sur leur territoire, démontre un rapport publié par l’ONG Oxfam, ce mardi. Bétonisation à tout-va, mise au pas des associations… ces décisions locales empêchent l’adaptation face aux inondations et sécheresses à répétition.